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Le poison subtil de la tolérance-5


janvier 31, 2018 par GoDieu

 

La philosophie de la tolérance universelle

La tolérance oppose le droit de la conscience et le droit naturel à la juridiction des puissants; elle vise ainsi au pluralisme des droits et est à l'origine de la constitution des Droits de l'homme et non de Dieu. N'oublions jamais ces mérites extrêmes, au moment où il s'agit pour nous d'examiner le statut et la portée philosophiques du comportement qu'elle engendre, non plus dans l'excellence d'interventions déterminées, mais dans la radicalité d'un système généralisé. Toute la difficulté tient à l'existence de l'intolérable. La question est alors de savoir non seulement si la tolérance est la meilleure réponse qu'on peut donner à l'intolérable, mais si on n'est pas en droit de manifester une forme d'intolérance à l'égard de l'intolérable. «Il est interdit d'interdire», tel fut sans doute le slogan le plus répété par les tièdes; mais faut-il ne plus interdire le meurtre, la torture, la cruauté mentale? Doit-on renoncer à protéger le corps social contre les membres qui menacent son existence? Peut-on ne pas marquer aux enfants, aux pervers et aux fous les bornes de leurs droits?

Premièrement, l'idée de tolérance universelle est en elle-même contradictoire; car, si tout était toléré, plus rien ne le serait de facto. Le tolérantisme systématique semble ainsi acculé à une mauvaise foi dont les effets sont d'autant plus nocifs qu'on a davantage méconnu la virulence de leur cause.

Deuxièmement, l'idée de tolérance entre en contradiction avec celle de vérité, à l'égard de laquelle elle introduit une indifférence, un scepticisme provisoire ou un scepticisme radical: «la vérité ne peut pas être tolérante (tolérant)», écrit Freud, elle ne doit n'admettre ni compromis, ni restrictions et «devient impitoyablement critique, dès qu'une autre puissance tente d'en aliéner une partie» (Freud, p. 173).

Troisièmement, elle implique une réserve fondamentale incompatible avec la charité et l'amour. Tolérer autrui n'est pas le reconnaître comme un alter ego, mais seulement admettre son droit à l'existence, sans se soucier d'entrer en relation d'amitié et d'entraide avec lui. La tolérance établit un jugement de valeur en même temps qu'une dissymétrie entre le tolérant et le toléré. Aussi bien la tendance qui fait de la tolérance un idéal en soi vient-elle à servir d'alibi au laisser-aller ou à la lâcheté, ou, inversement, à étayer une volonté de puissance qui, protestant d'une attention universelle, réussit à futiliser les meilleurs arguments et à niveler les discours. En ce dernier sens, elle se retourne dans son contraire et aboutit à une forme subreptice d'intolérance: l'intolérance à l'égard de ceux que le souci de vérité et l'élan de l'amour acculent à la non-tolérance.

La tolérance est regardée par plusieurs comme un concept «tyrannique» (Mirabeau) et «injuste» (Rabaut Saint-Étienne), voyant en elle l'expression d'une insulte (Goethe) ou d'une simple condescendance (Nodier). Si l'intention de pareille critique était autre que de marquer les limites et les contradictions du tolérantisme universel, bref si elle débouchait sur l'intolérantisme, ses dangers seraient peut-être encore plus terribles que ceux du tolérantisme. Car la tolérance peut bien ne constituer qu'un pis-aller, ce pis-aller nous semble dans la majorité des cas indispensable. Avouons néanmoins qu'il est difficile d'éviter une certaine irritation dès qu'on aborde les questions qu'elle pose d'un point de vue spéculatif: la tolérance est un concept mi-chair, mi-poisson, ni proprement philosophique, ni proprement juridique, un concept instable et contradictoire. Située à mi-chemin entre le renoncement à une hostilité qu'on aurait pourtant la possibilité de manifester et une forme de reconnaissance, la tolérance ne recèle-t-elle pas une contradiction mortelle? Sa fonction n'est-elle pas de permettre sa suppression? Cela, soit dans la déclaration d'hostilité, soit dans la reconnaissance d'un droit. Aussi bien importe-t-il de dénoncer le contresens selon lequel les philosophes du 18e siècle auraient été les apôtres d'une tolérance universelle et absolue, d'une tolérance conçue comme vertu philosophique ou comme valeur, en faveur de laquelle il aurait fallu inconditionnellement militer.

