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Chapitre I


De la Prédestination

Pour que le lecteur puisse avoir une vue claire de la prédestination, j'établirai cette doctrine:

  1. Comme étant révélée dans la Bible:

  2. En considérant les vues des Arminiens à cet égard, savoir: qu'elle est conditionnelle, d'après la prévision de la foi, des œuvres, de la persévérance, etc., et,

  3. En répondant aux objections, que les Arminiens mettent en avant contre l'élection et la prédestination.

La doctrine de la Prédestination

La prédestination est le décret de Dieu, par lequel (conformément au conseil de sa propre volonté), pré-ordonne quelques-uns des hommes, la vie éternelle, et la refuse aux autres, ou les laisse; et cela pour la louange de la gloire de sa miséricorde et de sa justice. Quelques-uns sont vases de miséricorde, quelques-uns sont vases de colère.

«Le potier n'a-t-il pas tout pouvoir sur l'argile, pour faire d'une même masse de terre, un vase à honneur et un autre à déshonneur? qu'est-ce, si Dieu voulant montrer sa colère, et faire connaître son pouvoir, a supporté avec une grande patience les vases de colère préparés pour la destruction: et pour faire connaître les richesses de sa gloire sur les vases de miséricorde qu'il a auparavant préparés pour la gloire.» (Romains 9:21-23).

Dans une grande maison il y a divers vases soit pour l'utilité, soit pour l'ornement; vases à honneur et vases à déshonneur (2 Timothée 2:20); et le maître de la maison, sans qu'on puisse accuser sa sagesse, a le droit d'user de tous ces vases, de la manière qui lui semble convenable. Dieu s'est servi même de Pharaon, et des plus grands ennemis de l'Église; ne fut-ce que comme d'un marmiton, pour polir par ses mains les vases de miséricorde. Dieu a préparé les élus pour sa gloire; et il a par l'éternel et libre dessein de sa volonté, pré-ordonné tous les moyens pour ce but; tels que, la rédemption par Christ, la régénération par le Saint-Esprit, l'appel effectuel à la conversion, la justification au tribunal de sa conscience par la foi salutaire dans les mérites de Jésus; la sanctification dans le cœur par l'Esprit, produisant une sainte vie et une sainte conversation avec Dieu et les hommes. Et ces participants bénis, sont gardés par la puissance de Dieu, par la foi à salut (1 Pierre 1:5). Ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés, et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. Que dirons-nous donc à ces choses? Nous dirons avec l'apôtre, «Dieu ne nous a pas destinés à la colère, mais à obtenir le salut» (1 Thessaloniciens 5:9).

La prédestination est appelée destination comme renfermant un ordre déterminé, des moyens à la fin; et pré-destination, parce que Dieu a désigné cet ordre en lui-même, avant l'actuelle existence des choses ainsi ordonnées. Le mot grec signifie, une pré-séparation pour le spécial usage de Dieu; comme Israël fut séparé d'entre toutes les nations du monde, pour être l'héritage particulier de Dieu. «JE SUIS le Seigneur votre Dieu, qui vous ai séparés de tous les autres peuples.» (Lévitique 20:24) «Le Seigneur ton Dieu t'a choisi pour lui être son peuple particulier, au-dessus de tout peuple qui est sur la surface de la terre» (Deutéronome 7:6). Je vous ai séparés pour que vous soyez vases de miséricorde, membres de Christ, et temples du Saint-Esprit; avant tous les temps, même de toute éternité. La divine prescience est en général prise aussi quelquefois pour la prédestination (Romains 11:9). Dieu n'a point rejeté son peuple, qu'il a auparavant connu (ce sont ceux qu'il a prédestinés), ainsi, de la même manière, la prédestination est prise strictement et en particulier pour l'élection même (Romains 8:30; Éphésiens 1:5). En conséquence dans le traité suivant, j'en parlerai de cette manière, employant le mot élection et prédestination indistinctement. La prédestination est aussi appelée un décret divin, à cause qu'elle renferme en elle-même le conseil déterminé de Dieu, et le conseil de sa propre volonté, en amenant telles et telles fins, par tels et tels moyens. En effet, contre ton saint fils Jésus, se sont assemblés Hérode et Ponce Pilate, etc., pour accomplir ce que ta main et ton conseil avaient déterminé devoir arriver (Actes 4:28). «Nous ayant prédestinés, conformément au bon plaisir de sa volonté» (Éphésiens 1:5). «Étant prédestinés conformément au dessein de celui qui opère toutes choses, d'après le conseil de sa propre volonté» (Éphésiens 1:11). L'élection ou la prédestination du Seigneur, est, dans le style de l'Écriture sainte, appelée la main, le conseil déterminé, le dessein, le bon plaisir de Dieu (Actes 2:23; Éphésiens 1:9).

Ce divin décret de prédestination a diverses propriétés; il est éternel, immuable, absolu, libre, distinctif, extensif.


La première propriété du décret divin, c'est qu'il est ÉTERNEL.

Ceci se prouve par les raisons suivantes:

  1. Les actes intrinsèques inhérents de Dieu, sont la même chose que son essence: le décret divin est un acte de cette nature; et par conséquent, comme l'essence de Dieu est éternelle, son décret doit aussi être éternel. Ainsi le Décret, c'est Dieu décrétant, parce que tout ce qui est en Dieu, est Dieu: c'est Dieu lui-même par un acte éternel, décrétant et déterminant tout ce qui doit arriver, à la louange de sa propre gloire.

  2. La seconde raison est déduite de la simplicité de Dieu, c'est-à-dire Dieu considéré comme un acte simple et parfait, sans rien de composé ni de successif. Dans un tel être il ne peut pas plus y avoir une pensée nouvelle, une nouvelle intention, ou un nouveau dessein, qu'il ne peut y avoir un nouveau Dieu. Quoi que ce soit qu'il pense, il le pense toujours, et l'a toujours pensé, et le pensera toujours. Quoi que ce soit qu'il se propose, il se le propose toujours, et se l'est toujours proposé et se le proposera toujours. Il dit: «Je connais les pensées que j'ai à votre égard, pensées de paix et non de mal, pour vous donner l'issue que vous attendez»; (Jérémie 29:11). Comme il ne peut connaître quelque nouvelle chose; il ne peut non plus vouloir une nouvelle chose; car son nom est, JE SUIS. Il ne prend pas, comme l'homme, de nouveaux conseils ni de nouvelles déterminations.

  3. La troisième raison est prise de Christ. Si Christ est l'Agneau de Dieu, immolé dès la fondation du monde (comme il est appelé: Apocalypse 13:8). Il faut donc de nécessité que la prédestination à la vie soit avant le temps; parce que Christ est le fondement de l'élection. Nous sommes élus en lui. «Conformément à ce qu'il nous a choisis, en lui avant la fondation du monde» (Éphésiens 1:4) et prédestinés par lui, «nous ayant prédestinés à l'adoption des enfants par Jésus-Christ, à lui-même» (Éphésiens 1:5). Christ est le moyen. Maintenant le but et la détermination, ne peuvent être d'une date postérieure aux moyens pour atteindre ce but; ils sont relatifs l'un à l'autre. Et si Christ est l'Éternel propos du Père, l'acte d'élection en Christ doit être nécessairement aussi son propos éternel.

  4. L'Écriture prouve expressément l'éternité du décret, disant: il fut avant le commencement du monde (2 Timothée 1:9; Tite 1:2); et avant la fondation du monde (Éphésiens 1:4); et ce fut son éternel propos qu'il se proposa en Jésus-Christ notre Seigneur. (Éphésiens 3:11).

  5. C'est la prérogative royale du grand JÉH0VAH, d'ordonner aussi bien que de disposer les choses qui arrivent et qui doivent arriver. J'ai disposé l'ancien peuple et les choses qui arrivent et qui arriveront (Ésaïe 44:7). Nul ne peut indiquer le temps à Dieu. Il dit: «qui est semblable à moi et qui m'indiquera le temps?» (Jérémie 50:44). De là on dit que le temps est gros des décrets éternels de Dieu, et qu'il enfante leur accomplissement dans la saison convenable. Et le décret s'accomplira (avant que le décret s'accomplisse) (Sophonie 2:2). Tout ce qui a son accomplissement dans le temps, fut décrété de toute éternité.

  6. Si les intérêts humains reçoivent la louange, que ce sont des choses anciennes; (1 Chroniques 4:22). Combien plus le décret divin qui n'est pas l'ouvrage d'hier! Si la partie négative de la prédestination (les impies), ont été ordonnés d'ancienneté (Jude 1:4). Donc à plus forte raison la partie positive. Le propos de Dieu d'aimer Jacob, aussi bien que de haïr Ésaü, fut «avant qu'ils eussent fait ni bien ni mal» (Romains 9:11).

Objection

Quelqu'un pourra objecter et dire: nous accordons que la prescience ou la préconnaissance de Dieu est éternelle, mais non sa prédestination; ce choix ou cette élection mentionnée (1 Corinthiens 1:27-29), doit être une temporelle et non une éternelle élection.

Réponse

  1. À l'égard de Dieu, la connaissance des choses qui doivent arriver doit suivre le décret qui les concerne: car les choses doivent d'abord être décrétées, et ensuite prévues, telles qu'elles sont dans le décret; et dans ce sens la prescience présuppose la prédestination. «Toutes ses œuvres sont connues à Dieu dès le commencement du monde» (Actes 15:18).

    Dieu n'a pas une imparfaite, mais une complète préconnaissance de toutes les choses futures; les moyens et la fin; non-seulement tels qu'ils pourront être, mais aussi tels qu'ils seront d'après sa divine détermination.

  2. La prescience ou préconnaissance est prise pour l'amour éternel de Dieu. «Ceux qu'il a pré-connus, les a aussi prédestinés» (Romains 8:29); ce qui signifie, ceux qu'il a pré-aimés. C'est ainsi que Zanchius le lit (2).

    Ceux qu'il a pré-connus, non-seulement avec la connaissance d'observation, mais aussi avec la connaissance d'approbation; il a pré-connu qu'ils étaient siens. Ainsi c'est la prédestination elle-même; et accorder une éternelle prescience, sans une éternelle prédestination, c'est rompre un anneau de cette chaîne d'or (Romains 8:29,50). «Dieu n'a point rejeté et ne rejettera pas son peuple qu'il a pré-connu» (Romains 11:2).

  3. Quelques-uns accordent une prédestination éternelle, aux élus seulement, mais à ceux qui ne sont point élus, rien qu'une prescience ou une prévision (sans nulle pré-ordination), de peur de faire Dieu l'auteur du péché ou de la ruine de la créature. Mais ces hommes craignent sans sujet de crainte; car le plus grand mal qui jamais ait été commis dans le monde, savoir la crucifixion du prince de gloire, Jésus Christ, arriva non pas seulement sous la prescience de Dieu, mais encore d'après son conseil déterminé. LUI étant livré par son conseil déterminé, vous l'avez pris et vous l'avez crucifié et mis à mort par la main des iniques (Actes 2:23 et 4:28). L'action de prendre et de s'emparer de Christ, fut non-seulement pré-connue, mais immuablement déterminée.

  4. Même en accordant que l'apôtre parle d'une élection ou d'un choix temporel, dans 1 Corinthiens 1:27, etc., alors cela ne signifie autre chose que notre vocation ou appel; et une réprobation temporelle n'a d'autre signification que l'endurcissement de l'homme. On accorde que l'accomplissement de ces deux choses, a lieu dans le temps, ainsi il ne peut être confondu avec l'éternel décret de Dieu: La vocation et l'endurcissement ne sont autre chose que fruits et effets de cet éternel décret.

Déductions tirés de ce qui précède.

  1. L'amour de Dieu est-il éternel? donc Satan ne peut remonter au-delà de son origine ni s'interposer entre cet amour de Dieu et nous; car, cet amour a été avant que le monde fut, et que Satan lui-même fut.

  2. Augustin répondit à un insensé trop curieux qui lui demandait ce que Dieu faisait avant que le monde fut fait: «Il faisait l'enfer pour des hommes tels que vous.» Mais ceci nous enseigne que Dieu nous choisissait pour lui-même avant que le monde ne commençât: Ô profondeur!

  3. S'il en est ainsi, Ô croyant, donc ta vocation et tes souffrances renferment une gloire éternelle au-dedans d'elles, toute cette consolation est perdue dans la doctrine contraire.


