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De l'Arminianisme en général

Ce fut le lot du Seigneur d'être crucifié entre deux larrons l'un sa droite et l'autre sa gauche; il en est de même de la vérité dont il est l'auteur. La vérité a des ennemis nombreux des deux côtés.

Tandis que quelques-uns considèrent la Bible, comme une imposture dans le monde, et traitent le salut par Christ comme une tromperie des prêtres; il y en a d'autres qui disent avoir Christ et être un avec Christ, et néanmoins avec une audacieuse arrogance, ils décrient les ordonnances de l'Évangile, et considèrent les moyens de grâce comme un fardeau trop pesant pour une conscience née libre et comme trop bas et trop charnels pour un esprit séraphique. La vérité a autant d'ennemis au-delà d'elle, comme ses côtés: autant qui devancent le troupeau de Christ et l'agneau qui les conduit; qu'il y en a qui s'en écartent ou qui demeurent en arrière. La vérité est toujours demeurée entre ces deux extrêmes. Les Sociniens décrient la divinité de Christ et sa satisfaction, comme si ses souffrances avaient été seulement pour nous donner un exemple, et non pour faire une expiation. Les catholiques romains changent le vrai service de Dieu en un service volontaire, et enseignent leurs propres traditions, à la place des commandements de Dieu, détériorant les institutions de Dieu, par les inventions de l'homme; et les Arminiens appellent la justice de Dieu à la barre de la raison. Ils osent s'élancer avec confiance dans le profond océan des mystères divins; et en expliquant les décrets de Dieu, dans lesquels le bienheureux Paul, ne pouvait trouver de fond, et s'écriait: «Ô profondeur», etc. (Romains 11:33): ils osent entreprendre d'aller le tirer de son nec plus ultra, en disant:

«Dieu a prévu que Jacob croirait, et qu'Ésaü ne croirait pas; en conséquence, il a aimé l'un et a haï l'autre

Ainsi l'école d'Arminius enseigne une théologie plus profonde que celle que Paul a pu apprendre dans le troisième ciel. Non-seulement ils donnent satisfaction comme les Sociniens, à l'orgueil de la raison de l'homme, mais aussi l'orgueil de la volonté de l'homme en exténuant et en diminuant la culpabilité et la souillure du péché originel; et comme la Papauté, leur sœur aînée, ils satisfont l'orgueil des sens. De là le docteur Leighton appelle l'Arminianisme,

«le Benjamin du Pape, le dernier et le plus grand monstre de l'homme de pêché; l'élixir de l'anti-christianisme; le mystère du mystère d'iniquité; le cabinet du Pape; la vraie quintessence de l'équivoque.»

À ce sujet aussi Mr Rous, professeur au collège d'Éton, ajoute,

«l'Arminianisme est comme le frai ou semence de la Papauté, que la chaleur du succès pourra aisément convertir en grenouilles du puits de l'abîme.»

Hé! que sont les nouveaux Arminiens, sinon la progéniture vernissée des anciens Pélagiens; qui font de la grâce de Dieu un valet de pied de la volonté de l'homme, ou plutôt la volonté de l'homme elle-même? C'est mettre le berger sous la garde des brebis. C'est mettre Dieu dans la même extrémité où se trouva Darius, qui aurait été bien aise de sauver Daniel, mais qui n'eut pas ce pouvoir (Daniel 6:14).

Que signifie en autre chose leur doctrine, qu'ils appellent prescience, ou préconnaissance en Dieu; la vérité de laquelle dépend non du décret de Dieu, mais de la libre volonté de la créature? Ceci n'est autre chose que soustraire la Créature à la dépendance du Créateur, et enchaîner la Divine Providence. Ainsi cette fatale nécessité qu'ils voulaient mettre à notre porte, demeure inévitablement à la leur; et en conséquence de leur système, Dieu doit dire à l'homme:

«Ô ma pauvre créature! Cette fatale fortune qui vous opprime, vous devez la supporter plutôt que de vous en plaindre, car elle est de toute éternité et avant ma providence. Je ne pourrai l'empêcher, je ne pourrai faire autre chose que consentir à ces fatales possibilités; et un inévitable destin, que je le veuille ou non, a prononcé l'irrévocable sentence.»

Ceci est-il autre chose, que le renversement de toutes ces grâces de foi, désespérance, etc.; que la réjection de toute piété vitale; et que renverser le grand YÉHOVAH lui-même de son trône de gloire, pour mettre à sa place Dame Fortune et son culte? Ces grandes abominations et beaucoup d'autres ont été découvertes de nos jours, dans la chambre de l'imagination; et ne sont autre chose que mesurer les mystères surnaturels avec la règle tordue de la raison dégénérée. «La sagesse est trop haute pour le fou» (Proverbes 24:7). C'est donc bien à propos, qu'il a été dit sur ces points-là et une fois pour toutes: «Donne-moi une raison mortifiée» car; commander à l'entendement infini de Dieu, et ne lui accorder nulle raison pour guider ses déterminations, sinon ce que nous comprenons; est extrêmement arrogant.

La raison ne doit être ni une règle pour mesurer la foi, ni un juge de la foi. Nous pourrons donner une raison de notre foi, savoir: «car il est écrit», mais non une raison de la chose même que nous croyons, comme, pourquoi Jacob fut aimé et Ésaü fut haï, avant qu'ils eussent fait ni bien ni mal. Ceci fut le conseil de la propre volonté de Dieu. Touchant de si sublimes mystères notre foi demeure sur deux solides fondements;

  1. Le premier est, que l'existence, la sagesse et la puissance de Dieu, surpassent infiniment la nôtre; et qu'ainsi il pourra nous révéler des choses bien au-dessus de notre portée.

  2. Le second est, que tout ce que Dieu a révélé est indubitablement vrai, et qu'on doit le croire, quoique nous n'en puissions sonder la profondeur, avec la sonde de notre raison: parce que la raison de l'homme n'est pas absolue, mais qu'elle est diversement limitée, incertaine à cause de sa fragilité et incomplète dans son exercice même.

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