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La version du Nouveau Testament dite de Lausanne-10


juin 29, 2014 par GoDieu


Chapitre VII

Ce qui caractérise avantageusement la version de Lausanne.

  1. Améliorations sensibles dans la traduction de textes nombreux

    La nouvelle version de Lausanne, déjà un peu vieille, a vu naître quatre traductions et trois livraisons d'une cinquième: celle de M. Matter, ou plutôt de la Société anglicane pour la propagation de la foi (en 1842), de M. Arnaud (1858), de M. Darby (1859), de M. Rilliet (1860), et de M. Et. Coquerel (1864 et 1865 (92)). Tous, ou du moins les quatre derniers, ont pu s'approprier notre travail selon leurs convenances, comme nous ne manquerions pas de profiter du leur dans une édition postérieure. En attendant, sans avoir pu me livrer sur ce sujet à un examen approfondi, je me permets de déclarer que, soit en ce qu'on a pris de nous, soit en ce qu'on a cru devoir dire autrement, nous n'avons vu qu'une confirmation générale de nos principes, car, si j'ose exprimer ce jugement, ce n'est pas toujours avec bonheur qu'on a refusé de nous suivre.

    Telle qu'elle est donc, la version de Lausanne ne saurait redouter la comparaison avec aucune autre, en ce qui est essentiel. Cette comparaison, je ne veux pas la faire: une impartialité suffisante me manquerait. D'ailleurs, il est pénible de ne pouvoir se défendre sans avoir l'air d'accuser. Je voudrais seulement qu'on prît la peine de mettre en regard, par exemple, la traduction de Sacy ou celle de M. Arnaud avec la nôtre dans l'Introduction de l'épître aux Romains, et qu'on se demandât où se trouve à la fois le plus de concision, de clarté et de facilité de style; qu'on lût dans la version de Lausanne, troisième édition, les deux premiers chapitres de l'épître aux Éphésiens (Éphésiens 1-2); la seconde aux Corinthiens, surtout du chap. IV au chap. VII (2 Corinthiens 4-7); le livre des Actes tout entier et l'Apocalypse; qu'on fît concurremment cette lecture dans toutes les anciennes versions et même dans quelques-unes des plus récentes, et qu'on me dît laquelle après tout satisfait le plus complètement aux exigences d'une bonne version des Livres saints. Attirerai-je ensuite l'attention sur quelques passages détachés, auxquels notre version a rendu, par le seul fait de la littéralité, une force qu'ils avaient perdue, avec leur sens véritable? J'en ai indiqué plusieurs à l'occasion. S'il faut en ajouter d'autres, personne a-t-il pu regretter l'ancienne traduction du vœu exprimé par l'apôtre dans la seconde aux Thessaloniciens, chap. III, 5 (2 Thessaloniciens 3:5)? Quand je dis ancienne, c'est en oubliant la version de 1712, qui disait: «Or le Seigneur veuille adresser vos cœurs à l'amour de Dieu et à l'attente de Christ». Martin avait simplement changé «adresser» en «diriger»; puis Ostervald: «Et le Seigneur [veuille] conduire vos cœurs à aimer Dieu, etc.». La révision des sociétés bibliques en 1822: «Que le Seigneur veuille disposer vos cœurs à aimer Dieu», Genève (Valence) en 1835: «Que le Seigneur forme vos cœurs à l'amour de Dieu». Lausanne enfin, dans un français meilleur que celui de 1712 et de Martin, mais en se tenant d'ailleurs tout aussi collée au texte, Lausanne dit: «Or que le Seigneur dirige vos cœurs vers l'amour de Dieu». Cette traduction a maintenant aussi pour elle l'autorité respectable de M. Rilliet. Sans exclure absolument le sens introduit par Ostervald, elle en donne un bien plus beau.

    Dans cette déclaration si connue de notre Seigneur et que j'ai déjà mentionnée (93): «Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir», a-t-on beaucoup regretté les deux pronoms par lesquels tous avaient cru devoir compléter la seconde partie de la déclaration? Grammaticalement, cela se pouvait; mais combien la pensée n'en avait-elle pas été affaiblie! Aussi avons-nous été suivis non-seulement par M. Rilliet, mais encore par les nouveaux traducteurs de Paris.

    Il ne paraît pas non plus qu'on nous sache mauvais gré d'avoir fait justice d'une expression qui n'a pu s'introduire dans nos versions que par une singulière inadvertance et qui s'y était pourtant maintenue jusqu'à nous. C'est le mot secte, pour traduire odos, Actes 9:2, et ailleurs. Il est vrai que MM. Rilliet et Arnaud ont mieux aimé le rendre par doctrine que par chemin, comme nous, et je conviens que leur traduction ne choquera personne. Mais doctrine dit-il tout ce que dit chemin? Le premier de ces mots réveille-t-il l'idée de vie, d'activité, comme le second? Et surtout, ne perd-on pas ainsi le rapprochement tout naturel qui doit se faire entre ces passages et la parole de Jésus-Christ: «Je suis le chemin, la vérité et la vie;» entre eux également et la solennelle déclaration d'un apôtre, au sujet «du sang de Jésus, chemin nouveau et vivant?» (94) Je pourrais citer plusieurs textes analogues, qu'une concordance donnera facilement à qui voudra s'en informer. Voyez cependant Hébreux 3:10. Nos successeurs se sont bien gardés de dire là: «mes doctrines».

    On nous suit aussi maintenant dans la traduction uniforme du mot amartôlos. Depuis Calvin, on faisait entre les pécheurs une distinction que le texte n'autorise nullement, et les mots: gens mal vivants de Calvin, devenus ensuite: gens de mauvaise vie, s'étaient perpétués dans toutes les versions protestantes et catholiques, pour autant que je puis le vérifier. Celle même des pasteurs et des professeurs de Genève de 1835, en corrigeant çà et là Ostervald et leur propre Bible de 1805, avaient laissé subsister la faute dans les passages où elle est la plus choquante. Ainsi, dans Matthieu 9:10-13. Car, si l'on dit «gens de mauvaise vie» aux versets 10 et 11 (Matthieu 9:10-11), il faut de nécessité répéter ces mots au verset 13 (Matthieu 9:13), pour qu'il y ait, en français comme en grec, correspondance logique entre l'acte d'accusation et la défense. Personne donc, encore ici, je pense, n'a rien à regretter.