Seconde propriété du divin décret de la prédestination; elle est IMMUABLE.

De là elle est comparée aux montagnes d'airain (Zacharie 6:1) (3), et elle est appelée l'immutabilité de son conseil (Hébreux 6:17). Ceci devient évident par beaucoup de raisons. Telles que les suivantes:

  1. Le décret divin a une source immuable, savoir l'immutabilité de Dieu. Il est dans une pensée, et qui pourra le faire changer? (Job 23:13). Il désire, et il fait ce qu'il désire; nul être créé ne peut s'interposer entre son désir et l'accomplissement de ce désir pour empêcher leur rencontre. «Dieu n'est pas homme pour mentir, ou fils de l'homme pour se repentir» (Nombres 23:19). «JE SUIS le Seigneur, je ne change point» (Malachie 3:6); en «lui il n'y a point de variation ni d'ombre de changement» (Jacques 1:17). «Le conseil du Seigneur demeure à toujours, et ses pensées à toutes générations» (Psaumes 33:11). «Il y a beaucoup de projets dans le cœur de l'homme; et néanmoins le conseil du Seigneur demeurera ferme» (Proverbes 19:21). L'homme est une pauvre créature versatile, il change de pensées, plus souvent que de vêtements, soit à cause des ténèbres de son entendement, soit cause de la perversité de sa volonté: il voit fréquemment quelque chose qu'il ne voyait pas auparavant; mais il n'y a point une telle imperfection en Dieu. Toutes choses sont nues devant lui, disséquées, ou entièrement découvertes. «Il n'y a aucune créature qui soit caché ses yeux, mais toutes choses sont nues et entièrement découvertes aux yeux de celui à qui nous avons à rendre compte» (Hébreux 4:13). Il connaît toutes ses œuvres (leur nature et leurs circonstances), aussi parfaitement dès le commencement du monde, qu'il les connaîtra à la fin. Et il demeure encore dans un même sentiment, lorsque ses dispositions sont changées, car il a décrété ce changement de toute éternité.

  2. Le décret de l'élection repose sur immuable fondement, savoir, ce rocher des siècles, Jésus Christ, le même hier, aujourd'hui, et éternellement (Hébreux 13:8). Comme le premier Adam fut la pierre fondamentale dans le décret de la création; ainsi le second Adam, savoir, Jésus, est la pierre fondamentale dans le décret de l'élection. Dieu nous a bénis en lui; et certainement nous serons bénis. Il nous a choisis en lui; il nous a pardonnés en lui; scellés en lui; édifiés et perfectionnés en lui. «Selon son propre dessein de la grâce qui nous a été donnée EN Jésus Christ, avant le commencement du monde» (2 Timothée 1:9). Tous ces actes de grâce sont dit être en Christ. Qui nous a bénis EN Christ (Éphésiens 1:3). Choisis EN lui (Éphésiens 1:4); qui nous a pardonnés et EN «qui nous avons la rédemption par son sang, savoir le pardon de nos péchés» (Éphésiens 1:7). EN qui aussi, «après que vous avez crû, vous avez été scellés» (Éphésiens 1:13); enracinés et édifiés EN lui (Colossiens 2:7); et vous êtes parfaits en lui (Colossiens 2:10); En vérité Christ lui-même, a été sous une divine ordination; il a véritablement pré-ordonné avant la fondation du monde (1 Pierre 1:20). Et il est appelé, la pierre élue (1 Pierre 2:6) Christ est la première personne élue. «Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon élu», etc. (Ésaïe 42:1; Matthieu 12:18). Christ a été choisi comme le chef, et nous, comme ses membres; et en conséquence, il est dit que nous sommes donnés à Christ. «Ils étaient tiens et tu me les as donnés» (Jean 17:6). Maintenant aussi longtemps que ce fondement demeure ferme, aussi longtemps l'édifice élevé dessus, demeure immuable. Le temple est établi fermement, sur ces deux colonnes, Joachim et Boas, c'est-à-dire stabilité et force; ainsi le décret d'élection demeure ferme sur Christ le fondement; et nul ne peut arracher une âme élue de ce fondement. Nul ne peut arracher quelqu'un de ceux qui sont à Christ, hors de ses mains. Christ ne perdra aucun de ceux qui lui ont été donnés; il accomplira la volonté de Dieu son Père, en prenant soin d'eux tous. «Et c'est ici la volonté de mon Père qui m'a envoyé, que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné, mais que le ressuscite au dernier jour» (Jean 6:39). «Ils ne périront jamais» (Jean 10:28).

  3. Elle est immuable, à cause que c'est un décret écrit dans le Ciel; et ainsi hors de la portée de la colère de l'homme, et de la rage des démons, pour être déchirée.

    «Le Seigneur connaît ceux qui sont siens» (2 Timothée 2:19).

    Ils sont l'assemblée et l'Église des premiers nés, écrits dans le Ciel (Hébreux 12:23). De là il est appelé le livre de vie de l'Agneau, qui contient une liste des élus, déterminée par l'inaltérable conseil de Dieu; dont le nombre ne peut être augmenté ni diminué. Ceci est un sujet de joie plus grand que d'avoir domination sur les démons, mais «plutôt réjouissez-vous de ce que vos noms sont écrits dans le Ciel» (Luc 10:20); mais si vos noms pouvaient être écrits dans le Ciel aujourd'hui et effacés demain, il n'y aurait pas fondement un tel sujet de joie. Que si les écrits des Mèdes et des Perses, qui n'étaient que des écrits terrestres ont été inaltérables (Daniel 6:8), combien plus doit être inaltérable le décret du grand Dieu écrit dans le Ciel! Pilate pourra-t-il dire: «Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit» (Jean 19:22). Ce qui est dire; mes écrits ne doivent pas subir d'altération, et Dieu ne pourra-t-il le dire aussi à plus forte raison? «Je connais, dit Salomon, que ce que Dieu fait, il le fera toujours; rien ne peut y être ajouté et rien ne peut en être retranché» (Ecclésiaste 3:14). «Mon conseil demeurera ferme et je ferai tout mon plaisir, j'ai dit cela et je veux que cela arrive, je me suis proposé cela et aussi je le ferai» (Ésaïe 46:10-11). Le soleil pourra plutôt être arrêté dans sa course, que Dieu empêché dans son œuvre ou dans sa volonté. La nature, les anges, les démons, les hommes, tout cela peut éprouver de la résistance, et ainsi être frustré de leur dessein; mais il n'en est pas ainsi avec Dieu: Car qui peut résister à sa volonté? Tous ces chariots d'occurrences et de dispensations humaines, sortent d'entre ces montagnes d'airain, l'inaltérable décret de Dieu (Zacharie 6:1); et s'il fallait accorder qu'une SEULE âme pût être effacée de ce livre de vie (celui-ci est écrit dans le Ciel), il serait donc possible que TOUTES fussent effacées de même; et par conséquent on pourra supposer que ce livre devienne vide, un papier inutile et gâté; et que Christ puisse devenir une tête sans corps.

  4. La Prédestination est immuable, car le décret concernant fin, renferme les moyens d'arriver à cette fin; et les lie ensemble d'une indissoluble chaîne qui ne peut être jamais brisée. Les prédestinés, appelés, justifiés, glorifiés, sont les mêmes (Romains 8:30). Par conséquent, le dessein de Dieu concernant l'élection doit demeurer ferme (Romains 9:11). Dieu ne décrète pas la fin sans les moyens, ni les moyens sans la fin, mais l'un et l'autre ensemble. Comme le dessein de bâtir renferme la taille des pierres et l'équarrissage des poutres, et tous les autres matériaux pour édifier le bâtiment; et comme un décret de guerre, implique des armes, des chevaux, des munitions, et toutes les provisions d'une campagne: de même, tout ceux qui sont élus au salut, sont aussi élus à la sanctification. Dieu ordonne les moyens aussi bien que la fin. «Autant qu'il y en eut d'ordonnés pour la vie éternelle, crurent» (Actes 13:48).

    Dieu a ordonné que nous cheminions en bonnes œuvres (Éphésiens 2:10). Nous sommes élus à l'obéissance, par la sanctification de l'Esprit (1 Pierre 1:2). Par conséquent Dieu a promis de sanctifier ceux qu'il se propose de sauver. Nous enseignons avec Augustin, que «l'élection est une ordonnance à la grâce aussi bien qu'à la gloire» par conséquent dans la prédestination les moyens de salut, ne sont pas moins décrétés que le salut lui-même. Nous ne pouvons concevoir que le décret de Dieu aille dans cette forme: «Je veux prédestiner Pierre, s'il arrive que Pierre croie et qu'il persévère;» mais plutôt de cette manière-ci: «Je prédestine Pierre au salut, et afin qu'il l'obtienne infailliblement je veux lui donner la foi et la persévérance». S'il en était autrement le fondement ne demeurerait pas ferme; et même les dons de Dieu ne seraient pas sans repentance, si Dieu n'avait pas décrété d'une manière absolue d'accorder la foi et la persévérance à ses élus.

L'alliance de grâce, marche d'après cette teneur: Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple. (Ce qui veut dire) je vous disposerai de cette manière.

Conséquences qui découlent de ce qui précède.

  1. Un nom écrit dans le ciel où ni le larron, ni la rouille, ni les vers, ne peuvent rien gâter, est meilleur que d'être enrôlé parmi les princes de la cour. Être libre citoyen du ciel, est un nom meilleur que celui de fils et de fille.

  2. Quoique nous soyons des créatures muables, néanmoins il y a un immuable amour envers nous, qui nous garde plus soigneusement que nous ne le gardons.

  3. C'est une condescendance infinie, que le Dieu grand veuille garder une pauvre masse d'argile avec tant de soin dans ses puissantes mains, de telle manière qu'il assure nos intérêts pour toute l'éternité!! (Jean 10:28-29: 1 Pierre 1:4-5).


La troisième propriété du décret divin, est d'être ABSOLU.

Il est absolu eu égard à la cause efficiente impulsive, qui ne peut être quelque chose hors de Dieu, comme les raisons suivantes le prouvent.

  1. Si le décret divin est éternel, il doit être absolu, car on ne peut rien assigner avant un acte éternel, comme cause efficiente de cet acte. Il ne peut y avoir une cause de la volonté de Dieu, hors de Dieu. La prédestination est un acte intrinsèque de la volonté de Dieu; et ainsi, non-seulement la cause, mais la seule cause de tous les êtres créés: et par conséquent, elle ne peut être dite (dans quelque sens convenable) dépendante de la prévision d'actes contingents dans la créature; et doit par conséquent être un acte absolu: à moins que nous ne voulions que la volonté de Dieu, ne vienne après la volonté crée et temporaire de l'homme, ce qui est grossièrement absurde.

    Ceci ne va à rien moins qu'à nier que Dieu soit la première cause de toute chose.

    1. Si Dieu est Dieu; s'il est un Dieu Tout-Puissant, tout sage, tout libre, et qui dispose tout; son décret d'élection doit être absolu; car un décret conditionnel, fait un Dieu conditionnel, et le dépouille complètement de sa divinité, en lui attribuant des imperfections telles qu'elles sont indignes de sa majesté et rabaissent son essence divine. Ainsi, d'abord, cela est en opposition avec sa toute-puissance. Si quelques conditions sont antécédentes à la volonté de Dieu, elles sont donc aussi antécédentes au pouvoir de Dieu.

    2. Secondement cela renverse la gloire de la sagesse divine, en ordonnant toutes choses; car si Pierre doit avoir la volonté de croire, avant le décret de Dieu concernant Pierre, la divine sagesse ne détermine pas tout ce qui concerne l'ordre des choses.

    3. En troisième lieu, cela renverse la gloire de la liberté absolue et de l'indépendance de Dieu; car si la foi de Pierre, et l'incrédulité de Judas sont antécédentes au décret de Dieu les concernant, Pierre et Judas se font eux-mêmes les objets de l'élection et de la non élection, et Dieu n'a donc pas une absolue domination sur ses propres créatures; et le potier, n'a pas la liberté de faire de cette masse d'argile un vase à honneur, et de celle-là, un vase à déshonneur, et la différence résultera plutôt de la qualité de l'argile que de la volonté du potier, et la volonté de Dieu devra dépendre de la volonté de l'homme quant à ses déterminations. Ceci renverse entièrement l'indépendance de Dieu.