Admettons que la tolérance, malgré certains de ses bienfaits, ne doit pas être érigée en vertu: l'intolérance devra-t-elle être considérée comme un vice? Y aurait-il un vice dont l'antonyme ne serait pas une vertu? Évidemment que non, la logique rationnelle le demande ainsi car cela est inévitable. Plusieurs de nos contemporains tendent vers pareille attitude, telle Carole Bouquet qui, dans une interview au journal Télérama, voyait dans l'intolérance le vice le plus grave. Mais, dans la seconde moitié du 18e siècle, en tout cas, tolérance et intolérance sont regardées comme un couple inséparable puisqu'il ne peut y avoir de tolérance sans intolérance et vice versa: le vrai problème est de savoir quel doit être le domaine de chacune d'entre elles. Point de tolérance pour les ennemis de la tolérance: tel est le mot d'ordre paradoxal des têtes écervelées. Une indulgence excessive peut, dans certaines conditions, devenir une menace. Mieux, la tolérance universelle produit des effets négatifs presque aussi redoutables que l'intolérance première. Car les extrêmes se rejoignent de par une réversibilité qui leur est inhérente.

Évoquons donc brièvement le contexte religieux dans lequel est née la tolérance à titre de problème et la transformation d'une simple demande de tolérance en exigence d'un droit. Il s'agira alors de distinguer le tolerantisme mitigé de la seconde partie du 18e siècle du tolerantisme absolu dont Bayle est, me semble-t-il, le seul représentant à l'âge classique. Rappelons, en effet, que, si Locke ne prône la tolérance ni à l'égard des papistes, ni à l'égard des athées, Bayle revendique, au contraire, pour la «conscience erronée» des droits identiques à ceux de toute conscience. Celle-ci, à titre de voix de Dieu, constitue un absolu, si bien qu'on ne saurait contrevenir à ses commandements. C'est un attentat contre les lois de la divinité que de vouloir forcer la conscience. [...] Dès aussitôt que l'erreur est ornée des livrées de la vérité, nous lui devons le même respect qu'à la vérité même (Bayle, p. 502). La conséquence est claire:

«Ainsi est-il très vrai, quelque répugnance qu'on ait à l'avouer d'abord, que le meurtre fait selon les instincts de sa conscience est un moindre mal que de ne pas tuer quand la conscience l'ordonne» (ibid., p. 497).

On retrouve ici la difficulté centrale de la théorie spinoziste du désir que Blyenbergh avait heureusement soulignée dans sa correspondance avec le philosophe:

il semble découler clairement de votre thèse que Dieu veut les crimes en même manière que ce que vous décorez du nom de vertu insigne. [...] Vous vous abstenez de ce que j'appelle les vices, parce qu'ils répugnent à votre nature singulière, non parce que ce sont des vices (Spinoza, t. 3, p. 214-216).

Telle est l'hypocrisie de cette philosophie.

Les hommes n'inventent pas leur désir, mais sont tissés par lui: à supposer que celui-ci soit de nature cruelle par excellence, de quelles armes disposerait-on contre lui? Pour détruire le dogme de la tolérance universelle, réprouver le sadisme des actes dont seul serait responsable le pur désir de persévérer dans son être? Contexte dans lequel est née la tolérance comme problème à l'articulation du politique et du religieux au 18e siècle, la tolérance apparaît, dans sa seule et première occurrence, comme l'«action de supporter patiemment des maux», cependant que l'adjectif «tolérant» signifie «qui supporte courageusement les épreuves». Au contraire, cela n'est pas de la tolérance mais de la patience ou endurance, la tolérance n'a rien à y voir dans cela. La tolérance n'a pas de vigueur en elle-même comme la patience ou l'endurance qui demande du courage et de la persévérance, elle est une paresse intellectuelle, une mollesse de l'esprit, une tiédeur répugnante qui sera vomis de la bouche de Dieu (Apocalypse 3:16). L'antonyme de la tolérance est donc l'intolérance conçue faussement comme «manque d'endurance». Mais le sens évolue de manière à charger d'un sens moral ambigu la «patience par laquelle on souffre ou dissimule quelque chose». «La tolérance qu'on a pour les vices est cause de leur augmentation», remarque ainsi le Dictionnaire de Furetière de 1690, qui entérine de la sorte la conviction, exprimée par Bossuet, d'un «poison» possible de la tolérance:

si vous souffrez l'erreur qui attaque ces deux attributs divins (la spiritualité et l'immutabilité), de l'un à l'autre on vous poussera sur tous les points; et, dussiez-vous en périr, il vous faudra avaler tout le poison de la tolérance (Bossuet, p. vi; je souligne).

La tolérance a donc d'abord concerné l'individu dans sa pure solitude: les seuils de tolérance sont fonctions à la fois de l'intensité de la souffrance physique et morale et de la force de la volonté qui est esclave de la chair et du péché. C'est seulement ensuite que le sens s'est spécifié dans le registre religieux, ou plutôt politico-religieux, comme en témoigne l'Édit de Nantes ou de tolérance de 1598:

tout le problème est alors de décider ce qu'on peut et doit tolérer ou ne pas tolérer.