    Il n'en est pas de même probablement du mot maître, comme traduction de didascalos, docteur. Très bon selon l'étymologie latine, puisque maître vient de magister; fort usité jadis, savoir dans le temps où l'on disait: «Maître un tel», pour le «docteur un tel»; encore employé dans nos villages pour désigner le régent de l'endroit, ce mot, parfaitement traduit en allemand par lehrer, n'a plus ce sens dans la bouche des chrétiens de nos jours. C'est à peine si l'on dit encore un maître de langue ou un maître de musique: quiconque enseigne est professeur ou instituteur. Eh bien! quand Jésus est appelé didascalos, c'est «du maître enseignant» qu'il s'agit, et quand nous l'appelons, nous, notre maître, avouons que, dans notre pensée, nous entendons notre Seigneur. Et notre pensée est plus saine que notre parole. Jamais en effet les disciples de Jésus-Christ, depuis qu'ils ont cru à sa résurrection, ne lui ont donné le simple nom de docteur, ou de didascalos et de rabbi. C'était pour eux le Seigneur (kurios) et quand ils ont voulu désigner par un autre mot son droit de domination universelle, ils ont employé celui de despotès (95). À moins donc de vouloir éterniser une confusion déplorable, nous donnerons, comme le fait le Nouveau Testament, des maîtres aux domestiques, des docteurs aux disciples, et quand Jésus aura terminé sa carrière d'enseignement, nous verrons en lui plus qu'un docteur, il sera pour nous le Seigneur et le Souverain. En sorte que si, parlant de lui, le prêchant ou le priant, nous l'invoquons comme «notre maître», «notre divin maître», ce qui n'est pourtant pas le langage apostolique, il sera bien entendu que, dans notre bouche, maître veut dire Seigneur; mais par cette raison même il faut que les Évangiles l'appellent docteur et non pas maître. Il le faudra surtout, aussi longtemps qu'on y dira «les docteurs de la loi» et non «les maîtres de la loi»; aussi longtemps qu'on ne désignera pas sous le nom de maîtres les docteurs avec lesquels Jésus s'entretint à l'âge de douze ans, et les docteurs d'Antioche qui envoyèrent Paul et Barnabas en mission, et tant d'autres docteurs mentionnés dans les Épîtres.

    Après cela, qu'est-ce, je vous prie, que ce corps vil dont Jésus-Christ doit opérer la transformation au jour de sa venue (96)? Non; le corps que Dieu nous a donné n'est pas plus vil que notre âme, tout dégradés qu'ils sont l'un et l'autre par le péché; mais c'est, selon l'hébraïsme, le corps de notre humiliation, comme Jésus-Christ est maintenant dans le corps de sa gloire, après avoir revêtu, lui aussi, pour un temps, non pas un corps vil, mais un corps d'humiliation. Et puis, qu'est-ce que cet homme animal (psukhikos) dont j'ai déjà touché un mot en passant (97), cet homme animal qui ne reçoit pas les choses qui sont de l'Esprit de Dieu (98)? Le mot grec est intraduisible, et, francisé, il n'est compris que des savants; mais ce n'est sûrement l'équivalent ni d'animal dans le sens français de ce mot, ni encore moins de charnel, comme M. Arnaud le traduit. En attendant qu'on trouve mieux, la version de Lausanne a rendu plusieurs passages fort clairs en disant: l'homme qui ayant que l'âme: c'est une périphrase, mais qu'y faire. Il s'en suit toujours qu'il est des hommes qui, n'ayant que leur âme pour connaître Dieu, n'y parviennent pas, parce qu'il faut avoir, outre l'âme, l'esprit, à savoir l'Esprit du Seigneur. L'homme naturel semble bien ce qu'il y aurait de mieux; mais si l'apôtre avait voulu exprimer cette seule idée, il aurait employé le mot phusicos, dont il sait très bien se servir ailleurs.

    Que dirai-je encore de certaines locutions vicieuses dans lesquelles on s'obstine en suivant nos vieilles versions; comme «baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», au lieu de pour le nom, la première de ces expressions signifiant de la part, et la seconde, en vue de; ou encore: «Bienheureux les morts qui meurent au Seigneur, comme il est dit ailleurs que nous devons «mourir au péché», bien que, grammaticalement, les deux cas ne soient point identiques: ici le simple datif, là une préposition. Si nous ne mourons au péché, nous demeurons morts quant à Christ et nous mourrons dans nos péchés; mais si nous mourons au péché, nous vivons à Christ et nous mourrons en lui. «Bienheureux sont donc les morts qui meurent dans le Seigneur» et non pas au Seigneur!

    Un dernier trait, en preuve des bienfaits de la littéralité, m'est fourni par le discours d'installation de M. le professeur Vignet (99). Oui, il a parfaitement raison, et nous l'avions aussi remarqué lorsque nous traduisîmes mot à mot le premier verset du livre des Actes des Apôtres (Actes 1:1). Les Évangiles racontent le commencement de l'œuvre de Jésus-Christ, et le livre des Actes n'est que la continuation d'un récit où le Seigneur demeure constamment présent, actif, puissant et plein de grâce, selon sa promesse. C'est pourquoi il faut traduire: «Les choses que Jésus commença et de faire et d'enseigner» et non pas: «fit et enseigna».

    L'étude de tous les textes où la traduction se trouve manifestement améliorée, m'entraînerait beaucoup trop loin. Mieux vaut résumer sous quelques chefs ce qui, en vertu de son littéralisme même, recommande particulièrement la version de Lausanne; c'est l'examen approfondi que les auteurs ont fait de la théorie de l'article grec; la valeur plus précise qu'en bien des cas ils ont donnée aux temps des verbes et notamment à l'aoriste; le soin qu'ils ont eu d'éviter l'arbitraire dans la traduction des prépositions; la peine qu'ils ont prise de substituer le plus possible aux synonymes grecs des synonymes correspondants enfin les variantes de traduction dont ils ont enrichi le bas de leurs pages. Qu'on me permette de rendre tout cela sensible par quelques exemples.

  2. Application des règles relatives à l'article

    Dans leur infatuation pour la langue latine, les savants du XVIe siècle, et à leur tête le célèbre Scaliger, traitaient le grec avec une sorte de dédain, par rapport, du moins, à ce petit mot qui y revient si souvent et qu'on appelle l'article. C'était un son dépourvu de sens, au dire même d'Aristote. Aussi n'y voyait-on qu'une vaine superfluité digne seulement d'un peuple éminemment bavard (100). Puisque Cicéron avait si bien parlé sans avoir besoin de rien qui ressemblât à un article, pourquoi Démosthènes ne s'en serait-il pas également passé? Des recherches plus intelligentes et non moins scientifiques ont démontré plus tard que cette prétendue superfluité est une véritable richesse, c'est-à-dire une richesse dont la valeur n'est nullement idéale et arbitraire. C'est ce qu'il est facile de faire comprendre à ceux qui savent le français. Dans notre langue, en effet, queue de lion, une queue de lion, la queue de lion et la queue du lion sont quatre locutions qu'il est possible de faire entrer dans le discours et qui ne sont point identiques:

    «Il y a une espèce de phlomis qui s'appelle queue de lion; une queue de lion n'a pas la valeur vénale d'une queue de cheval ou d'oiseau de paradis, la queue de lion que je vous ai montrée n'est pas la queue du lion qu'on a tué hier.»

    Eh bien! tandis que le latin possède une seule manière de rendre les quatre locutions, le grec en a tout autant que nous, sauf peut-être la troisième. Puis, non plus que nous, il ne dira jamais une queue du lion, par la raison toute simple que nul lion n'a plus d'une queue. On comprend d'ailleurs que notre un, une, n'étant pas un article, et se plaçant par nous devant les substantifs grecs sans article, nous avons une richesse de plus; mais il ne faut pas confondre un, une et des avec le, la, les; ni de, simple préposition, avec du pour de le, ou bien à avec au pour à le. Ceci est élémentaire. Il existe donc ici, entre le grec et le français, une analogie particulière, et, comme je l'ai déjà fait observer, les anciens traducteurs ne paraissent pas s'en être aperçus. Parce que les Grecs, il faut en convenir, omettent l'article plus souvent que nous, on n'a pas pris garde que, précisément à cause de cela, jamais chez eux la présence de l'article n'est insignifiante. Ainsi, Joseph et Marie couchèrent le petit enfant dans la crèche, celle qui règne tout au travers de l'étable du caravansérail; Jésus et ses disciples se transportaient d'une rive à l'autre sur la barque, celle qui appartenait à Pierre et à ses associés; quand il était las, il reposait sa tête sur l'oreiller de la barque et non pas sur un oreiller qu'il aurait porté avec lui, et, pour prononcer son principal sermon, il monta avec les siens sur la montagne, c'est-à-dire sur celle sans doute qui dominait le lieu où ils se trouvaient alors. Puis, quand, à Capernaüm, il entrait dans la maison, on entend qu'il s'agit de la maison appartenant à Pierre et à André; et quand il dit à Nathanaël qu'il l'avait vu «sous le figuier», cela ne veut pas dire sous un figuier quelconque, mais «sous le figuier que tu sais». Ces nuances, toutes légères qu'elles paraissent, donnent pourtant quelque vie au tableau; et ne sont-elles pas la vérité de l'histoire?