    4. En quatrième lieu, cela renverse la gloire de cette providence qui gouverne toutes choses. Si le décret n'est pas absolu, comment peut-on dire d'une manière absolue que c'est Dieu qui dispose des lots qu'on jette au sort, comme Proverbes 16:33? Dirons nous que le lot de l'apostolat, tombe sur Mathias par hasard? (Actes 1:26). Ne fut-il pas au contraire absolument ordonné et ordonné par le Seigneur; à qui les apôtres s'adressaient en priant disant (Actes 1:24); «Seigneur, toi qui connais le cœur de tous les hommes, montre lequel de ces deux hommes tu as choisi. Et ils jetèrent le sort et le sort tomba sur Mathias.» C'est de même par la disposition des lots qu'Achan fut reconnu être la cause de la malédiction d'Israël, et Saül désigné pour être roi sur Israël (Josué 7:14-18; 1 Samuel 10:19-21). L'homme propose et Dieu dispose; parce que Dieu par un décret absolu a pré-ordonné toutes les choses qui doivent arriver. Ce n'est pas casuellement qu'elles arrivent et hors de l'intention de Dieu; ainsi il est dit, «il a ordonné que Christ souffrit» (Luc 24:46).

  2. Si la volonté du potier sur ses vases est une volonté absolue; beaucoup plus la volonté de Dieu est-elle absolue sur les hommes. C'est la comparaison de Dieu même (Romains 9:20-21). Dieu ne se compare pas à un orfèvre, à cause qu'un orfèvre possède des matières précieuses, telles que l'or et l'argent, en sorte qu'il se trouve forcé de faire des vases honorables avec cette matière. Mais il se compare à un potier, parce que d'abord, les matériaux d'un potier sont vils et sordides, savoir de l'argile, qui est ainsi beaucoup plus correspondante aux hommes tombés d'entre lesquels Dieu fait son choix. Non-seulement nous sommes de l'argile (Job 4:19). Mais une pécheresse argile par la chute.

  3. Le potier ne fait pas cette différence entre ces vases pour quelque bonté prétendue qu'il prévoit dans l'argile (car toute la masse qu'il a devant lui est d'une même nature et qualité). Mais il la fait de sa propre volonté. Ainsi le pouvoir du potier sur ses matériaux est plus à l'abri de récusation que celui de l'orfèvre; et il sert mieux à illustrer l'absolue volonté de Dieu dans son choix, soit des vases à honneur, soit des vases à déshonneur.

    De plus la distance entre le potier et l'argile n'est qu'une distance finie. C'est seulement la distance entre une créature et une autre créature, animée, et inanimée; mais la distance entre Dieu et les hommes, est infinie. Non-seulement il y a la distance naturelle entre Dieu et nous en tant que nous sommes des créatures; mais aussi, la distance morale entre Dieu et nous, en tant que nous sommes pécheurs. Le potier doit aussi avoir son argile toute faite dans sa main; il ne peut faire sa propre argile, quoiqu'il puisse la préparer pour faire son ouvrage lorsqu'il l'a trouvée: mais le Dieu Tout-Puissant crée sa propre argile. Il a créé la terre de laquelle l'homme a été formé; «au commencement, Dieu créa les cieux et la terre» (Genèse 1:1). Et le «Seigneur Dieu forma l'homme de la poussière de la terre» (Genèse 2:7). Il s'ensuit donc que si le potier dispose de ses vases avec une volonté absolue, beaucoup plus Dieu a-t-il un droit sur ses créatures.

Conséquences tirées de ce qui précède.

  1. Si l'absolue volonté de Dieu est la cause universelle de toutes choses, donc nul événement ne peut arriver au-delà où en deçà de la volonté de Dieu: et la fortune (dans le sens mondain de ce mot) n'est qu'un crachat blasphématoire que le démon a voulu jeter sur la providence divine.

  2. Rien ne peut résister à l'absolue volonté de Dieu. Ainsi la chose arrivera, comme il l'aura voulue; et il n'y a point d'empêchement à son exécution. «Le Seigneur des armées a juré, disant: certainement la chose arrivera comme je l'ai pensé et la chose demeurera ferme, comme je me la suis proposée.» (Ésaïe 14:24). «Notre Dieu est dans les cieux où il fait tout ce qui lui plaît.» (Psaumes 115:3). Je connais que tu peux faire toute chose (Job 42:2).

  3. Apprenons donc la soumission à la volonté de Dieu. La poterie fragile et orgueilleuse, choquera son côté, contre l'absolue volonté de Dieu, jusqu'à ce qu'elle soit brisée en pièces: Ainsi fit Adonijah lorsque Salomon dut gouverner. (Comparez 1 Rois 1:5 avec 1 Chroniques 22:9; et comparez la fin d'Adonijah, 1 Rois 2:23-25). Oh! que nous ayons la grâce de l'humilité afin de nous rendre capables d'adopter le langage du prophète; maintenant, ô Seigneur, tu es notre père: nous sommes l'argile, et tu es notre potier, et nous sommes l'ouvrage de tes mains (Ésaïe 64:8).


La quatrième propriété du décret divin. Il est LIBRE.

Comme le décret divin n'est pas conditionnel, mais absolu; ainsi il est non par nécessité, mais librement issu du plaisir de la volonté de Dieu. Dieu est un agent libre, et ne peut être soumis à aucune obligation, quant à tout ce qui émane de lui sur ses créatures; mais c'est de son libre amour, qu'il se fait à lui-même une obligation de répandre des grâces.

  1. Le premier argument pour prouver la liberté du décret divin, est, — qu'un tel décret donné sans aucune obligation de le donner, doit de toute nécessité avoir la propriété d'être libre, et il en a été ainsi du décret divin.

    S'il y avait quelque obligation, elle devrait être, soit relativement aux objets; ou relativement aux actes; ou relativement aux motifs; mais Dieu n'a réellement été obligé à aucun de ces égards.

    1. D'abord, il n'a pas été obligé à l'égard des objets; car Dieu n'était sous aucune obligation d'avoir des élus ou des réprouvés. Il était heureux en lui-même de toute éternité; il aurait été toujours heureux, sans les uns ni les autres; et affirmer que Dieu demeure dans la nécessité d'avoir de tels objets, c'est nier les perfections de Dieu. Il est dit, qu'il s'humilie lui-même lorsqu'il daigne regarder les choses qui sont dans le Ciel, beaucoup plus donc lorsqu'il regarde les choses de la terre.

    2. En second lieu. — Il ne fut pas obligé à certains actes en tant que les actes sont nécessairement d'une obligation morale. Dieu n'était sous aucune obligation morale à l'égard de l'homme. Il n'aurait fait aucune injustice à l'homme, s'il n'avait jamais voulu que l'homme existât, beaucoup moins s'il n'avait pas voulu que l'homme fut saint et heureux. Dieu ne fut pas obligé à quelqu'une de ses actions concernant l'homme, il ne peut être un débiteur à l'homme d'aucune autre manière si ce n'est de la manière qu'il se fait débiteur, de son propre bon plaisir.

      Quant à ses promesses, son amour le porta à les aires, et sa vérité l'oblige à les accomplir: autrement ses actions auraient été des actions dues, et non des actes de grâce, contrairement au contenu des Écritures, qui font découler toute l'œuvre du salut de l'homme, entièrement de la libre grâce de Dieu.

    3. Troisièmement. — Dieu ne fut pas obligé quant aux motifs; ni en la créature, ni en Christ. Ni en la créature, car l'existence de la créature (beaucoup plus la foi et la bonne œuvre de la créature), a été l'effet du décret de Dieu, et ne peut ainsi en être le motif. Le Seigneur n'a pu non plus prévoir la repentance, la foi, l'amour, etc., dans la créature, antécédents à son propos de les lui accorder. Christ lui-même n'est pas la cause qui a mû à faire le décret, car Christ est l'effet de l'éternel amour de Dieu et non la cause. «Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son fils» (Jean 3:16). L'amour de Dieu donne Christ. En conséquence il est dit que nous sommes élus en Christ, mais jamais pour Christ, car Christ est lui-même un élu, comme il a été montré ci-devant. Christ fut choisi d'abord et ensuite les membres. L'amour de Dieu vient aussi immédiatement de Dieu à moi que de Dieu à Christ (4). Il fut pré-ordonné à être notre chef, et nous à être ses membres. Ainsi, nous sommes de Christ, et Christ est de Dieu, comme l'effet de son amour pour ses élus de toute éternité (1 Corinthiens 3:22).

  2. Le second argument pour prouver la liberté du décret divin, est pris du témoignage de la Parole de Dieu (la Bible), dans laquelle il est affirmé que le décret divin est un acte libre, un acte de grâce et non de dette, un acte d'amour et de faveur spéciale; fondé sur le simple bon plaisir de Dieu. «Il a été ainsi, Ô Père, parce que cela a semblé bon à tes yeux» (Matthieu 11:26). «C'est le bon plaisir du Père de vous donner le Royaume» (Luc 12:32). Ce fut le gracieux propos de Dieu de toute éternité (2 Timothée 1:9; Éphésiens 1:5,9,11), l'exclamation répétée de saint Paul est, «le plaisir de sa propre volonté, le conseil de sa propre volonté» mais plus pleinement (Romains 9:13,16). Il le met en exemple par Jacob et Ésaü: j'ai aimé Jacob, et j'ai haï Ésaü, ce n'est ni de celui qui veut ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. Malachie le prophète (Malachie 1:3), et saint Paul l'apôtre, font de cet exemple de Jacob et d'Ésaü, la plus complète manifestation de la libre élection. Car ils sont ensemble dans le sein de la même mère, ils naquirent en même temps (car Jacob prit le talon d'Ésaü). Ainsi la dispensation contraire donnée à l'un et à l'autre de ces deux frères, illustre davantage la libre prédestination de Dieu, que ne le feraient deux autres quels qu'ils fussent.

    De Jacob il naquit un peuple distingué de tous les autres peuples du monde, même une Église de Dieu; et d'Ésaü il naquit une race persécutrice. Dieu n'eut point égard à la foi dans l'un, et à l'infidélité dans l'autre. Lorsque l'oracle de Dieu fut prononcé, ils étaient tous deux dans le sein de leur mère, conçus en péché; et s'il y avait eu quelque prééminence, elle aurait appartenu à Ésaü, comme étant l'aîné. Qu'est-ce donc qui fait pencher la balance? Rien, si ce n'est le bon plaisir de Dieu. «Dieu fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut.» (Romains 9:18). Maintenant en opposition à ceci, la raison charnelle dit, «Ce fut parce que Dieu prévit ce qu'ils seraient.» Non, mais Dieu les aima, à cause qu'il les aima (Deutéronome 7:7-8). Ce fut l'amour de choix, qu'il leur porta; qui est la meilleure de toutes les espèces d'amour. C'est la faveur que Dieu porte à son peuple: il les a aimés et les a choisis pour être siens.

  3. La troisième raison qui prouve la liberté du décret divin, c'est que dans tous les âges Dieu nous a donné des exemples de sa libre réception de quelques hommes et de sa réjection des autres; ceci devient évident par l'histoire de l'Écriture. Des trois fils d'Adam, Caïn, Abel, Seth; l'aîné fut rejeté: des trois fils de Noé, Japhet, Sem et Cham; le plus jeune fut rejeté; des trois fils de Tharé, Abraham, Nachor, Haram, celui du milieu fut rejeté. Nachor fut un idolâtre, et Laban jura par l'idole de Nachor (comparez Genèse 31:53 avec Josué 24:2). Maintenant, pourquoi cette épluchure et ce choix, pourquoi cette réception et cette réjection, une fois l'aîné, une autre fois le plus jeune, et une troisième fois celui du milieu? Que signifie tout ceci si ce n'est pour montrer, que ni la naissance, ni l'âge ni quelqu'autre chose prévue ou existante dans la créature, ne saurait produire un titre: mais que tout gît dans la libre élection de Dieu.

    Nous ne pouvons donner nulle raison, si ce n'est le bon plaisir de Dieu, pourquoi Pharaon, et Nabuchodonosor (tous les deux engagés dans une même guerre contre Israël, l'Église de Dieu), eurent différentes dispensations du Ciel sur eux. L'un fut endurci, et l'autre humilié. Pourquoi le panetier de Pharaon fut pendu et l'échanson rétabli dans son office: pourquoi deux hommes seront dans un lit, et l'un sera pris et l'autre laissé: pourquoi deux femmes moudront à un moulin, et l'une sera prise et l'autre laissée: pourquoi la verge d'Aaron fut entre les douze la seule qui fleurit.

