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Chapitre 5


LOGIQUE DU RACHAT LIMITÉ

A — La Rédemption particulière ou expiation limitée

L'oeuvre rédemptrice de Christ était destinée à sauver les élus seulement, et elle leur a véritablement assuré le salut. Sa mort consistait à souffrir la peine du péché à la place de certains pécheurs déterminés (substitution). En plus d'enlever le péché des élus, la rédemption de Christ a assuré tout ce qui était nécessaire à leur salut, incluant la foi qui les unit à lui. Le don de la foi est infailliblement attribué à tous ceux pour lesquels Christ est mort, garantissant ainsi leur salut.

B — Le salut est limité aux élus seulement

Il nous faut préciser que c'est dans cette vérité de la Rédemption Particulière que la doctrine de l'élection souveraine (et, en fait, la prédestination souveraine avec ses deux aspects d'élection et de réprobation) viennent en perspective. La croix est la réalisation et la révélation objectives du but de la prédestination de Dieu. Voici ce que disent les Canons de Dordrecht, VIII:

«Car tel a été le très libre conseil et la très favorable volonté et intention de Dieu le Père, que l'efficacité vivifiante et salutaire de la mort très précieuse de son Fils s'étendit à tous les élus, pour leur donner à eux seuls la foi justifiante, et par elle les amener infailliblement au salut. Autrement dit, Dieu a voulu que Jésus-Christ, par le sang de la croix (par lequel il a confirmé la nouvelle alliance), rachetât efficacement du milieu de tout peuple, de toute nation et de toute langue, tous ceux, et ceux-là seulement, qui de toute éternité ont été élus au salut, et lui ont été donnés par le Père; qu'il leur donnât la foi, qu'il leur a, aussi bien que tous les autres dons du Saint-Esprit, acquise par sa mort; les purifiât par son sang de tout péché et originel et actuel, commis tant après qu'avant la foi; les conservât fidèlement jusqu'à la fin, et finalement les fît comparaître devant lui, glorieux, sans aucune tache ni souillure.»

Il est clair, selon les Écritures, que le salut est limité aux élus. La logique de ceci est évidente, car autrement tout le monde serait sauvé et nous tomberions dans l'hérésie d'un salut universel. L'oeuvre rédemptrice de Christ était destinée à sauver les élus seulement, et elle leur a véritablement assuré le salut. Sa mort consistait à souffrir la peine du péché à la place de certains pécheurs déterminés (substitution). En plus d'enlever le péché des élus, la rédemption de Christ a assuré tout ce qui était nécessaire à leur salut, incluant la foi qui les unit à lui. Le don de la foi est infailliblement attribué à tous ceux pour lesquels Christ est mort, garantissant ainsi leur salut. En posant la question de la portée de la rédemption, nous sommes au coeur de l'Évangile, non seulement dans le sens théologique, mais aussi dans le sens pratique. La grâce de Dieu sera-t-il mis en échec par le choix de l'homme dont la volonté est esclave du péché? Christ est-il mort en vain? Un faux pas dans ce domaine arrive à changer tout le sens de l'Évangile. La rédemption particulière est le message le plus important de toute l'Écriture; le modifier pour le soumettre au libre arbitre illusoire de l'homme conduit à une métamorphose de toute la doctrine biblique. Changer le sens de l'adjectif «particulier» ou «limitée» et le sens du mot «rédemption» se trouve aussi changé. Et quand on modifie le sens de la rédemption acquise à la croix, le sens de l'élection, du péché, de la grâce et de la persévérance sont tous changés! Nous aboutirions ainsi avec une foi différente, un Sauveur différent et un Dieu différent! N'est-ce pas ce que nous voyons présentement dans le christianisme moderne, particulièrement dans les mouvements Évangéliques qui changent le sens de l'Évangile en attribuant à l'homme la capacité de choisir son salut?

C — L'Alliance divine

Il nous faut donc distinguer dans l'Alliance entre Dieu et les hommes, l'alliance dite de création, ou alliance adamique, conclue avec Adam et, à travers lui, avec l'humanité tout entière — il en sera de même avec l'alliance avec Noé (Genèse 9) —, et l'alliance de rédemption, conclue entre le Père et le Fils qui est son enveloppe visible. Dans cette alliance, Dieu sauve efficacement tous ceux qu'il a décrétés de donner à son Fils en héritage, c'est-à-dire tous ceux qui furent prédestinés et choisis au salut avant la fondation du monde et pour lesquels Christ est mort (Jean 17:6; Romains 8:29). Si l'alliance de création a été conclue avec tout le genre humain, et est, à ce titre, universelle (grâce commune), l'alliance de grâce — expression historique de l'alliance de rédemption — n'a quant à elle été conclue qu'en faveur des élus, et ce, en vertu de la pure grâce de Dieu et de son bon plaisir, et sans aucune considération de leurs oeuvres (Romains 9). Il s'ensuit donc qu'il y a un amour particulier de Dieu pour les élus, distinct de l'amour qu'il porte pour la création en général. L'amour paternel de Dieu pour ses enfants est particulier: c'est un amour électif qui s'exprime par le pardon accordé aux seuls élus qui ont été donnés de recevoir l'Évangile de la Souveraineté de Dieu dans leur vie. Dieu aime comme un père ceux qu'il a unis à son Fils (Jean 17:23; Romains 8:15-16).