    Mais l'application du principe a bien d'autres conséquences. Middleton me paraît avoir démontré avec surabondance que, sous son air inculte, le langage du Nouveau Testament, en ce qui constitue le génie particulier de l'idiome, n'est pas en anomalie avec celui des auteurs classiques. En sorte qu'il n'est pas permis d'imputer aux écrivains sacrés de grossiers solécismes, comme on le fait quelquefois pour échapper à la force de leurs paroles. Un exemple. L'Épître aux Éphésiens renferme, chap. V, verset 20 (Éphésiens 5:20), une locution très claire, mais difficile à rendre. C'est de mot à mot: «au Dieu et Père». Tous les traducteurs ont senti que ces deux mots, joints par la conjonction et, avec un seul article en tête, ne pouvaient désigner qu'une seule personne; mais aucun n'a su ou osé dire tout simplement: «À celui qui est Dieu et Père», l'article ayant ici, comme dans une foule de cas, la force d'un véritable pronom, de même qu'en français nos le, la, semblent une abréviation de ille, ilia. Ce n'est pas tout. En ce même chapitre, au verset 5 (Éphésiens 5:5), se lisent des mots dont il est facile de saisir l'importance dogmatique. Le royaume dont parle l'apôtre a-t-il deux rois, l'un qui serait Jésus-Christ et l'autre qui serait Dieu? Le texte porte littéralement: «Dans le royaume du Christ et Dieu». Eh bien! la version de 1693 elle-même traduit: «Au royaume de Christ et de Dieu». L'article qui précède Christ est ainsi supprimé, et ce dernier mot devient un nom propre. Cette traduction a été d'autant plus généralement admise, que le latin l'avait merveilleusement préparée; mais elle est impossible en présence du verset 20, où nous venons de voir une construction parfaitement analogue; elle ne l'est pas moins si l'on consulte l'usage invariable des auteurs profanes. On nous dit, il est vrai, que certains philologues allemands sont en train de corriger le grec de Démosthènes et de Thucydide, prétendant que ces hommes, sans grammaire, ne connaissaient pas bien leur langue; il est vrai encore, je le répète, qu'on met en doute la pureté grammaticale du grec de Paul et de ses collègues; mais laissons-leur dire ce qu'ils ont voulu dire, et nous ne les trouverons pas si incorrects. En tout cas, il est sûr que Chrysostome, Cyrille d'Alexandrie et Théodoret, hommes qui ne parlaient pas mal le grec, ont entendu sans difficulté que Paul ne désignait qu'une seule et même personne sous ces deux mots Christ et Dieu, la présence de l'article avant Christ et son absence avant Dieu étant ici décisives. C'est comme en français quand nous dirions: «l'empereur et roi», expression dont le sens est très différent de celle-ci: «l'empereur et le roi». Pour qu'il y ait donc analogie avec le verset 20, il faut traduire au verset 5: «Dans le royaume de celui qui est Christ et Dieu». Pareillement, et en vertu de la même loi, nous avons dit, et non pas nous seuls: «Notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ», — «La justice de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ» (101).

    On voit par cette discussion que, si la présence de l'article grec doit toujours être prise en sérieuse considération, l'absence de l'article à son tour n'est pas toujours insignifiante. Elle l'est quelquefois; par où j'entends que l'article est sous-entendu. C'est ce qui peut arriver par exemple après une préposition. Ainsi, dans Éphésiens 4:24, il y a, de mot à mot: «créé selon Dieu en justice et en sainteté»; mais comme on lit ensuite: «de la vérité», l'article qui précède ce dernier mot détermine également les deux substantifs dont il dépend. C'est ainsi qu'on arrive au bel hébraïsme: «créé selon Dieu dans la justice et dans la sainteté de la vérité», au lieu de la version, aussi faible qu'inexacte: «dans une justice et une sainteté véritable». Mais il est des cas où l'absence de l'article est intentionnelle et où il importe de ne pas le suppléer. Sous ce rapport, notre langue n'offre pas toutes les facilités désirables. J'en donnerai pour exemple ce qu'il arrive avec l'adjectif tout, mot d'un emploi si fréquent. Au singulier, la traduction littérale se fait généralement sans peine, parce qu'on peut dire, suivant les exigences de la pensée: «toute vérité», et «toute la vérité»; «tout homme» et «tout l'homme». C'est pourquoi nous aurions été sans excuse si nous avions traduit 2 Timothée 3:16, de la même manière que nos prédécesseurs. Il n'y a point d'article, et il n'est pas permis de l'exprimer, pas même comme nous l'avions fait dans nos premières éditions, en soulignant l'article suppléé: «Toute l'Écriture». Mais au pluriel, nous ne saurions dire avec le grec: «Dieu veut que tous hommes soient sauvés» (102), ce qui exprime l'universalité d'une manière moins absolue. Traduire: «des hommes de tout ordre», serait, je crois, le sens, et selon le texte et selon le contexte. Marquons au moins de quelque manière que l'article les n'existe pas dans l'original. C'est ce qu'a fait la version de Lausanne en l'enfermant entre crochets.

  3. Les temps du verbe et notamment l'aoriste

    Presque autant que la force de l'article, les anciens traducteurs paraissent avoir parfois méconnu celle des temps du verbe grec. Pourtant, et en faisant aux idiotismes leur juste part, il est entre les divers idiomes certaines harmonies, et au-dessus d'elles certaines lois, que ni auteurs ni traducteurs ne peuvent fouler aux pieds. Ainsi, je ne pense pas que, dans un récit, il soit permis de rendre par le passé certaines circonstances de lieu ou de personnes qui subsistent telles quelles au moment où l'historien tient la plume. Quand St. Jean nous raconte la guérison du paralytique (Jean 5), il ne dit pas qu'il y avait à Jérusalem, à l'époque de ce miracle, un réservoir d'eau près de la porte des brebis. C'est d'abord de Sacy, puis Ostervald qui l'ont fait parler de la sorte. Tous, que je sache, les ont suivis, sauf M. Rilliet, qui traduit, comme il convient, par Il existe, Lausanne ayant dit: Il y a. En mettant le passé, bien qu'à l'imparfait, vous insinuez, sans le vouloir, que Jérusalem était déjà bouleversée, détruite, incendiée, quand l'Évangile fut écrit. Le présent, au contraire, n'a pu sortir que de la pensée d'un contemporain, et d'un contemporain écrivant antérieurement à l'an 70; vous devez le laisser parler comme il l'a fait et comme il devait le faire (103).