  4. Si les fruits du décret divin sont libres, le décret lui-même, doit aussi être libre. Cette conséquence est claire; car d'abord, notre vocation est de libre amour.

    1. Christ, librement et de sa propre souveraine volonté, appela Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et laissa leur père avec les serviteurs sans l'appeler (Marc 1:20). Il appelle à lui qui il veut (Marc 3:13). «Il vous est donné à vous de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais pour eux cela ne leur est point donné» (Matthieu 13:11). «Nous connaissons que le fils de Dieu est venu, et nous a donné l'entendement afin que nous puissions connaître celui qui est le véritable» (1 Jean 5:20). Tu as caché ces choses aux sages et aux prudents, et tu les a révélées aux enfants. Il en est ainsi parce que c'est ton bon plaisir (Matthieu 11:25-26).

    2. Notre sanctification est de la libre grâce. «Il nous a engendrés de sa propre volonté» (Jacques 1:18). Cette grâce sanctifiante, souffle où elle veut; et le vent en mer est autant à notre commandement, que le souffle puissant de cet Esprit de rénovation.

    3. Notre glorification est un libre don. La vie éternelle est un don de Dieu (Romains 6:23). Il ne la vend point, en prévoyant la foi et les œuvres, mais il la donne librement. Mais si tous ces fruits de l'élection sont donnés librement, l'élection à ces fruits, est elle-même librement donnée aussi. Si la foi est le libre don de Dieu (Éphésiens 2:8), la prédestination à la foi doit donc aussi être nécessairement libre. Car Dieu opère toutes choses conformément au conseil de sa propre volonté (Éphésiens 1:11).

    Chrétiens croyants! Il y a de la consolation et de l'affermissement à tirer d'une vue de la liberté de la grâce de Dieu; donc,

    1. admirez la libre grâce dans ce décret de prédestination; et écriez-vous: Comment se fait-il, Seigneur, que tu t'es manifesté toi-même à moi, avec ton amour, et non pas au monde! (Jean 14:22).

    2. Tu ne t'es pas fait différent des autres toi-même, la libre grâce l'a fait pour toi. Tu es une masse d'argile dans la main du potier, tu n'es pas meilleur que les autres, et tu étais enfoncé dans l'enfer par la chute d'Adam: Rends louange à Dieu, qui t'élève au ciel!

    3. Réjouissez-vous au Seigneur, chantez à l'honneur de son grand nom et vivez pour sa louange et pour sa gloire. Si David dansa de toute sa force devant le Seigneur; s'il dit à Michol; «C'est devant le Seigneur qui m'a choisi avant ton père, pour me désigner, comme Roi sur Israël: et par conséquent je veux me réjouir devant le Seigneur!» (2 Samuel 6:14-21). La désignation de David, dans ce temps, fut pour un royaume terrestre, tu es librement choisi, pour hériter un royaume céleste; Je vous dis donc: Réjouissez-vous.


La cinquième propriété du décret divin; c'est qu'il est DISTINCTIF.

Qu'il soit distinctif et particulier, et non universel et général, c'est ce qui peut être prouvé par les arguments suivants:

  1. Le mot même élection qui est employé, réfute son universalité. Il ne peut y avoir un choix là où tous sont pris et nul laissé; on ne peut appeler élection ce qui s'étend à tous les individus également. Celui-là ne fait pas un choix qui ne préfère pas quelques-uns aux autres. Dieu ne choisit pas tous les trente-deux mille qui allèrent avec Gédéon, pour être le moyen de sauver Israël de la main de Madian; mais seulement les trois cents qui lapaient l'eau; et ceux-ci furent choisis, d'entre les trente-deux mille (Juges 7:3-7). Dieu ne choisit pas toutes les nations, mais seulement Israël pour lui être un peuple particulier, «ton Dieu t'a choisi par-dessus tous les peuples qui sont sur la face de la terre» (Deutéronome 7:6). L'élection par conséquent doit être distinctive, elle consiste à faire différer quelques-uns, des autres.

  2. L'Écriture établit expressément qu'il y en a peu d'élus, quoique beaucoup d'appelés (Matthieu 20:16). C'est seulement un petit troupeau (Luc 12:32); et seulement un d'une cité, et deux d'une famille qui sont portés à Sion (Jérémie 3:14). Je vous ai choisis du monde (dit Jésus Christ) (Jean 15:19); et le Seigneur appelle Paul un vase choisi pour lui-même (Actes 9:15 et 22:14). Comme cela sonne mal à l'oreille d'un esprit évangélique, de dire que Pharaon et Judas furent élus aussi bien que Paul et Barnabas; et que Simon le magicien fut élu aussi bien que Simon Pierre! Tout cela cependant, est affirmé dans une élection générale, qui est l'hypothèse des Arminiens. Comment ces pièces d'argent réprouvées peuvent-elles, dans le sens évangélique, être appelées vases choisis (comme Paul le fut pour connaître la volonté de Dieu, et voir le juste) (Actes 22:14).

  3. Si l'élection est générale, sous la condition de croire, donc Pilate, Caïphe, et Judas, ont été élus à cette condition; et ainsi Dieu est conduit à parler de cette manière: «J'ai désigné au salut Pilate, Caïphe, et Judas, s'ils croient à la mort de Christ; mais s'ils y croient, Christ ne sera pas crucifié, car ce sont ici les hommes mêmes désignés par mon conseil déterminé, à mettre Christ à mort» (voyez: Actes 2:23 et 4:28). Si ces hommes avaient cru (et ils auraient pu croire selon les vues des Arminiens) le décret de Dieu touchant la mort de Christ n'aurait donc pas été absolu, mais il aurait été dépendant d'une condition que ces hommes auraient pu remplir (savoir croire à la mort de Christ) et s'ils l'eussent fait, ils auraient cru à une chose qui ne serait jamais arrivée. C'est ainsi que la raison charnelle diffame la sagesse divine!

  4. Comment peut-on affirmer, que Dieu ait jamais destiné au salut, quelques autres, excepté ceux qui seront effectivement sauvés? Ceci serait frustrer la volonté de Dieu, même sa volonté d'intention, et serait contraire aux Écritures suivantes: «Notre Dieu a fait tout ce qu'il lui a plu» (Psaumes 115:3). «Je connais que tu peux faire toute chose et qu'on ne saurait t'empêcher de faire ce que tu penses» (Job 42:2). Et nul homme ne peut résister à la volonté de Dieu, car il fait miséricorde à celui à qui il fait miséricorde et il endurcit qui il veut. Et si après tout, ô homme vain, tu voulais encore objecter, et dire: Pourquoi se plaint-il encore? car qui peut résister à sa volonté? La seule réponse pour toi est: «Mais plutôt, ô homme, qui es-tu pour contester contre Dieu? La chose formée dira-t'elle à celui qui l'a formée, pourquoi m'as tu faite ainsi?» (Romains 9:20). Ce fut ainsi que conformément à la volonté souveraine de YÉHOVAH, Jacob et Ésaü furent distingués l'un de l'autre.

  5. L'apôtre montre qu'il y a cette distinctive différence entre homme et homme; que quelques-uns sont choisis pour la vie, et par conséquent l'obtiendront très-certainement; et que les autres sont laissés dans une condition de péril dont ils n'échapperont pas certainement. «L'élection l'a obtenu, mais le reste a été aveuglé» (Romains 11:7). La différence est de Dieu, selon le dessein de l'élection; non comme de celui qui prévoit la foi et les œuvres, mais comme de celui qui donne l'une et l'autre.

Nous pouvons apprendre de ce qui précède.

  1. Que c'est d'un amour de distinction, que notre potier nous a faits ce que nous sommes, hommes ou femmes. Toutes les créatures, même, les crapauds et autres hideux animaux ont été formés de la même poussière que l'homme. «Le Seigneur Dieu forma l'homme de la poussière de la terre» (Genèse 2:7). et de la poussière le Seigneur Dieu forma toutes les bêtes (Genèse 2:19).

  2. C'est la volonté de Dieu, que quelques-uns soient pauvres, et d'autres riches; de même ici que quelques-uns soient vases à honneur, et d'autres vases à déshonneur.

  3. Christ ne ressuscita pas tous ceux qui moururent, mais Lazare, etc., ni tous ceux qui étaient nés aveugles, mais celui qui est mentionné (Jean 9). — Bénis Dieu, de ce qu'il t'a ressuscité de la mort du péché guérissant ton aveuglement, et non celui des autres! Tu étais aussi destitué de mérite que les autres! tu étais, et tu es encore en toi-même un pécheur! Et si tu es enseigné par la grâce, le dernier accent de ta langue mourante sera la prière du Publicain: Ô Dieu, sois miséricordieux envers moi, qui suis pécheur.


La sixième et dernière propriété du décret divin, c'est qu'il est EXTENSIF.

Le décret divin, de l'élection de Dieu, et de son prédestinant amour, quoique distinctif et particulier, est cependant très-extensif. Je regardais, et Je vis une grande multitude, que nul me pouvait compter, de toute nation et peuple et langue qui se tenait devant le trône de l'agneau: et ils criaient disant, salut, etc. (Apocalypse 7:9-10).

Il y a un décret général relatif à tous les êtres crées, soit animés ou inanimés, célestes et terrestres; et qui s'étend à tout individu dans toute la création de Dieu. Car comme il donne à tous l'existence, de même il les conserve dans cette existence pendant qu'ils demeurent dans le monde: et l'œuvre de la providence qui s'étend depuis les anges jusqu'aux vers, succède à l'œuvre de la création. Quoique ce spécial décret de prédestination ne s'étende pas (comme le décret général), à tout individu, il est néanmoins très-extensif: Il s'étend à tous les rangs, sexes, âges, nations, et générations.

  1. À tous rangs. — À toutes sortes de rangs parmi les hommes, aux princes, aux paysans, aux grands, aux petits, aux riches, aux pauvres, aux esclaves, aux libres. Elle s'étend même aux Rois, car Dieu a aussi ses vases choisis parmi eux. — Ses Davids, ses Salomons, ses Hézéchias, ses Manassés, quoique les Écritures disent (1 Corinthiens 1:26), qu'il n'y a ni beaucoup de nobles, ni beaucoup de puissants, qui soient appelés; Elle ne dit pas cependant aucun, car Dieu a eu quelque grand parmi les siens dans tous les âges (5). Elle s'étend aussi aux serviteurs (Tite 2:9,11). Car Dieu accorde son amour à ceux qui sont couverts de haillons aussi bien qu'à ceux qui sont vêtus de robes. L'Évangile est annoncé aux pauvres (Matthieu 11:5) et Dieu ne fait pas acception des personnes.

  2. À tous les sexes. — Le décret s'étend aux deux sexes mâle et femelle, Dieu a ses dames élues. L'ancien à la dame élue, et ses enfants lesquels j'aime dans la vérité. — «Les enfants de ta sœur élue te saluent.» (2 Jean 1:13), tous les deux mâle et femelle, sont un en Jésus Christ (Galates 3:28). Je t'exhorte, toi aussi vrai compagnon de mes travaux, prends soin de ces femmes qui travaillent avec moi dans l'Évangile, desquelles, les noms sont écrits dans le livre de vie (Philippe 4:3).

  3. À tous les âges. — Aux jeunes et aux vieux, aux enfants, et à ceux d'un âge avancé: oui les enfants même se trouvent dans le sein de l'éternel décret, toujours avant qu'il viennent du sein de leur mère: «avant que je t'eusse formé dans le sein, je t'ai connu; et avant que tu naquisses, je t'ai sanctifié, et je t'ai ordonné prophète pour les Gentils» (Jérémie 1:5). Jean Baptiste fut rempli du Saint-Esprit dans le sein de sa mère (Luc 1:15); et il est probable que David a eu la foi que son enfant appartenait à l'élection de grâce, et que son âme était liée dans le faisceau de la vie; car il se consolait ainsi: «J'irai vers lui, mais il ne retournera pas vers moi» (2 Samuel 12:23). David allant seulement vers le tombeau de son fils, ne pouvait trouver dans cette idée qu'une bien petite consolation.

