Illustration de Argumens et réflexions par Ostervald
Arguments et Réflexions
sur les livres et les chapitres du Nouveau Testament,
par Jean Frédéric Ostervald.


ÉPÎTRE DE SAINT PAUL À TITE

Saint Paul écrivit cette Épître, comme on le croit, vers l'an 64 de Jésus-Christ, à Tite, qu'il avait laissé dans l'île de Crête, qu'on appelle aujourd'hui Candie, pour prendre soin des Églises qu'il y avait dans ce pays.

CHAPITRE 1

Le premier chapitre a deux parties.
1. Saint Paul ordonne à Tite d'établir des pasteurs dans toute les Églises de l'île de Crète, et il marque les qualités dont les pasteurs doivent être revêtus.
2. Il lui parle de certains docteurs juifs qui mêlaient des questions frivoles et des fables avec la doctrine de l'Évangile, particulièrement à l'égard de l'usage des viandes, et qui étaient, outre cela, d'un naturel vicieux, comme la plupart des habitans de l'île de Crète.

 I. 1-9;
II. 10-16.

RÉFLEXIONS

Puisque saint Paul ordonne à Tite de régler toutes choses dans les Églises de Crète, et surtout d'y établir des pasteurs, il paraît de là que la volonté de Dieu est que l'ordre règne dans l'Église, et principalement que dans tous les lieux ou il y a des chrétiens il y ait des pasteurs, leur charge étant une institution divine et d'une absolue nécessité. Mais les grandes précautions que saint Paul voulait que Tite prit dans le choix des ministres qu'il établirait, font voir que cet emploi sacré ne doit être confié qu'à des personnes sans reproche, d'une vie exemplaire, et qui aient avec cela les dons nécessaires pour enseigner et pour conserver la pureté de la doctrine évangélique contre ceux qui voudraient l'altérer.
On voit de plus ici qu'il est du devoir des ministres de Jésus-Christ de s'opposer aux faux docteurs et à ceux qui pourraient séduire les chrétiens et les entraîner dans l'erreur ou dans le péché. La réflexion que l'apôtre fait sur le naturel vicieux des habitans de l'île de Crète, lesquels il représente comme des gens adonnés au mensonge, à la malice, à la paresse et à la sensualité, montre qu'il est très-difficile que ceux qui ont un mauvais coeur et des inclinations corrompues deviennent de vrais disciples de Jésus-Christ; mais que cependant les serviteurs de Dieu ne doivent rien négliger pour convertir ces gens-là et pour les amener à la foi.
Enfin l'on doit bien remarquer la description que l'apôtre fait ici des faux docteurs et des mauvais chrétiens dont il parle, disant qu'ils faisaient profession de connaître Dieu, mais qu'ils le renonçaient par leurs oeuvres, étant abominables, rebelles, et incapables de toute bonne oeuvre. Ces paroles sont le vrai tableau d'un grand nombre de faux chrétiens qui vivent dans l'Église, et elles nous apprennent que la profession de la religion et de la foi en Dieu ne servent de rien à ceux qui vivent dans la désobéissance, et que comme ces gens-là renoncent Dieu par leurs oeuvres, il ne les reconnaîtra aussi jamais pour siens.

CHAPITRE 2

Saint Paul fait deux choses dans ce chapitre:
1. Il marque les devoirs des vieillards, des femmes, des jeunes gens et des serviteurs, et il recommande à Tite d'être lui-même à toutes ces personnes-là, et surtout aux jeunes gens, un modèle de sagesse et de vertus.
2. Il donne un excellent abrégé de la doctrine chrétienne, et il marque quel en est le but.