    De même, un futur est un futur, et si c'est le futur simple de l'indicatif, nous le rendrons par le même temps en français, à moins qu'il n'y ait une triple évidence contre cette traduction. Toutefois, tandis que nous lisons au chapitre XXI de St. Jean, verset 19 (Jean 21:19): «Il dit cela pour signifier de quelle mort il glorifiera Dieu», tous les traducteurs, à l'envi, ont traduit glorifierait, devait glorifier. Or en admettant, s'il le faut, que le futur de l'indicatif puisse, à l'occasion, s'entendre comme un conditionnel, ce qui est vrai du présent de l'indicatif, je dois dire que cette occasion, ou je me trompe fort, ne se trouve nulle part dans le Nouveau Testament. J'ajoute que ce même futur doxasei, à la même personne et en des circonstances analogues, se rencontre quatre autres fois dans l'Évangile de St. Jean, et qu'il y a toujours été exprimé par le futur (104). Qu'est-ce donc qui a pu conduire les traducteurs à s'écarter du sens le plus naturel? Avant que Burnouf ou tel autre grammairien ait pu le leur dire, ils savaient cependant qu'«on doit apporter la plus grande attention à expliquer chaque temps grec par le temps français correspondant», et que «c'est le seul moyen de saisir avec exactitude la pensée d'un auteur» (105). Ne savaient-ils pas de plus que si Jean avait voulu dire glorifierait ou devait glorifier, il avait à sa disposition d'autres formes que celle du futur de l'indicatif? Est-ce pour obscurcir quelque doctrine gênante qu'ils ont imposé cette contrainte au texte sacré? Non; mais ils ont simplement succombé à la tentation de faire parler l'histoire comme ils l'auraient fait eux-mêmes de nos jours en racontant les mêmes choses. Tant de siècles après l'événement, dire que Pierre glorifiera ou doit glorifier le Seigneur par sa mort, cela semble plus que bizarre! Mais lorsque Jean écrivait son Évangile, le disciple réintégré n'avait pas subi le martyre, il vivait encore; et c'est pour cela que le fils de Zébédée parle de sa mort comme d'une chose à venir. Supposez, avant les fameuses Ides de Mars, un Romain consignant sur ses tablettes un entretien qui vient d'avoir lieu entre César et ses amis: «Un tel, écrira-t-il, a révélé au dictateur la conjuration formée contre sa personne, et lui a prédit de quelle mort il périra». Maintenant, qu'un auteur moderne, ayant retrouvé ces tablettes, veuille raconter le fait, il dira qu'un ami de César lui annonça de quelle mort il périrait. Mais si, laissant parler le chroniqueur, il ne fait que le transcrire, il se gardera bien de changer le futur en conditionnel. C'est supposer, me dira-t-on, que l'Évangile de Jean fut écrit avant la mort de Pierre, tandis qu'on en place volontiers la rédaction beaucoup plus tard. À cela je réponds que je ne suppose rien. Je traduis le mot conformément aux lois; et si l'on veut que j'entre sur un terrain qui n'est pas celui du traducteur, je dirai, en effet, que, pour attribuer à l'Évangile de Jean une origine tardive, pour en contester l'authenticité et particulièrement celle du chapitre XXI, il faut ne tenir aucun compte, ni de ce glorifiera, ni du il existe, au chapitre V (Jean 21:5), et se laisser égarer par les versions.

    Une preuve semblable d'authenticité pour le livre des Actes des apôtres, résulte de deux ou trois endroits que les traducteurs ont gâtés en mettant au passé, comme dans Jean V (Jean 5), ce qui, dans le grec, est exprimé par le présent. Conformément à une règle de grammaire souvent violée, mais qui n'en est pas moins incontestable, «quand deux verbes sont unis par la conjonction que, si le second verbe exprime une chose vraie dans tous les temps, ou quelque chose qui existe au moment où l'on parle, on se servira du présent pour le second verbe». C'est ainsi qu'on dira: «Ne saviez-vous pas que Dieu est bon?» «Je savais que vous êtes marié». Cette règle, pleine de logique, est, on peut le dire, une loi de grammaire générale. En tout cas, les Grecs se gardaient bien de la méconnaître. Cela n'a pas empêché que des traducteurs très modernes et très français, trompés par une fausse théorie sur la correspondance des temps et suivant dans cette ornière toutes les versions françaises, à partir de la plus ancienne, n'aient fait parler le commandant Claude Lysias comme il ne l'eût sûrement pas fait si, vivant de nos jours, il avait su le français aussi bien qu'il savait le grec. Il a Paul sous les yeux; il informe le gouverneur Félix au sujet de son prisonnier, et il dit: «Ayant appris qu'il est Romain» (106), et non pas qu'il était. Ceci, j'en conviens, a peu d'importance; mais retournez deux pages en arrière: «Et le commandant craignit, quand il sut que Paul est Romain» (107). L'historien sacré ne dit pas était, et pourquoi? Parce que Paul vivait encore, parce qu'il était encore au nombre des citoyens Romains (108) quand Luc écrivait l'histoire de ses travaux. Puis, ce qui est bien plus remarquable, Luc raconte que Lysias appela près de lui le conseil des Juifs pour le confronter avec Paul, afin, dit l'historien, «afin de savoir avec certitude de quoi il est accusé par les Juifs». Il est, et non pas il était! Voilà qui est encore plus étrange, pensera-t-on. Oui, étrange pour nous; mais c'est une étrangeté qu'il faut laisser telle quelle, par la raison que Luc ne pouvait parler autrement. À l'heure même où il écrit, Paul est encore sous le poids de cette accusation; c'est elle qui, après la captivité de Césarée est cause de son emprisonnement à Rome. Qui ne verrait dans un tel récit l'œuvre d'un contemporain?

    Plus important que ces attestations d'authenticité, est le témoignage que notre Seigneur s'est rendu à lui-même, quand il a prononcé cette parole solennelle: «Avant qu'Abraham fût, je suis» (109). S'il avait dit j'étais, le sens au fond eût été le même; mais il y a dans ce présent une intention et une force qui n'échappent à personne. Ostervald, cependant, et Genève (Valence), 1835, ont mis l'imparfait au lieu du présent. Si quelqu'un faisait observer que Jésus ne parlait pas grec avec les Juifs de Jérusalem, je me croirais permis de répondre qu'il employa, dans tous les cas, la forme correspondante au présent du verbe grec. J'ajouterais à l'adresse de ceux qui admettent une inspiration quelconque des Écritures, que l'Évangéliste ne saurait avoir été abandonné aux fantaisies de sa mémoire (110) ou aux erreurs de son intelligence (111), quand il avait à traduire les discours de la Parole faite chair.