La portée de l'oeuvre de la croix va bien au-delà de sa réalisation présente: elle ne sera pleinement manifestée qu'au retour du Christ. C'est le «déjà-pas encore» du Royaume de Dieu: le salut est «déjà» réalisé dans la vie de tous ceux qui croient, et cependant, il n'est «pas encore» manifesté dans toute sa plénitude. La création tout entière est ainsi appelée à connaître, lors de la parousie ou de l'apparition finale de Christ, une véritable transfiguration, dont la résurrection des corps ne constitue que l'un des aspects.

Réalisons que le mot «Alliance» signifie la même chose que le mot «Mariage». Or Christ a-t-il accepté de mourir pour une épouse qu'il ne connaît pas, se mariera-t-il avec quiconque le choisira? Cette double question situe bien le sujet. La volonté de Christ est-elle de sauver les siens ou de proposer le salut à une hypothétique volonté humaine? La doctrine de la Rédemption Particulière a pour seul objet de préciser pour qui le Père a livré son Fils à la mort et pour qui le Christ s'est donné afin de le délivrer. En général, les réformés font leur la phrase d'Augustin relative à la rédemption: «suffisante pour tous, efficace pour les élus». Ceci indique que la dignité et la valeur de la croix sont suffisantes pour tous les hommes, mais que, selon le décret éternel de la volonté divine, cette oeuvre ne s'applique concrètement qu'au peuple de Dieu élu de toute éternité. La suffisance de l'oeuvre n'est pas révélatrice de la volonté de sauver tous les hommes, car son aspect et son application sont clairement limité aux élus et non au monde entier. CHRIST EST MORT POUR SES ÉLUS SEULEMENT ET NON POUR TOUS LES HOMMES.

C'est dans le contexte de l'alliance divine qu'il nous est possible de comprendre l'origine, la nature et les conséquences de la mort de Christ. En sortant de la doctrine de l'Alliance de la grâce souveraine, l'Arminianisme oppose Dieu et l'homme en se concentrant sur la question de la capacité de la volonté humaine, ce qui a tendance à élever la dignité humaine au niveau de la divinité. L'erreur des Arminiens est de faire du repentir et de l'ouverture du coeur les conditions du don de la grâce. Autrement dit, ils placent la conversion avant la régénération et confondent les deux. L'homme aurait-il si peu que ce soit de chaleur spirituelle? Non. Il a la température d'un cadavre, et c'est Dieu qui descend dans la mort pour conférer la vie aux pécheurs élus.

D — Le désespoir de l'autosuffisance

Aucun pécheur ne peut, par nature, se donner à Christ. La tâche douloureuse du message proclamé par les élus est de le dire. L'Arminien objectera que l'homme, certes, est pécheur, mais que ceci ne l'empêche pas de venir à Christ. Il est tentant de s'exprimer ainsi dans notre marche chrétienne de tous les jours. Mais l'Évangile avertit qu'un être humain ne peut pas venir à Christ et l'accepter. Il en est entièrement incapable. À cet égard, sa situation spirituelle est sans espoir. Or, paradoxalement, c'est précisément là que le pécheur conscient trouve son espérance. Il faut insister en précisant que nous avons à noyer notre autosuffisance jusqu'à ce que nous reconnaissions le caractère désespéré de notre situation et notre manque de toute aide pour en sortir. Lorsque quelqu'un perçoit nettement la tragédie qu'il y a à être pécheur en présence du Dieu saint, le miracle de la grâce sera, pour lui, de croire qu'il est pardonné et accepté par le Seigneur. Le pécheur dépend de Dieu seul pour son salut.

La prédication de l'Évangile de la Souveraineté de Dieu enferme donc le pécheur avec Jésus-Christ, afin qu'il comprenne qu'il n'y a aucune espérance, aucun recours sauf en Christ lui-même, et qu'il en vienne à crier «Mon Dieu, je suis désespéré, sauve-moi par ta grâce!» Il se reconnaît incapable de se sauver et il sait intérieurement que son salut dépend de Dieu. Tel est le moteur, la conviction, qui le pousse vers Christ. Le geôlier de Philippes, en demandant «Qu'est-ce que je dois faire pour être sauvé?» n'a nullement la pensée qu'il puisse faire quelque chose de positif. Il se sait perdu. C'est pourquoi il faut affirmer qu'il y a dix mille fois plus d'espérance dans le Calvinisme, c'est à dire dans le Souverainisme, que dans l'Arminianisme qui estime que tous peuvent être sauvés si du moins ils le veulent bien. À la différence, pour le Souverainisme: le pécheur est un cadavre... mais Christ est la résurrection et la vie, et son appel à renaître est irrésistible envers ceux qu'il a choisi dans son Conseil divin éternel.

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