  4. À toutes nations. — La grâce n'est pas emprisonnée dans les frontières d'une nation seulement, mais s'étend aux Juifs et aux Gentils, à la circoncision et à l'incirconcision, aux Barbares et aux Scythes, aux esclaves et aux libres (Colossiens 3:11), à quelques-uns de toute nation qui est sous le ciel (Actes 2:5). Le mur de séparation qui est entre le Juif et le Gentil, est abattu: notre Seigneur dit: «J'ai d'autres brebis qui ne sont point de cette Bergerie (la nation juive). Il faut aussi que je les amène» (Jean 10:16). Ce prédestinant amour, appelle efficacement ses élus, de tous les quartiers. Je t'ai aimée, et en conséquence, j'amènerai ta postérité de l'Orient, et je te rassemblerai de l'Occident, je dirai au Septentrion, donne, et au Midi; ne retiens point: amène mes fils de loin, et mes filles, des extrémités de la terre, chacun qui est appelé de mon nom (Ésaïe 43:4,7).

  5. À toutes générations. — Le prédestinant amour est semblable à une rivière qui coule sous la terre, et qui sort au-dessus de la terre en certains endroits. À cette rivière qui est un océan d'éternel amour, Moïse avait le regard attaché, lorsqu'en parlant de Joseph, il dit: «Ta terre est bénie du Seigneur, de la rosée qui est en haut, et de l'abîme qui est en bas» (Deutéronome 33:13). Ainsi de nouvelles veines d'élection sortent, quelquefois dans une génération, et quelquefois, dans une autre. Elle n'est pas liée quant au temps, — ni avant la loi, ni sous la loi, ni après la loi; mais en toute génération Dieu a son Église visible (6) sur la terre, et les portes de l'enfer ne peuvent prévaloir contre elle. Comme Dieu ne fait point acception des personnes, il n'en fait pas non plus des lieux, des nations, ou des générations: Mais il a eu et aura les siens, jusqu'à la fin du monde.

Ô fidèle croyant! Il y a un grand sujet de joie et une solide consolation à voir l'extension de l'éternel amour de Dieu.

  1. Si l'amour prédestinant s'étend à tous les rangs, donc ceux qui sont pauvres en fortune peuvent être riches en foi, et le serviteur de l'homme pourra être l'affranchi du Seigneur.

  2. S'il s'étend aux deux sexes, donc le vase le plus faible pourra être un vase d'élection, et une héritière de la grâce et de la vie.

  3. S'il s'étend à tous les âges, donc les parents qui ont la foi pourront avoir l'espérance, lorsque leurs enfants meurent; qu'ils peuvent appartenir à l'élection de grâce; ils peuvent être enveloppés dans le maillot de l'alliance de grâce; ainsi ils ne sont pas sans espérance.

  4. S'il s'étend à toutes les nations, donc les extrémités de la terre pourront regarder vers Christ (autant qu'il est élevé, sur le pavois de l'Évangile éternel), et être sauvés (Ésaïe 45:22).

  5. S'il s'étend à toutes les générations, donc l'amour prédestinant est une inépuisable fontaine! criant toujours: «Y a-t-il quelqu'un de la maison de l'Éternel parmi les hommes, afin que je puisse lui montrer la bienveillance du Seigneur?» (2 Samuel 9:3).




De la Prédestination conditionnelle

Ayant établi la doctrine de la prédestination divine comme révélée dans les Écritures, et ayant tiré de la même source la preuve qu'elle possède diverses propriétés distinctes, telles que d'être éternelle, immuable, absolue, libre, distinctive, et extensive; je passe à présent en second lieu à considérer les vues des Arminiens sur cette doctrine, savoir, «qu'elle est conditionnelle, d'après la prévision de la foi, des œuvres, et de la persévérance, etc.»

À ceci je réponds, que la prédestination ne peut être conditionnelle, sur la prévision de la foi de l'homme, des œuvres et de la persévérance, etc., à cause des douze raisons suivantes:

  1. Ce que les Écritures déclarent être la cause et le fondement de notre élection, cela et cela seulement doit être la cause et le fondement de notre élection.

    Le bon plaisir de Dieu est la seule cause et le fondement de notre élection, et non quelque prévision de notre foi, etc. Que les Écritures déclarent ceci, c'est ce qui est évident de Éphésiens 1:5, «Conformément au bon plaisir de sa volonté» et d'Éphésiens 1:9. «Nous ayant fait connaître le secret de sa volonté, selon son bon plaisir»; et Éphésiens 1:11. «Prédestinés conformément au dessein de celui qui opère toutes choses d'après le conseil de sa propre volonté». De Matthieu 11:25-26. Tu as caché ces choses aux savants et aux prudents et tu les as révélées aux enfants. Il en est ainsi, Ô Père, parce que cela te sembla bon.

    Les Écritures déclarent encore amplement la même vérité (Romains 9:11,15 et 11:5; et 2 Timothée 1:9). Notre salut et notre vocation, sont montrés comme étant non selon nos œuvres, mais selon le dessein de la grâce, qui nous est donnée de Christ avant la fondation du monde. Le temps manquerait pour citer tous les passages de l'Écriture, car toute la Bible, comme d'une seule voix, crie hautement, «l'élection est de la grâce souveraine et non des œuvres, découlant seulement du bon plaisir et de l'absolue volonté de Dieu.»

  2. Ce qui fait de l'élection l'acte d'un débiteur, ne doit pas être reçu; et c'est ce que fait le décret conditionnel.

    Un acte de grâce et un acte de débiteur, sont des termes contradictoires. Si l'élection est un acte de grâce (et toute l'œuvre du salut a été démontrée être entièrement et uniquement de sa libre grâce, voir: La quatrième propriété du décret divin), on doit regarder comme abominable et on doit rejeter la pensée de faire de l'élection un acte de débiteur. Si le décret est conditionnel sur la prévision de la foi et de la persévérance, il est donc un acte de dette et non de grâce, un acte de justice et non de miséricorde; car un décret qui donne la gloire aux croyants qui persévèrent, comme étant leur récompense, ne peut être autre chose qu'une justice rémunératrice.

  3. Ce qui bit sortir Dieu de lui-même, dans son action intrinsèque et éternelle, ne doit pas être reçu; et c'est ce que fait le décret conditionnel.

    Selon un tel décret, Dieu regarde ceci, ou cela dans la créature sur laquelle sa volonté se détermine; ainsi l'homme est l'auteur de son propre salut, et non pas Dieu. La doctrine du décret conditionnel place Dieu sur sa tour de guet de préconnaissance pour épier ce que les hommes feront; s'ils croiront ou non, s'ils obéiront ou non; s'ils persévéreront ou non; et, conformément à ce qu'il observe, il détermine sa volonté à leur égard; ainsi sa perfection de divine connaissance, et sa divine volonté, est détruite d'un souffle.

  4. Nulle chose temporelle ne peut être la cause efficiente de notre éternel salut; mais la foi, l'obéissance, etc., sont des choses temporelles, la première étant produite en nous, et la seconde étant accomplie par nous dans le temps déterminé.

    Ceci n'est donc autre chose que préférer le temps à l'éternité, et mettre une post-destination à la place d'une prédestination.

  5. Ce qui est l'effet et le fruit du décret divin ne peut être sa cause; la foi, la persévérance ne sont que les fruits et les effets de l'élection d'amour.

    Ceux qui sont donnés à Christ dans le décret d'élection, viennent à Christ et croient en lui; les autres ne viennent ni ne croient; et la cause assignée est; parce qu'ils ne sont pas de ses brebis, parce qu'ils ne sont pas donnés. «Tout ce que mon père me donne viendra à moi» (Jean 6:37). Venir à Christ, c'est croire en lui, «vous ne croyez pas, parce que vous n'êtes point: de mes brebis» (Jean 10:26). «Et tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle crurent» (7) (Actes 13:48).

    Nous ne pouvons (selon la notion Arminienne) lire ce passage ainsi: autant comme il y en eut qui crurent furent destinés à la vie; car ceci serait mettre la charrette devant les chevaux, comme si les moyens avaient été ordonnés avant la fin. Nous sommes prédestinés, afin que nous soyons saints, et non à cause que nous sommes saints. (Éphésiens 1:4). Nous sommes prédestinés afin que nous marchions dans les bonnes œuvres et non parce que nous y marchons. (Éphésiens 2:10). Nous sommes prédestinés à être conformes à l'image de Christ, et non parce que nous y sommes conformes (Romains 8:29). C'est l'élection qui obtient la foi, et non la foi qui obtient l'élection. (Romains 11:7), et l'apôtre (2 Timothée 1:9), exclut toutes les causes (soit prévues ou existantes) montrant que le gracieux dessein est l'origine de tout. Oui Paul lui-même fut choisi, afin qu'il pût connaître la volonté de Dieu et non parce qu'il la connaîtrait (Actes 22:14); et il dit aux Thessaloniciens (2 Thessaloniciens 2:13). que Dieu les a élus au salut par la sanctification de l'Esprit, et la foi de la vérité. Nous ne pouvons faire un antécédent de l'élection, ce qui n'en est que la conséquence, «Je vous ai choisis, et je vous ai ordonnés, afin que vous alliez et que vous portiez beaucoup de fruits» (Jean 15:16).

  6. Ce qui place une cause inférieure au-dessus d'une cause supérieure, ne doit pas être admis; et c'est ce que fait le décret conditionnel.

    Dieu est la cause des causes, et la première cause de toutes choses. Il ne peut y avoir aucun être qui ne vienne de lui, il ne peut y avoir rien, avant lui. «De lui, et à lui, et par lui sont toutes choses» (Romains 11:36). «En lui nous avons la vie, le mouvement et l'être» (Actes 17:28). «Seigneur, tu as créé toutes choses et c'est par ta volonté qu'elles sont et ont été créées» (Apocalypse 4:11). Dieu est la cause efficiente, et la dernière fin de tous les êtres; mais s'il y a un être antécédent à la détermination de la volonté de Dieu, il ôte la dignité de la cause suprême, et il fait l'acte de l'homme, supérieur à l'acte de Dieu.

  7. Ce qui ôte la certitude, et l'immutabilité du décret divin, ne doit pas être reçu, et c'est ce que fait le décret conditionnel.

    Si quelque chose dans l'homme, incline Dieu à choisir l'homme, le décret de Dieu ne peut donc demeurer ferme; mais doit dépendre de quelque acte contingent de l'homme, que ce soit la foi, les œuvres, ou la persévérance.

    S'il dépend de notre persévérance dans la foi, il ne peut être ferme et certain, selon la doctrine Arminienne de la déchéance de la grâce: Car l'hypothèse Arminienne établit le décret de Dieu d'après cette forme, savoir: Je les sauverai tous si tous m'obéissent; mais je vois qu'ils pécheront; je dois le leur permettre; mais je les condamnerai tous; cependant ce décret de condamnation ne sera pas péremptoire; j'enverrai Christ pour les racheter tous: pour les sauver tous encore une fois s'ils croient; mais je vois qu'ils ne croiront pas. Je décréterai de sauver ceux que je prévois qui croiront et persévéreront en croyant. Oh! quelle variable peinture d'un Dieu immuable!

  8. Ce qui établit que nous choisissons Dieu avant que Dieu nous choisisse, ne doit point être reçu: et c'est ce que fait le décret conditionnel sur la foi prévue.

    Si Dieu ne nous choisit que lorsqu'il prévoit la foi en nous, il suit donc nécessairement que nous choisissons Dieu avant qu'il ne nous choisisse, et que nous l'aimons avant qu'il nous aime; contrairement à ces écritures, «vous ne m'avez pas choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis» (Jean 15:16); «nous l'aimons parce qu'il nous a aimés le premier» (1 Jean 4:19). Mais les Arminiens vont plus loin encore, car ils disent: nous devons être prévus non-seulement croyants mais encore persévérants dans la foi; ce qui est non-seulement choisir Dieu pour notre Dieu, mais aussi persévérer dans ce choix jusqu'au dernier moment de notre existence, avant que nous puissions être des objets convenables du choix ou de l'élection de Dieu!!!

  9. Ce qui ôte son caractère mystérieux au décret divin, doit être rejeté, et c'est ce que fait cette doctrine de la foi prévue.