    De tous les temps du verbe grec, l'aoriste est peut-être celui qui joue les rôles les plus divers. C'est un passé qui s'emploie au présent et au futur. Mais encore, quand il exprime un temps écoulé, quelle espèce de passé devons-nous y voir? Ici, comme pour l'article, le latin est venu jeter son ombre entre la langue des écrivains sacrés et la nôtre. On nous apprenait le grec, il y a quelque cinquante ans, au moyen de grammaires écrites en latin, et nous y lisions que l'aoriste étupsa, signifiait verberavi; puis on nous enseignait un second aoriste êtuponn, qui signifiait également verberavi; il y avait enfin un prétérit parfait tétupha, dont la traduction était encore verberavi. Et voilà le grec que l'on a enseigné pendant trois siècles! Est-il étrange qu'il se soit fait beaucoup de confusion dans les esprits relativement au vrai sens de l'aoriste et du parfait? Elle eût été bien plus grande si notre langue, avec son passé défini, distinct du passé indéfini, n'avait forcément ramené du latin, plus pauvre, au grec, possesseur de richesses que nous lui avons empruntées. Dans les Évangiles donc et dans les Actes, nul traducteur français n'a pu échapper entièrement aux habitudes de sa langue, et l'aoriste, passé spécial, a bien dû être traduit d'habitude par notre temps historique, le passé défini. Cependant, ce n'est pas sans exception; et pour ne citer qu'Ostervald, pourquoi dire, à la première ligne du livre des Actes: «a faites et a enseignées» pour «fit et enseigna?» Sur ce point aussi la version de Lausanne a cherché plus d'exactitude. On le lui a reproché; mais je ne laisse pas d'estimer que notre plus grande exactitude est à la fois d'un style plus correct. C'est dans les Épîtres surtout qu'on se choque de notre passé défini, par la raison que les précédents traducteurs l'en avaient presque totalement banni. Et pourtant, à moins de pouvoir dire de Jésus-Christ: il est mort, ce qui n'est pas vrai, puisqu'il est vivant et toujours vivant; ou bien: il a été mort, ce que le grec ne dit pas et ce qui serait plus qu'insolite, il faut dire, avec le grec, qu'il mourut, une fois, un certain jour, à un moment très déterminé, entièrement écoulé et connu de chacun. C'est pourquoi, selon notre texte, nous avons dit de Jésus, comme cela est dit d'Adam, de Seth et de tous les hommes, sauf d'Énoch et d'Élie, qu'il mourut et qu'il fut enterré; puis, ce qui lui appartient en propre, c'est que dans un temps entièrement passé et très précis, il se releva d'entre les morts et qu'il fut vu de Céphas et des douze (112). C'est de l'histoire accomplie; il y faut le temps historique par excellence. De même, quand Paul fera l'histoire de sa propre âme, il dira: «Or pour moi, je vivais, étant autrefois sans loi; mais le commandement étant venu, le péché reprit vie, et moi, je mourus». Quand enfin ce même apôtre voudra décrire historiquement et d'une manière générale les crises de la conversion et de la foi, il dira aux fidèles, en reportant leurs pensées sur un moment précis de leur carrière spirituelle: «Vous fûtes circoncis d'une circoncision qui n'est pas faite par des mains.... ensevelis avec Christ dans le baptême, vous fûtes aussi réveillés avec lui.... et si vous fûtes réveillés avec lui, cherchez les choses d'en haut.... car vous mourûtes et votre vie est cachée avec Christ en Dieu» (113). Vous mourûtes, et non vous êtes morts; attendu qu'il vient au contraire de les dire vivants. Ce sont là des beautés et de grandes doctrines, ce me semble, qu'aucune version ne fit ressortir avant celle de Lausanne.

  4. Les prépositions

    Avons-nous aussi bien réussi dans la manière dont nous avons traité les prépositions? Chacun sait l'emploi infiniment varié de cette espèce de mots, et en même temps leur importance dans le discours. Ceux qui ont essayé quelque travail de traduction savent aussi combien il est difficile parfois, si ce n'est impossible, de trouver une préposition qui recouvre parfaitement celle qu'on veut rendre. Il faut alors recourir à une périphrase, et c'est ce que les traducteurs de la Bible ne se permettent pas. Le Nouveau Testament, toutefois, est écrit dans une de ces langues qui ont des déclinaisons, en sorte qu'on peut savoir par la désinence du substantif en régime quelle est, dans une circonstance donnée, la signification précise de la préposition. C'est ce que nul traducteur assurément n'a ignoré; mais aucun, que je sache, ne s'est montré aussi ferme dans l'application de la règle que les auteurs de la version de Lausanne. Prenons pour seul exemple la préposition dia, et abrégeons.

    Selon les grammairiens, et il est facile de vérifier la chose, la préposition dia, quand elle régit le génitif, signifie par, à travers de, entre, au moyen de. Le sens premier est donc par. Mais comme le grec possède sept ou huit autres manières d'exprimer ce par, rapport simple et vague tout à la fois, il importe d'en diversifier l'expression française, quand il est évident que l'auteur a voulu sortir de l'indétermination plus ou moins grande qui s'y trouve. Ainsi nous dirons: «C'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi» (114). Le premier par, exprimé dans ce texte de la façon la plus simple: le datif sans préposition, indique quel est le fondement de notre salut; le second est exprimé par la préposition dia, et il indique le moyen par lequel nous nous approprions le salut. Souvent aussi quand il nous est parlé de Jésus-Christ comme du Médiateur par lequel nous avons reçu grâce, on est tout naturellement conduit à dire: «Par le moyen de Jésus-Christ» (115), si d'ailleurs cette idée est exprimée par ce même dia. Cependant, pour ne pas alourdir la phrase, nous avons très souvent renoncé à cette richesse de précision. Peut-être eussions-nous dû le faire plus souvent encore, mais on avouera qu'il y a moins de mal à nuancer un peu trop qu'à ne pas nuancer du tout. Les traducteurs s'étaient si fort habitués à dire par, en toute phrase où se trouve dia suivi du génitif, qu'ils l'ont employé là même où au travers de est le sens évident. Ainsi, dans 1 Corinthiens 10:1, jusqu'à Ostervald, on avait dit: «Par la mer» au lieu de: «À travers la mer». Dès là, il ne faut pas s'étonner qu'on n'ait pas eu plus tôt l'idée que le dia teknogonias de 1 Timothée 2:15, devait être rendu, pouvait l'être du moins par à travers, ou au travers de l'enfantement; c'est-à-dire, bien que demeurant assujetties au travail et aux dangers mortels d'une crise qui rappelle avec solennité la première désobéissance et la sentence contre le péché.