En fait, le problème de la tolérance ne s'est véritablement posé qu'avec l'émergence du monothéisme et plus précisément au sein de celui-ci. Les premiers chrétiens n'ont, en effet, pas été persécutés comme adorateurs d'un dieu spécifique, mais comme prosélytes, insociables et rebelles, refusant d'honorer les dieux païens en dehors de leur propre Dieu. L'idée même de guerre de religion n'est pensable qu'au sein d'une religion universaliste qui vise à imposer son Dieu aux autres peuples, à l'exclusion de tout autre; ce à quoi les juifs, rappelons-le, ne prétendaient aucunement puisqu'ils se tenaient séparés des autres peuples qu'ils avaient en abominations. Lorsque, avec l'extension de la protestation à tout le monde chrétien, l'unité de la foi fut mise en cause par des positions dont chacune prétendait à l'orthodoxie, les protestants se sont mis à exiger pour eux la tolérance dans les États où ils se trouvaient en situation d'infériorité. Puisqu'ils refusaient leur marginalisation à titre d'hérétiques, il leur fallait, en effet, déplacer le combat du plan dogmatique au plan juridico-politique. Ainsi ont-ils exigé pour eux la protection de la loi naturelle (reconnaissance du mariage, droit d'héritage, culte privé), avant même la liberté de religion qui allait de pair avec des droits civiques pleins et entiers.

Le fait majeur, à l'âge classique, est la transformation d'une simple demande de tolérance en exigence d'un droit. Les catholiques ont bien vu le danger: tolérer est un premier pas vers la reconnaissance du protestantisme qu'il ne pouvait tolérer. Devant ce qui leur apparut comme une ruse afin de s'emparer du pouvoir s'opéra la collusion du théologique et du politique. D'un côté, les théologiens voulaient pour-fendre l'hérésie; de l'autre, les politiques prétendaient lutter par tous les moyens contre une déstabilisation de l'État et de la Papauté: la France, en particulier, devait garder son statut de «fille aînée de l'Église» persécutrice pour la destruction du protestantisme. La tolérance, en effet, ne peut être mise en œuvre que par un pouvoir défaillant ou par un vouloir négatif. Tantôt le tolérant n'est pas en position de pouvoir, tantôt il décide de ne pas profiter de son pouvoir. Littré définit ainsi la tolérance comme «condescendance, indulgence pour ce qu'on ne peut pas ou ne veut pas empêcher», mais insiste aussitôt sur son sens religieux: la tolérance a pour premier sens la «condescendance qu'on a les uns pour les autres touchant certains points qui ne sont pas regardés comme essentiels à la religion». Elle conduit donc au partage entre l'intolérable, rigoureusement défini dans le domaine du primordial, et le tolérable, laissé indéterminé comme appartenant à l'accessoire. Mais la tolérance est, en un second sens, l'«admission du principe qui oblige à ne pas persécuter ceux qui ne pensent pas comme nous en matière de religion». Elle ne renvoie plus alors au seul tolérant qui a l'inestimable avantage d'établir lui-même une ligne de démarcation entre ce qu'il prétend ou ne prétend pas souffrir; mais elle définit une obligation négative à l'égard d'autrui: celle de ne pas empiéter sur sa liberté religieuse. Par nécessité et dû aux persécutions par les papistes, la Réforme Protestante donna ainsi naissance à cette forme de tolérance politico-religieuse pour sa survie et son expansion. Le but n'était pas d'octroyer cette tolérance aux citoyens d'une communauté ou d'une nation, mais de l'ériger comme un mur pour protéger ceux à l'intérieur. Mais avec le temps le mur ne pu résister à la conscience des peuples et s'écroula lorsqu'ils se réclamèrent cette tolérance pour eux-mêmes. La déchéance pénétra ainsi dans la société à un rite alarmant. La tolérance du bien et du mal devint graduellement la norme pour tous et chacun. Mais tolérer le bien et le mal est exactement la même chose que de manger le fruit interdit de la connaissance du bien et du mal. La tolérance est simplement un autre mot pour l'indépendance de l'homme dans sa rébellion contre Dieu pour devenir maître de son destin. Le résultat, nous le savons, la race humaine devint tellement corrompue que Dieu dut la détruire au complet, sauf huit survivants qui furent épargnés pour la reconstituer. De même Dieu détruira notre monde tolérant pour former, avec ses élus, une nouvelle race céleste et éternelle d'une perfection sublime et glorieuse. L'hypocrisie de la tolérance qui est elle même intolérance indique clairement qu'elle est charnelle, mondaine et satanique.