    C'est une dangereuse présomption aux hommes de prendre sur eux, avec leurs mains impures, l'explication des profonds mystères de Dieu (8) d'après leur raison charnelle; là où le grand apôtre demeure dans l'étonnement, s'écriant: «O profondeur! qu'elle est impossible à sonder!» (Romains 11:33) et encore: «qui connaît la pensée du Seigneur!» (Romains 11:34) Si saint Paul eût été dans la persuasion arminienne, il aurait répondu: «Les élus sont ceux dont Dieu a prévu qu'ils croiraient et qu'ils persévéreraient!» Cette réponse n'aurait pas été dure à entendre même par les ignorants (c'est-à dire les charnels), les hommes du monde qui tordent les écritures à leur propre perdition (2 Pierre 3:16). Mais Paul n'était qu'un ignorant, et ces hommes sont plus sages que le Saint Esprit; car il nous dit que notre élection procède de la volonté de celui qui élit, et non de quelque chose qui soit dans l'élu. La souveraine volonté de Dieu, est la règle suprême de toute justice; «il aura compassion de qui il aura compassion, et il endurcira qui il voudra». Si la foi prévue et la persévérance eussent été les causes et les conditions de l'élection, il n'y aurait eu nul mystère là dedans.

  10. Cette élection dont l'ombre nous est montrée dans l'amour de Dieu à l'égard de Jacob (soit comme personne, soit comme nation) est l'élection selon la vérité; mais cette élection n'a pas été d'après la foi ou les œuvres prévues.

    1. Premièrement la personne de Jacob. Il était sous l'élection d'amour; toute prévision de foi et d'œuvres étant exclue. J'ai aimé Jacob (Romains 9:12-13). Aimer Jacob, c'est lui vouloir le plus grand bien, même le salut éternel, et tout ce qui l'accompagne; et ceci eut lieu avant qu'il y eût quelque différence entre lui et Ésaü, car ils étaient tous les deux également dans le sein de leur mère et conçus dans le péché. «Avant que les enfants fussent nés, et qu'ils eussent fait ni bien ni mal; afin que le dessein de Dieu selon l'élection demeurât ferme, non des œuvres, il fut dit à Rébecca, l'aîné sera assujetti au plus jeune» (Romains 9:11-12).

    2. Secondement Jacob comme nation. Notre élection est typifiée par l'élection que Dieu fit d'Israël laquelle, il le paraît clairement, ne fut pas une élection d'après la prévoyance de dignité en Israël; non à cause de tes justices, ni à cause de la droiture de ton cœur. «Sache donc que ce n'est point pour ta justice que le Seigneur ton Dieu te donne ce bon pays pour le posséder, car tu es un peuple de col roide» (Deutéronome 9:5-6). Toutes les œuvres de dignité sont exclues, et la raison assignée est à cause que le Seigneur vous a aimés (Deutéronome 7:8).

  11. Ce qui élève le Dagon vermoulu de la libre volonté de l'homme, en avant ou au-dessus de l'arche de la grâce spéciale prédestinante de Dieu, doit être rejeté; et c'est ce que fait le décret conditionnel.

    Le décret conditionnel est fondé sur une prévision de nos volontés, recevant ou rejetant la grâce proposée; et ainsi la volonté de l'homme est placée comme le premier moteur, et en avant de la volonté de Dieu: et l'acte de la prédestination est mis dans la volonté et dans le pouvoir du prédestiné et non dans celle du divin prédestinateur. Par là le pouvoir d'ordonner le salut de l'homme est transporté (ainsi qu'on l'a fait) des mains de Dieu, dans les mains de la libre volonté de l'homme. Le salut est donc l'ouvrage du sauvé et non du Sauveur; et la volonté et l'exécution n'est plus selon le bon plaisir de Dieu (Philippe 2:13). Ainsi les hommes pensent méchamment que Dieu est semblable à l'un d'eux (Romains 1:21). Incertain, chancelant dans ses desseins; et semblable au mouvement d'un balancier; prenant de nouveaux conseils, comme étant dans la dépendance de la volonté des hommes, et des actes contingents qui en dérivent.

  12. Ce qui implique une succession d'actes en Dieu, ne doit pas être admis; et l'élection d'après la prévision implique cette succession.

    Dieu est un acte unique, et en lui il ne peut y avoir de succession, car autrement il ne serait pas le JE SUIS. La prévision de la foi, suppose nécessairement un décret préexistant, concernant l'existence de cette foi prévue.

    1. Car d'abord, Dieu doit décréter que la foi existe;

    2. secondement il prévoit cette foi,

    3. troisièmement il décrète de sauver par cette foi prévue. De manière que cette prévision arrive nécessairement entre deux décrets.

    On pourrait ajouter beaucoup d'autres raisons, telles que la foi prévue ne saurait avoir lieu dans les enfants qui meurent, cependant le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent. Et leurs noms sont écrits dans le livre de vie (voyez: Apocalypse 20:12). Mais pour résumer le tout en une sentence; un décret conditionnel fait un Dieu conditionnel, puisque le décret est Dieu lui-même décrétant. Donc la condition doit être rejetée.




Réponse aux objections contre le Décret absolu de la Prédestination

  • J'ai établi et prouvé la doctrine de l'absolue prédestination divine.

  • J'ai considéré aussi, et (je l'espère), réfuté d'une manière scripturaire les notions que s'en forment les Arminiens, savoir; qu'elle est conditionnelle.

  • Je répondrai en troisième lieu, à quelques-unes des principales objections qu'ils font contre ce divin et absolue décret de la prédestination inconditionnelle.

Les Arminiens agissent, à l'égard de cette doctrine, comme les Empereurs païens agissaient avec les premiers chrétiens, dans les dix premières persécutions; ils les couvraient de peaux de bêtes et les exposaient ensuite à la férocité des dogues pour être mis en pièces. Ainsi font les Arminiens avec cette grande VÉRITÉ. Ils commencent par l'habiller d'une manière difforme en lui mettant leurs propres et fausses gloses, et alors ils lancent leurs cyniques sarcasmes l'un après l'autre, contre elle, disant: «Cette doctrine de prédestination tend à accuser Dieu et à le rendre coupable d'injustice, de dissimulation et d'hypocrisie, etc., etc.»

1ère objection

D'injustice, parce qu'il donne à des personnes qui sont semblables, des choses qui ne sont pas semblables; contrairement à l'Écriture, qui dit, que Dieu ne fait point acception des personnes (Actes 10:34).

Réponse

  1. Ceci fut objecté contre la doctrine de saint Paul (Romains 9:14). Que dirons-nous donc? y a-t-il de l'injustice en Dieu? à Dieu ne plaise! Quand nous voyons que l'apôtre amène cette difficulté comme étant le sophisme de la raison charnelle contre le décret de Dieu, nous avons, par conséquent, suffisante raison de la rejeter. Dieu ne doit pas perdre l'honneur de sa justice parce que la raison de son décret n'apparaît pas à notre entendement superficiel. Nous n'avons pas le droit de reprendre ce que nous ne pouvons comprendre. La justice de Dieu ne doit pas être mesurée, par la règle de notre raison; car que serait cela, sinon parler méchamment à la place de Dieu, et parler artificieusement pour lui (Job 13:7); et ouvertement le dépouiller de toute justice qui ne serait pas conforme à notre modèle? L'œuvre de Dieu et la sagesse de Dieu doivent toujours être considérées, comme unies inséparablement.

  2. Dieu est la justice même; et les ténèbres pourraient procéder du soleil (qui est la source de la lumière), plutôt qu'un acte injuste ne procédera de Dieu. Les voies de Dieu sont toujours équitables, quoique les hommes en pensent autrement. «Néanmoins vous dites, la voie du Seigneur n'est pas bien réglée. Écoutez donc, ô maison d'Israël, ma voie n'est-elle pas bien réglée? ne sont-ce pas plutôt vos voies qui ne sont pas bien réglées?» (Ézéchiel 18:25); et quoique les voies de Dieu soient quelque fois secrètes, et dépassent notre pensée (comme Romains 11:33); elles sont néanmoins toujours justes. La volonté de Dieu est la règle souveraine; mais non comme l'entend la raison dépravée de l'homme. Dieu est l'origine de tout bien; il est aussi la source de la justice et de l'équité. Dieu est trop bon pour nous faire un tort, et trop juste pour nous faire une injustice.

  3. Jacob et Ésaü étaient égaux dans le sein de leur mère, et cependant le décret dispose d'eux d'une manière inégale; car Dieu avait le droit et le pouvoir d'en agir ainsi. L'apôtre démontre ceci:

    1. Par le témoignage de Moïse (Exode 33:18-19). «Je ferai passer toute ma bonté devant toi; je proclamerai le nom du Seigneur devant toi, je ferai miséricorde à celui à qui je ferai miséricorde, et j'aurai compassion de celui de qui j'aurai compassion». Dieu a le droit d'en agir ainsi.

    2. Par l'exemple du potier qui a un pouvoir sur ses vases, moins toutefois que Dieu sur ses créatures. Donc ce que le vase ne peut faire avec celui qui le fait, que l'homme ne le fasse pas non plus avec son Créateur. Mais le vase (en supposant qu'il pût parler), ne pourrait accuser celui qui l'a fait, d'injustice parce qu'il a disposé d'une même masse d'argile pour des fins différentes.

  4. Le décret de Dieu n'est pas un acte de justice, mais un acte de seigneurie, et de souveraineté. La justice présuppose toujours une dette; mais Dieu (qui était parfait en lui-même de toute éternité) ne pouvait être débiteur envers l'homme, qui reçoit tout de Dieu. Le décret n'est pas une matière de justice ou d'injustice; mais de libre faveur; la grâce étant la propriété de Dieu, il pourra faire ce qu'il voudra de cette grâce. «Ne m'est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien? Ton œil est-il mauvais parce que je suis bon?» (Matthieu 20:15). S'il fait grâce aux uns et non pas aux autres, il n'y a pas d'injustice en lui. Il n'est point obligé de faire grâce à personne.

  5. Si Dieu ne fait point acception des personnes, c'est dans ce sens; qu'il ne choisit pas les hommes à cause de leurs œuvres. Ce fut avant que Jacob et Ésaü eussent fait ni bien ni mal. Il les trouva tous deux égaux, et il n'y avait rien pour faire pencher la balance plutôt d'un que de l'autre, sinon le propre et seul bon plaisir de Dieu. Dieu est un agent libre, et n'est assujetti à aucune loi, lors qu'il fait grâce.

2ième objection

De cruauté; comme si Dieu avait été pire, à ses créatures, que les tigres à leurs petits; et que les tueurs de rats, qui, après avoir fermé toutes les issues, les poursuivent avec leurs chiens, etc., etc.(9)

Réponse

  1. Ceci est accuser Dieu follement, puisque nous voyons qu'il n'y a nul acte de Dieu qui puisse être un moyen de damner les hommes, mais que ce sont les propres actes des hommes qui sont la cause de leur damnation; savoir l'accomplissement de leurs propres convoitises. De même que la réprobation ne leur donne pas une grâce telle qu'elle les rende infailliblement meilleurs, de même elle n'opère rien en eux pour les rendre plus mauvais.

  2. C'est seulement un sophisme: comme si le décret de non-élection était une cause qui produisit la damnation de l'homme. Le péché est la cause de la damnation, mais la réprobation n'est pas la cause du péché. L'ordre que David donna à Salomon, à l'égard de Joab et de Chimeï, ne fut pas la cause que l'un et l'autre eurent une fin prématurée; mais ce fut la trahison contre Salomon quant à Joab, et la fuite de Jérusalem quant à Chimeï, qui leur causèrent la mort (voyez: 1 Rois 2:5,28,40,42).

  3. C'est une fausse hypothèse, de supposer que Dieu, dans le décret de réprobation, a le dessein de mener les hommes à la damnation, comme par un moyen effectif; ainsi que par le décret d'élection, il conduit les autres au salut: car le salut est une faveur qui n'est due à personne, de telle sorte, que Dieu pourra absolument donner ou refuser le salut. Mais la damnation est une punition qui se trouve ainsi en relation avec une faute. Les moyens de salut sont les dons de la libre grâce, mais la damnation vient du propre et volontaire péché de l'homme, elle est le fruit et le gage du péché. «Les gages du péché c'est la mort; mais le don de Dieu est la vie éternelle par Jésus-Christ notre Seigneur» (Romains 6:23). C'est Dieu qui disposa Pierre pour le salut; mais Judas se disposa lui-même pour la damnation.

  4. Si Dieu eût contraint la créature au péché, pour la damner ensuite pour ce péché, il se complairait dans la destruction de ses créatures, contrairement à Ézéchiel 18:23; et 33:11. Dieu ne poussa pas Adam dans son péché, comme il le poussa hors du paradis après qu'il eut volontairement péché. La punition de l'homme est de Dieu comme juge; mais sa destruction est de l'homme lui-même, comme pécheur. Répétons donc encore et encore, que le péché de l'homme vient librement de lui-même.