    Mais dia ne régit pas toujours le génitif. Quand il est suivi d'un accusatif, ce n'est plus la préposition par qui peut le rendre, ce ne sont pas non plus les prépositions dans, pour et en vue de. Dia signifie alors invariablement à cause de (116). Je ne signalerai pas les divers endroits où cette règle a été méconnue au détriment du sens véritable de la phrase. Mais si, par exemple, on avait bien traduit Galates 4:13, on aurait vu que ce fut pour cause de maladie que Paul dut séjourner en Galatie quand il y fit entendre l'Évangile la première fois, et le récit des Actes se serait ainsi complété par l'Épître. Il ne fallait donc pas dire: «dans les afflictions de la chair» (Ostervald), ni: «au milieu des afflictions de la chair» (Genève, 1835), ni: «dans une chair infirme» (Arnaud), ni: «dans l'infirmité de la chair» (Darby); mais: «à cause d'une infirmité de la chair». Ainsi fait la version de Lausanne, et M. Rilliet seul, jusqu'ici, l'a adoptée, quant à la manière de rendre la préposition. Mais il est à regretter que ce dernier traducteur ait suivi plutôt l'usage général dans la traduction beaucoup plus importante du verset qui termine le chapitre IV de l'Épître aux Romains (Romains 4), et Paris n'a cru devoir y renoncer qu'en partie. Je ne prétends pas que, sous le joug d'anciennes habitudes, nous n'ayons jamais failli nous-mêmes dans la question parfois si délicate du sens propre de chaque préposition; mais ici vraiment l'erreur ne nous était pas possible. Ou plutôt, après l'avoir commise dans notre première édition, la loi suprême de l'harmonie devait nous conduire à la corriger: c'est ce qui eut lieu dès la seconde édition. Eh quoi! en effet, après avoir dit au verset 23 (Romains 4:23): «Or ce n'est pas à cause de lui seul qu'il a été écrit que cela lui fut imputé à justice, mais à cause de nous, etc.», comment ne pas dire au verset 25 (Romains 4:25): «Qui fut livré à cause de nos offenses et qui se réveilla à cause de notre justification?» Le texte porte quatre fois la préposition dia avec l'accusatif. Est-ce peut-être un de ces endroits où les philologues, ne voulant pas entendre la pensée de l'apôtre, l'accusent de n'avoir pas écrit avec correction? Je sais bien qu'en français le pour introduit ici comme traduction de dia, a quelquefois le sens de à cause; mais à cause lui-même renferme plus sûrement l'idée de causalité, et le fait est que, partout ailleurs, dia, suivi de l'accusatif, a été traduit, ou doit l'être, par à cause de et non par pour. Un autre fait, c'est que, si Jésus-Christ est dit avoir souffert pour les pécheurs (à leur place et en leur faveur), ce qui est l'idée essentielle de la préposition pour; s'il est écrit aussi qu'il mourut pour nos péchés, (ce qui peut avoir le sens de au sujet de), ni dans l'un ni dans l'autre cas, nous n'avons la préposition dia. C'est donc bien: «à cause de nos offenses» qui fut la pensée de l'apôtre, et il l'a exprimée dans un langage irréprochable. Plusieurs, je m'en doute, sont tombés dans cette inexactitude par la difficulté qu'ils ont eue à concevoir que notre justification puisse être envisagée comme la cause du relèvement de Jésus-Christ d'entre les morts. Mais c'est que plusieurs aussi ne comprennent pas la doctrine de la justification. En ce qui concerne le Christ, elle fut accomplie par lui au moyen de sa mort sur la croix, et c'est à raison de cet accomplissement même qu'il est sorti victorieux du sépulcre.

  5. Les synonymes

    Ce qui caractérise avantageusement la version de Lausanne, ai-je dit encore, c'est l'attention que les traducteurs ont mise à déterminer la synonymie des mots de l'original et à les rendre le plus possible par des synonymes français correspondants. On le voit, la difficulté était double, et il ne fallait pas se flatter de la surmonter dans tous les cas. Cependant il importait, nous parut-il, de ne pas marcher ici à l'aventure. Lors donc que nous eûmes à traiter les adjectifs qui répondent en grec à l'idée générale de sainteté et de piété, adjectifs qui sont au nombre de quinze pour le moins, sans aspirer à extraire de notre langue une telle richesse d'expressions, nous nous efforçâmes néanmoins de découvrir dans chacune d'elles ce qu'elle a de plus conforme aux adjectifs français exprimant la même idée générale; puis, en vertu de notre loi d'harmonie et la correspondance des synonymes étant fixée, nous nous fîmes un devoir de ne point nous en départir, du moins sans nécessité absolue.

    Nous avons pris les mêmes soins à l'égard des substantifs, de ceux surtout qui expriment quelque idée morale. Ainsi, après avoir traduit par religion le mot deisidaimonia, au seul endroit où il se trouve et dans la bouche d'un païen (117), nous avons été heureux de posséder deux autres mots pour rendre threskéia: dévotion (118) et culte (119). En général, nous avons trouvé pour cette partie de notre travail d'assez grandes facilités, et le terrain n'avait pas été trop mal déblayé avant nous. Cependant, les substantifs entre autres qui expriment l'idée de dépendance dans le service d'autrui, ou même dans le service de Dieu, n'ont pas une synonymie toujours aisée à démêler et encore moins à équilibrer avec notre langue. Il existe bien une douzaine de ces expressions, et il s'en faut que nous en ayons autant dans le vocabulaire admissible. Même après avoir réservé le mot esclave pour signifier doulos, il vous restera trois mots grecs pour l'équivalent desquels vous n'aurez que serviteur. Pourtant, on peut arriver à quelque chose de passablement satisfaisant. Ceux qui suivront notre version feront désormais une différence entre les gens de la maison (oikéioï) et les domestiques (oikétai); de même on ne mettra pas serviteur où il faut ministre, ni ministre où il faut simplement serviteur.

    Ce ne sont là que des indications sommaires. Je ne veux pas entrer non plus dans beaucoup de détails sur la synonymie des verbes. Il en est une que nous avons jugée d'une haute importance. Comment traduira-t-on proskunéô, latreuô, sébomai et piptô, ce dernier, ainsi que prospiptô, les dix fois qu'ils se présentent en synonymie évidente avec les trois autres? Quiconque aura considéré sérieusement le sens réel de ces verbes et pris note exacte de l'application qui en est faite dans le Nouveau Testament, arrivera comme nous à traduire le premier par adorer, les deux suivants par rendre culte, et les deux derniers par se prosterner et se jeter, quand ce verbe est suivi de «à ses pieds, ou «à ses genoux» (120). C'est ce que nous avons pu faire invariablement. — Comme notre verbe voir, le verbe grec correspondant à de nombreuses acceptions, aussi l'avons-nous traduit, suivant les cas, de huit manières différentes. Mais, de même qu'en français, ce verbe est le père de toute une famille de verbes plus ou moins synonymes. Nos équivalents sont regarder, prendre garde (voir à ce que), se garder, considérer, examiner, jeter les yeux sur, contempler, observer, pourvoir à, avoir soin de, attacher ses yeux sur. Nous nous sommes efforcés de reproduire, par un de nos verbes synonymes, les sens spéciaux du verbe grec, mais sans avoir songé, on le comprend, à une rigueur en quelque sorte mathématique. — Les verbes poiéô et prassô ont, l'un et l'autre, et surtout le premier, l'incroyable élasticité de notre verbe faire, qui en représente très bien la signification commune. Mais, dans le Nouveau Testament comme dans l'Ancien, faire signifie aussi, d'une manière générale, pratiquer. Ainsi, «faire les commandements de Dieu» et même «faire la vérité» (121). Or un examen attentif nous a bientôt convaincus qu'en dépit de l'étymologie, ce n'est pas prassô ou prattô qui correspond à pratiquer, mais bien poiéô, et nous nous y sommes tenus comme à une traduction fort importante suivant les occasions. Cela n'empêche pas que nous n'ayons traduit poiéô le plus souvent par faire, et vingt et une fois par d'autres verbes que par pratiquer, outre treize locutions où il perd son sens primitif. Quant à prassô, s'il est rendu trente fois par faire, on le trouve en outre dans sept endroits, où nous l'avons traduit, chaque fois, d'une manière différente. — Ces différences viennent souvent de ce qu'il y a dans les synonymes tout ensemble ressemblance et dissemblance. C'est là ce qui pourra faire parfois donner à un mot une traduction exceptionnelle. Ainsi, lorsque deux verbes tels que agapaô et philéô se trouveront rapprochés l'un de l'autre, l'exactitude devra conduire à rendre l'un des deux comme on ne l'a pas fait d'ordinaire. C'est ce qui nous est arrivé pour la traduction de Jean 21:15,16 et 17. Jésus demande à Pierre par deux fois: «M'aimes-tu?» et l'historien sacré se sert du verbe agapaô traduit 137 fois par aimer, et sept fois par bien aimer. Pierre répond: «Tu sais que je t'aime». Ici l'historien, témoin auriculaire, emploie le verbe philéô, lequel aussi veut dire aimer, mais qui ne se trouve que vingt-quatre fois dans le Nouveau Testament. Ne fallait-il pas faire une différence dans la traduction, et maintenir cette différence quand le Seigneur reprend le mot de l'apôtre?