Au premier sens, la tolérance est beaucoup moins un concept philosophique qu'une attitude pratique développée par le corps social dans la marge de la loi, alors qu'au deuxième sens, elle entre dans les textes juridiques comme devoir de tolérer les minorités et doit d'être toléré à titre de ressortissant d'une minorité. La tolérance n'est plus octroyée comme une grâce, mais acquiert un statut. Ce dont témoigne, par exemple, Lord Stanhope, ministre de Georges 1er:

«Il fut un temps où les dissidents demandaient en suppliant la tolérance comme une grâce; aujourd'hui ils la réclament comme un droit».

Voilà qui suppose une véritable mutation dans la conception juridique: loin de constituer le simple sujet du droit, l'individu apparaît comme détenteur d'un droit naturel, antérieur à la fondation de la société et indépendant de toute religion révélée. Obéir au dictamen de sa conscience devient pour lui un droit imprescriptible. Le manichéisme est alors facile: ou bien on ne voit dans la lutte pour la liberté de religion qu'une entreprise pour saper les fondements de la société et de la monarchie absolue, ou bien on érige la liberté de religion et de pensée en droits naturels et sacrés, fondements des seules sociétés dignes de ce nom. D'un côté, la barbarie d'un pouvoir crispé sur lui-même et contraint de sévir, engendre le dégoût de l'homme éclairé; de l'autre, au contraire, la «rationalité» de la tolérance force l'adhésion. C'est ce qu'on appelle «être pris entre l'arbre et l'écorce». Telle est la faiblesse du genre humain, et telle est sa perversité.

Rappelons que tolérance et intolérance ne s'opposent pas dans le simple monde de la logique et selon le principe du tiers exclu qui y prévaut. Bien au contraire, leur lutte n'est concevable que dans un univers conçu comme un jeu de forces concurrentielles: il faut ici utiliser la notion de «grandeur négative» généralisée par Kant en 1763 et poser que tolérance et intolérance forment un couple antagoniste, de la même manière que nombre positif et nombre négatif. La tolérance ne possède aucune excellence en soi et ne constitue pas d'impératif catégorique, puisque, bien qu'elle fasse montre d'excellence dans un grand nombre de cas, son champ d'exercice se trouve pourtant restreint: on ne saurait faire l'économie de son objet. Aussi bien les raisons majeures qui expliquent notre difficulté d'approche tiennent-elles d'abord à des faits. D'une part, on a beau reculer les limites de l'intolérance, l'existence de l'intolérable demeure comme telle impossible à supprimer: on ne saurait déclarer avant toute expérience qu'il faut l'endurer; d'autre part, l'intolérable revêt des formes si différentes selon les individus et les civilisations, les lieux et les époques, que toute définition a priori, certes indispensable d'un point de vue spéculatif, présente sur le terrain un aspect dérisoire. Pire, le recours à un idéal de tolérance universelle peut apparaître comme une ingérence illégitime. Aussitôt prônée, «La Tolérance», malgré les majuscules qui marquent en apparence sa supposée excellence intemporelle, devient une forme de tolérance parmi d'autres possibles, un type d'exigence dans le champ des exigences. Pour nous résumer, la difficulté est de rester vigilants sur trois fronts: la lutte contre une intolérance radicale, l'identification de l'intolérable et le démasquage de la fausse tolérance, c'est-à-dire de l'intolérante tolérance ou de la tolérance qui ne comprend pas ses propres limites. Est-ce grâce à ce qu'on pourrait appeler une «véritable tolérance» que nous serions le mieux en mesure de combattre dans chacun de ces trois domaines? À chacun sans doute son vocabulaire. Pour ma part, les retournements de la tolérance dans l'intolérance m'apparaissent si dangereux et la tolérance me semble tellement peu une loi de la nature que je me défie de pareille arme. Après tout, le meilleur de la tolérance n'est-il pas dans le discernement de la prudence et dans l'élan que la charité et l'amour lui inspirent? Mieux donc la sagesse de Dieu que la tolérance de l'homme:

«Pour faire connaître la sagesse et l'instruction, pour faire comprendre les discours d'intelligence; Pour faire recevoir une instruction de raison, de justice, de jugement, et d'équité; Pour donner du discernement aux simples, de la connaissance et de la réflexion au jeune homme. Le sage écoutera et deviendra plus instruit, et l'homme intelligent acquerra de sages conseils, Afin d'entendre les sentences et les énigmes, les paroles des sages, et leurs discours profonds. La crainte de L'ADMIRABLE est le commencement de la connaissance; mais les fous méprisent la sagesse et l'instruction.» (Proverbes 1:2-7).

Mais encore faut-il reconnaître l'existence d'un seul vrai Dieu qui est le Souverain absolu sur toutes choses, ce qui est intolérable aux yeux de la tolérance.

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