3ième objection

On objecte contre le décret absolu, qu'il fait Dieu coupable de dissimulation; en appelant ceux qui sont la partie négative du décret, à se repentir; etc. Tout comme s'il commandait aux hommes dont il aurait fermé les yeux, de juger des couleurs: ou à ceux dont-il aurait lié les pieds, de se lever et de marcher.

Réponse

  1. Le défaut de repentance dans les non élus vient non-seulement d'un manque de pouvoir («Nul ne peut venir à moi, si le Père ne le tireJean 6:44); mais aussi d'un manque de volonté. «Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie» (Jean 5:40). Nul n'est damné parce qu'il ne peut pas faire mieux, mais parce qu'il ne veut pas faire mieux. S'il n'y avait eu nulle volonté, il n'y aurait eu nul enfer. Et ce sera l'enfler des enfers, que l'homme a été, le trompeur, de soi-même, son propre destructeur, felo de se.

  2. L'homme eut un pouvoir en Adam. Dieu lui donna une connaissance dans son entendement, une rectitude dans sa volonté, et la pureté dans ses affections; mais ces choses ont été toutes perdues par la chute. Dieu cependant ne doit pas perdre son autorité de commander, parce que l'homme par son péché a perdu la capacité d'obéir.

  3. Ne peut-on pas dire plus convenablement, que ce sont les Arminiens qui accusent Dieu de folie et de dissimulation, quand ils le représentent comme désappointé dans son dessein, et le réduisent à parler ainsi: «En vérité je désire ardemment vous sauver, mais vous m'empêchez tellement que je ne puis faire ce que je désire; je le voudrais, si vous le vouliez; mais voyant que vous me frustrez de mon intention, je changerai le dessein que j'avais de vous sauver, et en conséquence ma volonté sera une détermination de vous détruireVorstius, l'Arminien, nous dit aussi: «Il pourra arriver quelque chose qui plongera Dieu dans le chagrin, ayant essayé de tous les moyens en vain!»

  4. Mais il faut ici prendre un autre point de vue. Lorsque Dieu donne un commandement pour des actes spirituels, il accorde le pouvoir de les accomplir. Il en fut ainsi lorsque Christ commanda à l'homme qui avait une main sèche de l'étendre; et à Lazare de sortir du tombeau. L'appel et le commandement de Dieu, sont les canaux de la force et de la capacité.

4ième objection

Le décret de Dieu ne peut être absolu et infaillible, car il pourrait avoir été frustré par la possibilité qu'Adam persistât dans son innocence.

Réponse

  1. La persistance d'Adam était possible quant à lui-même, mais non quant à Dieu. Dire qu'Adam pourrait ne pas avoir péché, est une proposition catégorique et simple, et serait bonne en tant qu'Adam serait considéré comme revêtu de la liberté de sa volonté: et de même aussi dire qu'il ne pouvait se faire autrement sinon qu'Adam tombât dans le péché, est également vrai si on considère Adam comme subordonné au décret de Dieu, déterminait ce que ferait Adam, abstraction faite de la liberté de sa volonté.

  2. Quant à l'homme, Adam pourrait n'être pas ou être tombé: car Dieu ne donna pas à sa créature seulement une loi, mais il lui fournit aussi un pouvoir suffisant pour garder cette loi, s'il l'eût voulu; et si l'homme n'eût pas été une créature muable il aurait été Dieu et non homme. L'homme est muable; Dieu seul est immuable. C'est en ceci que le Créateur est distingué de tous les êtres créés. Ainsi, en tant que cela concerne Dieu, il n'était pas possible que l'homme restât innocent; car dans le décret de Dieu il était certain que l'homme étant laissé à la mutabilité de sa propre volonté (et Dieu permettant à Satan de le tenter) inclinerait volontairement au mal. Adam a donc péché librement eu égard à lui-même, mais nécessairement eu égard à Dieu. Il a agi aussi librement dans cet acte, que s'il n'y avait pas eu de décret, et cependant aussi infailliblement que s'il n'y avait pas eu de liberté. Le décret de Dieu n'ôta pas la liberté de l'homme; l'homme dans la chute, tandis qu'il accomplissait le décret de Dieu, exerça néanmoins librement les propres mouvements de sa propre volonté.

  3. Ainsi donc, Dieu en décrétant le péché d'Adam, n'ôta à Adam aucune grâce qu'il eut; car il décréta qu'il pécherait volontairement. Il ne diminua point le pouvoir dont il était revêtu, seulement il n'y ajouta point cette grâce par laquelle Adam aurait infailliblement évité de tomber: grâce qui n'était en aucune manière due à l'homme et que Dieu n'était nullement obligé de lui accorder. De sorte qu'Adam aurait pu persévérer, eu égard à lui-même; mais qu'il devait tomber certainement, eu égard à Dieu. Les juifs auraient pu briser les os de Christ, eu égard à leur libre volonté dans de telles actions, mais il n'était pas possible qu'ils le fissent; «car aucun de ses os ne sera rompu» (Jean 19:36; Psaumes 34:21). Il y avait possibilité dans un sens, que Christ fut délivré de sa passion par des légions d'anges (Matthieu 26:53). «Mais comment alors auraient été accomplies les écritures qui disent que cela doit être ainsi?» (Matthieu 26:54). Il était possible eu égard aux choses, que Dieu pardonnât les pécheurs sans un Christ; mais impossible tout autant que Dieu avait décrété que Christ serait leur rançon. En arguant d'après l'hypothèse des Arminiens sur la libre volonté, il serait possible que personne ne fut sauvé, ou personne perdu; et alors, ou le ciel ou l'enfer serait une chose superflue.

5ième objection

Les prédestinariens ne peuvent s'accorder sur la manière d'établir leur décret; quelques-uns le placent avant la chute, comme les supralapsaires; et les autres après la chute comme les infralapsaires.

Réponse

  1. Les Arminiens, par la loi de réciprocité, pourront être appelés inframortuariens, car ils ne reconnaissent d'élection complète, qu'après la mort des hommes; et post-destinariens, parce qu'ils placent le décret éternel postérieurement à la vie terrestre de l'homme. Certainement lorsque les croyants meurent, ils sont les objets de la glorification et non de l'élection. Christ aurait dû dire (d'après leur hypothèse) au larron pénitent: «Aujourd'hui tu seras complètement élu et non pas, tu seras avec moi en paradis.» Et ne pourront-ils pas aussi être appelés Relapsairiens, puisqu'ils disaient que les élus peuvent totalement et finalement tomber; et que celui qui est un enfant de Dieu aujourd'hui pourra être un enfant du démon demain?

  2. Ces notions de sub et de supra ne sont que des conceptions humaines de l'ordre du décret divin, qui surmonte notre entendement à un si haut degré, que notre faible capacité ne peut le comprendre si ce n'est selon la manière des hommes. Ces divers états de l'homme avant et après la chute, ne sont point dans l'entendement divin, comme ils sont dans le nôtre, par une succession d'actes l'un après l'autre; mais Dieu ordonne toutes choses par un seul acte; et l'idée divine dans le décret est une représentation de tous ces états à la fois. Non celui-ci après celui-là, mais ensemble dans un instant de l'éternité (10).

6ième objection

Le décret absolu rend l'homme nonchalant dans ses devoirs, et le porte à dire : quel besoin ou quelle utilité y a-t-il de faire de bonnes œuvres? Je puis vivre comme il me conviendra; si je suis élu au salut, je serai certainement sauvé.

Réponse

  1. Le décret de Dieu établit les moyens; il n'ordonne pas seulement la fin, mais aussi les moyens d'atteindre cette fin; et l'un n'est jamais séparé de l'autre. Dieu décrète que la terre sera fertile; ceci n'exclut pas, mais implique au contraire que le soleil luise sur elle, les pluies doivent l'arroser, et la main de l'homme doit la cultiver, comme son Dieu lui en donne l'ordre (Ésaïe 28:26). Dieu décrète que quinze années seront ajoutées à la vie d'Ézéchias; ceci ne le rendit ni insouciant pour sa santé, ni négligent pour prendre sa nourriture. Il ne dit pas: «Quoique je me jette dans le feu, ou dans l'eau, ou que je boive un breuvage empoisonné, je vivrai néanmoins pendant un temps aussi long;» mais la Providence naturelle, dans l'usage convenable des moyens, coopéra de manière à le conduire à cette période de temps pré-ordonnée pour lui. L'industrie de l'homme est subordonnée au décret de Dieu, elle est appelée la vie de nos mains (Ésaïe 57:10). Nous ne devons pas tenter le Seigneur notre Dieu.

  2. La chaîne d'or a tellement lié les moyens à la fin, et la sanctification pour conduire au salut, que Dieu fait aussi infailliblement agir les élus dans l'usage des moyens, qu'il les conduit à la fin par l'usage de ces moyens. «Frères bien-aimés du Seigneur; Dieu vous a dès le commencement choisis pour le salut, par la SANCTIFICATION de l'esprit, et la foi de la vérité» (2 Thessaloniciens 2:13). «Je vous donnerai un nouveau cœur et je mettrai un nouvel esprit au dedans de vous; J'ôtera le cœur de pierre, de votre chair, et je vous donnerai un cœur de chair, je mettrai mon esprit au dedans de vous et je vous ferai marcher dans mes statuts, et vous garderez mes jugements et les ferez. Vous vous souviendrez donc de vos méchantes voies, et de vos actions qui ne sont pas bonnes, et vous vous déplairez en vous-mêmes, à cause de vos iniquités, et à cause de vos abominations» (Ézéchiel 36:25-31). Que ceux en qui le Seigneur aura mis son Esprit, vivent comme ils le voudront, et je suis très-sûr qu'ils vivront d'une vie de piété.

  3. L'éternelle prescience Arminienne implique une absolue certitude et une nécessité d'événements, aussi bien que notre prédestination; car les choses doivent être pré-ordonnées à l'existence, avant qu'il puisse être prévu qu'elles existeront. D'après les principes Arminiens, les hommes pourront raisonner ainsi: s'il est prévu éternellement que je croirai, je croirai et je serai sauvé. Et cependant, ils enseignent les hommes à dire au contraire: Je me repentirai quand je voudrai; je pourrai être élu lorsqu'il me plaira, quoique dans ce moment je vive dans l'iniquité, car je suis libre de me repentir même sur mon lit de mort, ainsi je pourrai être sauvé si je pense que ce soit convenable. «HO! C'EST BIEN ICI LA DOCTRINE QUI RENDRA LES HOMMES NONCHALANTS DANS LEURS DEVOIRS!» Mais pour une âme qui est élue, par l'opération du Saint-Esprit, afin de lire dans le cœur du Dieu de son alliance, comment il la aimée éternellement, absolument, et particulièrement; et comment en conséquence de son amour éternel et immuable, il lui accorde et lui donne le plus grand de tous les dons, savoir: Jésus-Christ lui-même; qu'elle vive comme elle voudra, ceci sera son langage et sa pratique. «Pour moi Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. Je t'aime parce que tu m'as aimée le premier; je suis contrainte par cet amour, par la toute-puissante influence de ta grâce; ce monde transitoire ne peut désormais rien m'offrir de satisfaisant. Je ne serai jamais satisfaite, jusqu'à ce que je sois absente du corps, et présente avec le Seigneur; jusqu'à ce que je me réveille avec ta ressemblance» (Philippiens 1:21; 1 Jean 4:19; 2 Corinthiens 5:14-15; Psaumes 17:15).

7ième objection

La doctrine de la réprobation absolue porte les hommes au désespoir; lors même que je ferai tout mon possible, si je dois être damné, je serai damné: je suis sous une nécessité fatale.

Réponse

  1. Ceci est sucer du poison d'une douce fleur; c'est se choquer contre le rocher des siècles; c'est heurter contre la Parole, «à quoi aussi ils ont été destinés» (1 Pierre 2:8). Pourquoi Dieu a-t-il ordonné toutes choses pour jamais par son décret absolu? C'est pour que l'homme tremble devant lui (Ecclésiaste 3:14). Dieu agit librement comme la cause première; et l'homme librement comme la cause seconde; en concurrence et non par contrainte.