    À ne considérer que les points sur lesquels je viens d'attirer l'attention de mes lecteurs, j'ose répéter, ce me semble, que notre respect pour la lettre de l'Écriture, lettre dans laquelle prend corps la pensée du Saint-Esprit, ne nous a pas trop mal dirigés. Sans doute il y aura toujours dans la traduction des Livres Saints une certaine dose d'alliage. Pourtant, j'espère qu'en nos mains faibles et souillées, l'or pur ne s'est pas trop altéré. En tout cas, personne, je puis bien le dire, n'eut plus à cœur que nous de conserver au divin métal tout son prix. C'est ce qui a donné lieu aux variantes de traduction dont il me reste à dire un mot.

  6. Les variantes de traduction

    Je pourrais faire remarquer auparavant le soin particulier que nous avons mis à signaler les mots ajoutés au texte, quand ces mots ne sont pas simplement une particularité de la langue française. Il en est de très considérables dans le commencement de l'Épître aux Éphésiens (122), et, par eux, le sens non moins que la forme du texte ont été reproduits mieux que dans aucune autre version, je le pense. Jadis on mettait en italiques les mots ajoutés au texte; mais c'était induire en erreur tous ceux qui ont quelque notion de typographie. S'il ne faut pas traduire la Bible comme tout autre livre, il ne faut pas d'un autre côté l'imprimer comme pas un. On peut imaginer quelque moyen nouveau pour répondre à de nouveaux besoins; mais il n'est pas permis de détourner de leur usage légitime les anciens moyens. De là sont nés nos crochets [ ], déjà employés par les éditeurs allemands. C'est désagréable à l'œil; mais on finit par s'y habituer, et les imprimeurs pourront difficilement les supprimer plus tard, tandis qu'ils n'ont pas manqué, bien souvent, de faire disparaître le caractère italique.

    Quant aux variantes de traduction, qui sont le sujet de cet article, ce sont des notes marginales où l'on donne, tantôt les divers sens possibles d'un mot ou d'une phrase, tantôt le mot qui serrerait de plus près le texte, mais qui eût été intolérable en français. Un traducteur qui ne sent pas la nécessité de ces notes, croit bien peu à l'inspiration du texte sacré, en même temps qu'il se donne l'apparence de croire beaucoup trop à son infaillibilité propre. Pour le commun des lecteurs, si ce n'est pour d'autres encore, ces variantes sont d'un prix infini. En les introduisant dans leur travail, les auteurs de la version de Lausanne n'ont fait qu'imiter quelques-uns de leurs prédécesseurs, et notamment les consciencieux traducteurs de la Bible autorisée en Angleterre. Or, on ne saurait assez dire de quel allégement leur a été cette manière de procéder. Quand une forte minorité des collaborateurs n'était pas satisfaite, elle demandait et obtenait sans difficulté, qu'on mît sa traduction en note. Quand deux sens, après de longs débats, paraissaient se faire équilibre dans l'esprit de tous, on en mettait un dans le texte et l'on inscrivait l'autre à la marge. Quand, enfin, l'on avait le sentiment que la traduction était plus lâche que l'original, on plaçait en note le pur littéralisme. Il est à regretter seulement qu'on n'ait pas plus souvent utilisé cette ressource. Les variantes de traduction, jointes aux mots entre crochets, auraient permis davantage de donner satisfaction aux oreilles délicates.

    Quoi qu'il en soit, les lecteurs de la version de Lausanne, même les moins lettrés, et c'est à eux toujours que nous pensions, peuvent voir dès les premières pages, que vie et âme sont parfois la représentation d'un seul et même mot grec (123); qu'il en est ainsi de messager et d'ange (124), de règne et de royaume (125), de séjour des morts et d'état des morts (126); que le mot blasphème signifie simplement, et à le bien prendre, une parole offensante (127); que celui qui a été traduit par génération, peut également se rendre par race, en sorte que dans St. Matthieu 23:36, et 24:34, notre Seigneur a probablement eu en vue la durée de la race d'Abraham et non pas seulement la génération alors vivante (128). C'est dans les Épîtres surtout que les variantes de traduction sont d'une grande valeur. Ne prenons que l'Épître aux Romains, et pour m'en tenir aux principales variantes qui s'y trouvent voyez d'abord :

    — le verset 17 du chapitre I (Romains 1:17). — C'est l'indication du texte développé par l'auteur sacré dans toute son Épître. Les traducteurs, modifiant la version reçue, ont cru devoir dire: «C'est le juste par la foi qui vivra»; mais comme l'ancienne version est très admissible, ils l'ont mise en note: «Le juste vivra par la foi». Cela revient au même, dira-t-on, soit: mais c'est précisément ce qu'il était bon de faire voir.


    — Chapitre II, verset 18 (Romains 2:18). — Où Ostervald dit: «ce qui est contraire», Lausanne a écrit: «ce qu'il y a de meilleur», selon le sens ordinaire du mot dans les Évangiles, et cette traduction est reproduite dans Philippiens 1:10; mais avec la note: «ce qui diffère». Par cette note, on s'est mis en concordance avec 1 Corinthiens 15:41 et Galates 4:1, où le verbe a ce sens; mais ici comme là, il s'agit d'une différence de qualité, ou de prix et d'excellence. C'est ce que la note, rapprochée du texte, montre clairement.


    — Chapitre IV, verset 11 (Romains 4:11). — «Pour qu'il fût le père de tous ceux qui croient et ne sont pas circoncis». M. Arnaud, simplifiant cette traduction d'Ostervald, dit: «de tous les croyants incirconcis», et Paris: «de tous ceux qui croient sans être circoncis». Ces trois versions, qui ne font que constater le fait de l'incirconcision chez ceux dont parle l'apôtre, ne rendent point la force de l'original. Averti peut-être par la version de Lausanne, M. Rilliet a dit: «quoique incirconcis», c'est-à-dire, sans que le fait de leur incirconcision ait pu les empêcher d'avoir part à la justice de la foi. C'est ce que Lausanne exprime par les mots: «malgré l'incirconcision», rendant ainsi une préposition par une préposition, et un substantif par un substantif. Puis, nous lisons en note: grec «à travers», parce qu'il se trouve ici la préposition dia avec le sens manifeste de en dépit de (129).