 I. 1-10;
II. 11-15.

RÉFLEXIONS

1. Ce chapitre nous enseigne en général que la charge des pasteurs les engage principalement à former les hommes à la piété et à la sainteté, et à instruire soigneusement toutes sortes de personnes des devoirs qui conviennent à leur état et à leur vocation.
2. Les personnes âgées doivent apprendre d'ici à être sobres, graves, pieuses et pleines de charité; les femmes chrétiennes à vivre aussi dans la sobriété., à fuir la médisance, à aimer leurs maris, à prendre soin de leurs enfans, et à garder la maison; les jeunes gens à être modérés, sobres, chastes, et bien réglés dans toute leur conduite; et ceux qui sont en service à demeurer dans la soumission et dans la fidélité envers leurs maîtres.
3. Les exhortations que saint Paul adresse à Tite de se rendre lui-même un modèle de pureté, de gravité et de bonnes oeuvres, montrent que ceux qui prétendent instruire et exhorter les autres doivent pratiquer les premiers ce qu'ils enseignent, et donner aux hommes l'exemple de toutes sortes de vertus.
4. Nous devons faire une très-particulière attention à l'abrégé que saint Paul donne dans ce chapitre de la doctrine chrétienne, en disant que la grâce de Dieu, qui a été manifestée par Jésus-Christ, nous appelle à renoncer non-seulement à l'impiété et au crime, mais aussi aux passions et à l'amour du monde, et à vivre dans la tempérance et dans la pureté à l'égard de nous-mêmes, dans la justice envers notre prochain, et dans la piété envers Dieu, et que ce n'est qu'en vivant de la sorte que nous pourrons attendre avec confiance le dernier et l'illustre avènement du grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ. C'est là la doctrine que les ministres de l'Évangile doivent annoncer dans l'Église et qui doit servir de règle pour la conduite des chrétiens. C'est aussi le but et le dessein de la venue de Jésus-Christ et de sa mort, puisque, comme saint Paul le dit, il s'est donné pour nous afin de nous racheter de toutes sortes d'iniquités, de nous purifier, et de se former sur la terre un peuple particulièrement consacré et zélé pour les bonnes oeuvres.

CHAPITRE 3

Saint Paul recommande
aux chrétiens d'être soumis aux puissances, de ne médire de personne, d'être pleins de charité et de douceur, même envers ceux qui étaient ennemis de la religion chrétienne, et de se souvenir, pour cet effet, que Dieu, par sa grande miséricorde, les avait sauvés eux-mêmes dans le temps qu'ils vivaient aussi dans toutes sortes de dérèglemens.
Il veut que Tite exhorte surtout ceux qui avaient embrassé le Christianisme à l'étude des bonnes oeuvres; il lui dit de s'opposer à ceux qui excitaient des disputes dans l'Église par des questions folles, et de s'éloigner de ceux qui faisaient des sectes et qui répandaient des doctrines fausses et dangereuses, et il finit par quelques ordres qu'il donne à Tite.

 I. 1-7;
II. 8-15.

RÉFLEXIONS

Les chrétiens doivent apprendre d'ici,
1. à être soumis aux rois et aux magistrats, à éviter la médisance et les querelles et à se conduire avec une parfaite douceur envers toutes sortes de personnes.
2. Saint Paul nous enseigne que Dieu nous a sauvés non par des oeuvres de justice que nous eussions faites, mais par grande miséricorde en Jésus-Christ, Notre Seigneur, afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous soyions les héritiers de la vie éternelle. C'est là une doctrine très-importante et qui doit produire en nous les sentimens d'une profonde humilité et d'une vive reconnaissance envers Dieu.
3. L'apôtre marque dans ce chapitre, de la manière la plus expresse, que ce qu'il y a de plus certain et de plus important dans la religion, et ce que les ministres de l'Évangile doivent enseigner et recommander sur toutes choses, c'est que ceux qui ont cru en Dieu aient soin de s'appliquer principalement aux bonnes oeuvres, et que ce sont là les choses qui sont bonnes et utiles aux hommes.

Ces paroles montrent que la pratique des bonnes oeuvres est un devoir indispensable, et la marque à laquelle on reconnaît les vrais chrétiens.
4. Enfin l'on voit, dans ce chapitre, que quand il y a dans l'Église des personnes qui enseignent des doctrines dangereuses et qui y forment des sectes et des partis, ce que l'on doit faire à l'égard de ces gens-là, c'est de les avertir; et s'ils continuent à causer du trouble, de ne les plus reconnaître pour membres de l'Église, et de n'avoir aucun commerce avec eux. C'est là l'unique moyen que Jésus-Christ et les apôtres aient prescrit et que l'on doive employer pour s 'opposer à l'erreur et pour conserver dans l'Église la pureté de la foi.

Source: REGARD - Bibliothèque Chrétienne Online