  2. On a répondu convenablement à cette objection dans le 17ième article de l'église d'Angleterre. — «Pour les personnes curieuses et charnelles, manquant de l'Esprit de Christ, c'est une très-dangereuse pierre d'achoppement que d'avoir continuellement devant les yeux la sentence de la prédestination de Dieu, par laquelle pierre d'achoppement, le démon les fait tomber dans le désespoir, ou dans le dérèglement de la vie la plus impure, non moins dangereuse que le désespoir.

  3. Nul homme ne pourra se juger lui-même réprouvé dans cette vie, et devenir ainsi désespéré; car l'impénitence finale (la seule évidence infaillible de la réprobation), ne peut être découverte jusqu'au moment de la mort. Nous n'avons pas à questionner le décret de la volonté de Dieu, mais à donner notre attention à sa volonté révélée.

  4. La doctrine Arminienne (Dieu a prévu le bon chemin que je devais prendre d'après ma libre volonté, et en conséquence il m'a élu), est une misérable consolation pour celui dont le cœur est exposé à des myriades d'infidélités envers Dieu. Il a été dit bien à propos par le Psalmiste: «Qui peut connaître ses erreurs? qui peut dire combien souvent il pèche? Purifie-moi de mes fautes cachées» (Psaumes 19:12).

    Dire aux hommes (comme le font les Arminiens), qu'ils peuvent être justifiés et sanctifiés, enfants de Dieu et tout, excepté d'être glorifiés; et néanmoins qu'après tout cela ils pourront devenir réprouvés, et être finalement condamnés; est en vérité une doctrine désespérante. Évidemment c'est leur doctrine qui est désespérante; au lieu que la nôtre est sujette seulement aux fausses inférences des hommes charnels; de ces mêmes hommes qui tirèrent de fausses conclusions des paroles du Seigneur et dirent: «Qui peut donc être sauvé?» (Luc 18:26). De telles conséquences ne sont pas légitimement déduites, mais ce sont des conséquences perverses tirées de bonnes prémisses.

La justice en tout temps, guide le Dieu seul sage,
L'obscurité n'est point un obstacle à ses yeux,
La pensée ni l'action, n'ont jamais de nuage,
Qui les cache à celui qui siège dans les cieux.

Il habite un séjour, pour nous inaccessible,
Il accomplit son œuvre et nous cache sa main,
Bien que son procédé, ne nous soit pas visible,
L'équité sert de base au trône souverain.

Dans le ciel, sur la terre, et dans l'air et sur ronde,
Sa puissance accomplit un éternel décret,
Les saints qui sont aux cieux, ceux qui sont en ce monde,
De son parfait ouvrage admirent le secret.

Mon âme, à sa grandeur, soumets ton espérance,
Prosterne-toi, devant son siège redouté,
Si sa verge te fait frémir sous sa puissance,
Espère au Dieu seul sage, espère en sa bonté.



Références

2 L'opinion de Zanchius en vaut mille autres. (De Courcy).

3 Zacharie 6:1 «Par les montagnes d'airain, on entend le conseil éternel et la providence de Dieu; par lesquels il a décrété de toute éternité ce qui doit arriver, ce que ni Satan ni tout le monde ne saurait altérer.» (Bèze).

4 Toutefois, nous ne sommes aimés de Dieu, qu'en Christ (Remarque du Traducteur).

5 Cette grande dame, la défunte comtesse de Huntingdon, que le Seigneur avait suscitée pour la grande utilité de l'Église de Christ, avait coutume de s'écrier; «Ô béni soit le Seigneur pour la lettre M. dans 1 Corinthiens 1:26, de ce qu'il n'est pas dit, not any (aucun) mais not Many (peu) de nobles qui sont appelés: et spécialement de ce que par grâce, je suis de ce petit nombre si hautement favorisé.»

6 Visible. C'est peut-être trop accorder. Dans la controverse entre Leibnitz et Bossuet, ce dernier prit un grand avantage de la concession que le premier avait faite, savoir: qu'il y a toujours eu une Église visible (Remarque du traducteur).

7 Actes 13:48 «Par conséquent tous n'étaient pas destinés à la vie éternelle, sans quoi, tous auraient cru; mais comme il n'en est pas ainsi, il suit que quelques-uns seulement étaient destinés: et par conséquent Dieu non-seulement pré-connut, mais il ordonna, afin que ni la foi, ni les effets de la foi ne fussent point la cause de sa destination et de sa désignation, mais que sa destination fut la cause de la foi. (Bèze).

8 Cher lecteur! Si tu es un enfant de Dieu, je désire que tu t'arrêtes, avec moi, à ce mot Mystères. Le mystère de sa volonté! La sagesse de Dieu en mystère! Le grand mystère de piété! En vérité, en vérité (comme monsieur Ness l'a observé, ici), C'est une dangereuse présomption de la part des hommes, de prendre sur eux avec leurs mains impures, l'explication des profonds mystères de Dieu, d'après leur raison charnelle. Hélas! l'homme orgueilleux, est trop souvent vainement enflé de son esprit charnel dédaignant de rester ignorant concernant l'Infini YÉHOVAH lui-même, ce qu'il est impossible, dans la nature des choses, qu'il arrive jamais à connaître dans ce monde, «l'homme vain voudrait être sage, quoique l'homme soit né comme l'ânon sauvage» (Job 11:12). Il est dit (Job 11:11): «Le Seigneur connaît les hommes vains. Il les connaît en vérité.» Il connaît qu'eux et tout ce qu'ils ont n'est que vanité. Ils voudraient dans la force de leur propre sagesse, et de leurs recherches charnelles, trouver Dieu: trop orgueilleux néanmoins pour prendre les Écritures de vérité pour leur guide. Écoute, homme vain, écoute le défi et toutes les importantes questions que l'infini YÉHOVAH adresse à ce pauvre ver de terre Job (Job 38; 39; 40; 41). et puisse le Seigneur te rendre capable de cacher ta face dans le manteau de ton propre néant, et d'adopter la réplique de Job et dire, «J'ai donc parlé et je ne comprends rien; ce sont des choses trop étonnantes pour moi, et que je ne connais point. Je t'ai entendu par l'ouïe de l'oreille, mais à présent mon œil te voit, et par conséquent je m'abhorre moi-même et je me repens sur la poussière et sur la cendre.»

9 Ce fut l'objection favorite ordinairement employée par feu M. Weslay, contre la souveraineté de Dieu. Il comparait la doctrine de la prédestination absolue, à l'action de jeter un homme les pieds et les mains liés, dans une maison à laquelle on mettrait le feu en criant ensuite à l'homme de s'échapper pour sauver sa vie: «Je le voudrais bien, répond l'homme, mais je ne le puis parce que je suis lié.» Ce spécieux argument ne trouve-t-il pas sa réponse complète, dans les réponses à la 2ième et 3ième objection? Cher lecteur! puisse le Seigneur t'accorder de bien peser ces réponses. Puisse le Seigneur oindre tes yeux avec un collyre! La doctrine de la LIBERTÉ de la VOLONTÉ, est un point de la plus haute importance. Il me parait que les pages (de la section «Réponse aux objections contre le Décret absolu de la Prédestination» jusqu'à la 3ième objection) telles qu'elles sont, contiennent la substance, oui la vraie MOELLE du LIVRE. Tout son contenu dépend de ceci. C'est-à-dire: qui sera le Seigneur et le Maître? Dieu ou l'homme? Qui sera sur le trône? Dieu ou l'homme? Ô folie, ô folie de l'homme abominable et impur, qui boit l'iniquité comme l'eau, d'oser lever sa main contre Dieu; de se roidir contre le Tout-Puissant; de courir sur Lui; même sur son cou, et sur l'épaisseur de son bouclier (Job 15:26).

10 Supralapsaires, et Infralapsaires. — Ce fut une question dans l'église. «Si dans la pensée de Dieu, les hommes ont été considérés dans te décret d'élection, comme tombés, ou non tombés; comme dans la masse corrompue par la chute, ou dans la masse pure de la création; avant la création, et comme devant être créés. Il y en a quelques-uns qui pensent que les derniers ainsi considérés, furent les objets de l'élection dans l'entendement divin; et ceux-là sont appelés supralapsaires: D'un autre coté, il y a ceux dont les conceptions les portent à adopter le premier sentiment et qui sont appelés infralapsaires et ceux-ci sont pour l'opinion que les hommes ont été considérés comme créés et tombés, dans le décret d'élection. Les arguments employés, de part et d'autre, sont en grand nombre; mais la différence n'est pas aussi grande qu'on pourrait le penser d'abord; car les uns et les autres s'accordent dans la chose principale et matérielle, dans la doctrine de l'élection. Savoir:

  1. Qu'elle est personnelle et particulière; qu'elle est de personnes par leurs noms; ceux dont les noms sont écrits dans le livre de vie de l'agneau.

  2. Qu'elle est absolue et inconditionnelle, et non dépendante de la volonté des hommes ou de quelque chose qui doit être fait par la créature.

  3. Qu'elle dépend entièrement de la volonté et du bon plaisir de Dieu; et non de la foi, sainteté, obéissance et bonnes œuvres de l'homme, ou de la prévision de toutes ou de quelques-unes de ces choses.

  4. Que les élus et les non élus, sont considérés comme semblables et sur un pied égal dans le décret de la prédestination. De même que ceux qui sont pour la masse corrompue, supposent que les uns et les autres furent considérés comme égaux dans cet état; de telle sorte qu'il n'y avait rien dans les uns qui ne fût aussi dans les autres, et qu'il n'y eût aucune raison pourquoi les uns ont été choisis, et les autres laissés; de même ceux qui sont pour la masse pure, supposent que les uns et les autres ont été considérés comme semblables, et comme n'étant pas encore nés, et n'ayant fait ni bien ni mal.

  5. Qu'elle est un acte éternel en Dieu, et non un acte temporel ou qui a commencé dans le temps, mais qu'elle est de toute éternité. Car l'opinion des infralapsaires n'est pas, que Dieu à fait le décret après que les hommes ont été créés et tombés; mais seulement qu'ils furent considérés dans l'entendement divin et de toute éternité, dans le décret d'élection, comme s'ils étaient créés et tombés.

Par conséquent, quoiqu'ils différent dans la considération de l'objet de l'élection comme étant d'une manière ou d'une autre, ils s'accordent néanmoins quant à la chose elle-même. Et dans ce en quoi ils différent, ils s'accordent à différer comme ils le doivent, et ne s'accusent pas les uns les autres de fausse doctrine et d'hétérodoxie; car il n'y a point de raison de s'accuser. Calvin était pour la masse corrompue; Bèze qui était son collègue dans l'église de Genève, et qui fût aussi son successeur, était pour la masse pure; et néanmoins ils vécurent en grande paix, amour et harmonie. Les contre remontrants en Hollande lorsque l'Arminianisme commença à paraître parmi eux, n'étaient pas d'accord sur ce point; quelques-uns adoptèrent un côté de la question et les autres un autre; mais les uns et les autres s'unirent contre le commun adversaire, les Arminiens. Le docteur Twiss, qui était un aussi grand supralapsaire, qu'il y en ait jamais eu, qui portait les choses aussi haut qu'on les ait jamais portées, et qui avait étudié cette matière aussi attentivement, et l'entendait peut-être mieux qu'aucun homme ne l'eût jamais fait; confesse cependant que ce n'est ici qu'un apex logicus (un point en logique): et que la différence consiste seulement dans l'ordre et l'arrangement du décret de Dieu. Quant à moi, je pense que l'une et l'autre opinion peuvent être accordées ensemble; et que dans le décret de la fin, la dernière fin, qui est la gloire de Dieu, pour laquelle il a fait toutes choses; les hommes peuvent être considérés dans l'entendement divin, comme devant être créés, et non comme étant déjà créés et tombés. Mais que dans le décret des moyens qui entre autres choses, se lie à la médiation de Christ, à la rédemption par lui et à la sanctification de l'Esprit; ils peuvent être considérés, comme créés, tombés et pécheurs; parce que le décret des moyens implique toutes ces choses. Ceci ne suppose pas des actes ou des décrets séparés en Dieu; ou quelque priorité ou postériorité en eux; car en Dieu ils ne sont tous ensemble qu'un acte; mais nos entendements finis, sont obligés de les considérer l'un après l'autre n'étant pas capables de les pendre dans leur ensemble et tous en une fois.» (Extraits du corps de théologie du Dr Gill, livre 2, chapitre 2, SUR L'ÉLECTION.)

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