    — Chapitre V, verset 7 (Romains 5:7). — La traduction d'Ostervald: bienfaiteur est, depuis nous, universellement abandonnée. Mais nous avons mis en note: pour le bien, sens que nous a suggéré l'article tou, devant agathou, comme c'est lui déjà qui nous a fait mettre dans le texte «pour l'homme de bien», et non «pour un homme de bien». C'est pourtant encore de cette dernière façon que traduisent et M. Arnaud et les interprètes parisiens. Ils n'ont pas pris garde que s'il n'y a pas d'article devant uper dikaiou «pour un juste», il y en a un au contraire devant agathou. Ce qui leur a donc échappé, c'est la gradation qui existe dans la pensée de l'apôtre. Mourir pour un juste suppose plus d'effort que mourir pour l'homme de bien, l'homme de bien par excellence; mais la pensée est à la fois plus vraie et plus frappante si l'on dit: «pour le bien»; car LE BIEN est plus que l'homme de bien, de même que «l'homme de bien» dit plus qu'un juste. C'est précisément cette nuance que la note est destinée à indiquer. Peut-être eussions-nous mieux fait de l'introduire dans le texte, et de placer le texte à la marge.


    — Même chapitre, verset 12 (Romains 5:12). — «Parce que tous péchèrent». C'est le fameux eph' ô, qui joue un grand rôle dans la controverse sur le péché originel. Ce ô se rapporte-t-il à l'homme du commencement du verset, ou au substantif (masculin en grec) la mort, plus rapprochée d'eph' ô? Ou bien encore ce ô est-il le pronom relatif neutre quoi? Dans l'incertitude, le texte portera, de concert avec la généralité des versions: parce que; mais avec la double note: «dans lequel [homme] ou dans laquelle [mort]». On aurait pu dire avec plus d'exactitude: «sous la dépendance duquel ou de laquelle». En tout cas, Lausanne se distinguera des autres versions en disant: péchèrent, par les raisons que j'ai suffisamment développées ailleurs (130).


    — Même chapitre, versets 15 et 16 (Romains 5:15-16). — «Il n'en est pas, etc.». Le grec autorisant le mode interrogatif, affaire de simple ponctuation, la note porte: «N'en est-il pas, etc.», et véritablement, la pensée sous cette forme semble plus compréhensible.


    — Même chapitre, verset 21 (Romains 5:21), et chapitre VI, versets 2, 10, 11 (Romains 6:2,10,11). — Là et ailleurs très fréquemment; il est presque impossible de décider, à la seule vue du texte, s'il faut dire par ou à. Quelquefois, le contexte détermine le sens, souvent il permet l'une et l'autre interprétation; c'est ici que la note marginale est de rigueur.


    — Chapitre VII, verset 14 (Romains 7:14). — «Vendu au péché». La note marginale confesse que la traduction ne rend pas la préposition upo dans sa plénitude. La marge porte en effet: Grec «sous le péché». Le sens est donc «vendu et assujetti au péché».


    — Chapitre XI, verset 31 (Romains 11:31). — J'aurais beaucoup à dire sur ce passage grammaticalement difficile. Remarquons d'abord qu'ayant toujours rendu par être rebelle le verbe apeithéô (sauf Romains 2:1, où nous aurions si bien pu dire: «rebelles à la vérité»), nous n'avions pas de raisons pour le traduire ici d'une autre manière. Les Juifs donc ont été rebelles; mais à quoi? «à votre miséricorde», porte littéralement le texte. C'est-à-dire qu'ils ont rejeté, quant à eux, la miséricorde qu'avaient reçue les païens. Mais cela peut signifier aussi que leur révolte s'est excitée par le fait même de la grâce accordée aux incirconcis. Le texte semble conduire à cette interprétation, puisqu'au verset 30 (Romains 11:30), les mots, «par la rébellion de ceux-ci» sont un simple datif sans préposition, comme au verset 31, «par votre miséricorde». C'est pourquoi nous avons dit: «par la miséricorde qui vous a été faite», et dans la note: «à la miséricorde, etc.». On pourrait souhaiter que nous eussions fait l'inverse; mais on ne saurait, ni regretter l'ancienne traduction, ni nous reprocher ici un littéralisme exagéré.

    Je n'ai pas besoin de pousser plus loin mon examen pour justifier ce que j'ai avancé sur l'importance des variantes de traduction. Un seul texte encore m'occupera, à raison même de ce que je l'ai déjà mentionné deux fois (131). C'est la parole aussi difficile à entendre que profondément sérieuse, contenue dans la première Épître à Timothée, chapitre II, verset 16 (1 Timothée 2:16). J'ai dit ce qui nous avait engagés à traduire par à travers, la préposition dia. Mais elle peut aussi signifier par le moyen de, ce que nous avons noté soigneusement dans la marge. Reste au lecteur de se demander par le moyen de quel enfantement les femmes fidèles ont été sauvées, dès le commencement du monde jusqu'à nos jours. Ou, en d'autres termes, a-t-il existé un homme, «né de femme» (132), par la naissance duquel soit venu le salut?

    J'arrive au terme de ce travail; mais serait-ce m'écarter de mon sujet que de faire remarquer l'admirable justesse d'expression qui caractérise les écrits du Nouveau Testament, l'étonnante harmonie verbale qui existe entre des hommes si divers et sur des sujets si délicats, le fini d'un travail qui paraît d'autant plus beau qu'on l'étudie de plus près? Un tel phénomène, à la fois moral et littéraire, me semble difficile à expliquer par ceux qui ne croient pas à l'inspiration divine des Écritures.

 


Références

92 La Genèse, Ruth et l'Ecclésiaste; St. Matthieu et l'Épître aux Romains.
93 Page 60.
94 Hébreux 10:20.
95 2 Pierre 2:1; Jude 1:4.
96 Philipiens 3:21.
97 Page 96.
98 1 Corinthiens 2:14.
99 Voir Chrétien Évangélique du 20 janvier 1865, page 38.
100 Loquacissimœ gentis flabellum.
101 Tite 2:13; 2 Pierre 1:1.
102 1 Timothée 2:4.
103 Pour le dire en passant, ceci donne un très grand poids à la variante qui supprime le verset 4 (Jean 5:4). Après le esti du verset 2 (Jean 5:2), tous ces passés du verset 4 descendait, troublait, entrait, avait été troublée, était guéri, fût détenu, tous ces passés trahissent une interpolation postérieure à la ruine de Jérusalem et à la cessation du miracle. La variante elle-même, que la sinaïticus rend de plus en plus indubitable, confirme pleinement notre traduction.
104 Jean 12:28; 13:32, deux fois, 16:14.
105 Burnouf, Méthode pour étudier la langue grecque, § 357.
106 Actes 23:27.
107 Ibid. 22:29; cf. 16:38.
108 Ibid. 22:30.
109 Jean 8:58.
110 Ibid. 14:26.
111 Ibid. 16:13.
112 1 Corinthiens 15:3-7.
113 Colossiens 2:11-12; 3:1-3.
114 Éphésiens 2:8.
115 Romains 5:1, et ailleurs.
116 Burnouf, Méthode pour étudier la langue grecque, § 375.
117 Actes 25:19.
118 Jacques 1:26-27.
119 Actes 26:5; Colossiens 2:18.
120 Marc 7:25; Luc 5:8.
121 Matthieu 5:19; 1 Jean 1:6, et ailleurs souvent.
122 Éphésiens 1:20; 2:1.
123 Matthieu 2:20 b).
124 Matthieu 4:6 b).
125 Matthieu 6:10 a).
126 Matthieu 11:23 e).
127 Matthieu 12:31 f).
128 Matthieu 11:16 j); 16:4 f).
129 Voir page 148.
130 Voir page 146.
131 Voyez pages 54, 149.
132 Galates 4:4.

 


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