Bible Louis Segond (1910)

La version de 1910 est la première révision du texte original. Louis Segond a traduit le Nouveau Testament en 1879 et l'Ancien en 1874.
C'est après sa mort que son travail vu repris et révisé, Louis Segond ayant tout au long de sa vie refusé cette révision.


Préface au Nouveau Testament par Louis Segond en 1880, édition de 1909.


AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR

I

Cette version du Nouveau Testament complété une oeuvre entreprise il y a seize ans, et dont le premier résultat a été la traduction de l'Ancien Testament d'après le texte hébreu imprimée à Genève et publiée en 18741.

Les principes suivis par le traducteur ne diffèrent à aucun égard de ceux qui sont exposés dans l'Avant-propos, placé en tête de l'Ancien Testament: il serait superflu de les répéter ici. Nous renvoyons au même document pour l'esquisse historique des versions de la Bible. Ajoutons seulement que le Nouveau Testament, en particulier, a été, ces dernières années, l'objet de travaux remarquables, dont la valeur ne saurait en aucune façon être amoindrie par la présente publication.

Mais, pour les hommes distingués qui ont accompli ces travaux, une question préalable s'est imposée, comme à nous, et n'a pas reçu par tous la même solution. Tel d'entre eux a pris pour guide unique, dans le choix d'un texte grec, le plus ancien des manuscrits connus ; d'autres se sont rattachés entièrement ou à peu près à ce qu'on appelle le texte reçu ; d'autres ont tenu compté de l'ensemble des manuscrits et des variantes qui s'y trouvent, et ils ont estimé pouvoir se permettre de conformer leur traduction à celles de ces variantes qui leur paraissaient les plus autorisées. Ceux qui ont suivi cette dernière marche, en rapport avec le mouvement scientifique de notre époque, ont été facilités par les études spéciales faites sur tous les manuscrits de quelque importance et par les éditions critiques qu'ont publiées des savants de premier ordre.


Quelques développements sont nécessaires.

Il n'en est pas du Nouveau Testament comme de l'Ancien. Le texte hébreu de celui-ci ne nous est parvenu que sous une seule forme, déterminée par les docteurs juifs appelés massorètes lesquels ont réussi à faire disparaître tous les anciens manuscrits utilisés pour leur travail, et à établir l'uniformité dans les copies postérieures (dont aucune ne remonte au delà du onzième siècle) et dans les éditions imprimées. Le texte grec du Nouveau Testament, au contraire, a été conservé dans des centaines de copies, qui vont du quatrième au quinzième siècle, et qui, sous une première apparence de confusion, laissent percer des traces de plus ou moins de parenté, de plus ou moins d'indépendance si on les compare les unes aux autres.

Il y avait là pour qui était tenté de se mettre à la poursuite du texte primitif une ample moisson de matériaux, mais aussi quel labeur ! quelles difficultés ! quelles impossibilités ! Plus d'autographes, plus de copies immédiates ; seulement des copistes de copistes, avec leurs imperfections et leurs erreurs ; et, pour les redresser, des hommes également faillibles, incapables d'arriver à des résultats complets, dégagés de toute incertitude. Il faudrait, en effet, connaître et étudier à fond tous les manuscrits existants, les comparer entre eux, en constater les divergences ou variantes poser dos règles sûres pour guider dans leur choix, appliquer ces règles en procédant pratiquement en triage, et, pour couronnement de l'œuvre, produire une édition parfaite, fruit de toutes ces conditions réunies. Qui est, qui sera jamais suffisant ? — N'importe: ce qu'un savant ne saurait atteindre à lui, eut, d'autres peuvent l'essayer et lui venir en aide; ce qu'une génération ne saurait accomplir, d'autres peuvent s'efforcer de le faire et se rapprocher du but. Et si nos Réformateurs, avec leurs principes sur l'infaillibilité absolue des Écritures, se sont peu préoccupés du soin de découvrir des variantes, il s'est trouvé plus tard des personnes douées de ces qualités que réclament au plus haut degré des études patientes et de longue haleine. La carrière une fois ouverte, beaucoup s'y sont jetés avec ardeur, et les recherches ont été se multipliant jusqu'à nos jours. En 1707, l'Anglais Mill, après un immense labeur, constatait déjà l'existence de trente mille variantes pour le Nouveau Testament. Bien des noms célèbres mériteraient d'être cités à côté du sien, jusqu'à ceux de Lachmann, de Tregelles et de Tischendorf, qui, associant leurs travaux aux travaux de leurs devanciers, ont imprimé chacun des éditions critiques, dans le but de ramener le texte grec, sinon à son état primitif, du moins à une pureté relative. C'est ainsi que, prenant naissance il y a deux siècles, l'histoire et la critique du texte sont devenues une science, tout les résultants considérables ils sauraient être envisagés avec indifférence par les traducteurs des Livres Saints. A la vérité, tout n'est pas à l'abri de contestations et de doutes, tous les manuscrits ne sont pas encore collationnés, ni même sans doute découverts: le plus important à certains égards, celui du Sinaï, ne l'est que depuis vingt ans. Mais, s'il reste des progrès à faire dans la science dont nous parlons, comme dans toute autre science, ce n'est point un motif pour ne pas apprécier et utiliser les progrès réalisés.


II

Reportons-nous maintenant à l'époque où, pour la première fois, on vit paraître imprimé un texte grec du Nouveau Testament. C'était en 1510, bien avant le mouvement scientifique dont nous avons rapidement décrit les phases et la portée, et néanmoins, chose à remarquer, quatre-vingts ans après l'invention de l'imprimerie par Gutenberg à Mayence, alors que l'art typographique avait déjà reproduit la Bible en hébreu, en Latin, etc.

Donc en 1516, Érasme, de Rotterdam, fit imprimer à Bâle un Nouveau Testament grec. On se servit à cet effet de deux manuscrits du treizième et du quinzième siècle, qui se trouvaient à la bibliothèque de Bâle, et d'une copie de l'Apocalypse également récente, qu'on parvint à se procurer ailleurs. Les éditions qui suivirent, sauf des corrections typographiques, ne furent guère modifiées dans la quatrième, Érasme introduisit quelques variantes, tirées de la Bible polyglotte du cardinal Ximènes, publiée en 1520. Parurent ensuite les éditions de Robert Etienne à Paris, de Théodore de Bèze, et des Elzévirs célèbres imprimeurs hollandais. Toutes ces éditions, pour le fond, émanent de celles d'Érasme et en différent peu. La première édition elzévirienne date de 1621, et n'a pas de préface ; mais, en tête d'une nouvelle édition de 1633, les éditeurs placent un avant-propos, où il est dit au lecteur: "Maintenant vous avez un texte reçu de tous, dans lequel nous ne donnons rien de changé ni de corrompu, etc." Cette hardiesse eut un plein succès; l'expression texte reçu est restée, et ce texte a fait force de loi pendant cent cinquante ans, même jusqu'aujourd'hui pour ceux qui ignorent les travaux critiques des temps modernes ou qui s'en défient sans examen.

Il ne nous a pas été possible de fermer les yeux à la lumière, et, dans l'état actuel de la science, de partir de ce texte pour une nouvelle version du Nouveau Testament. Que faire?

Au lieu du texte reçu, nous aurions pu suivre le manuscrit du Vatican ou celui du Sinaï qui partagent le privilège de la plus grande ancienneté (milieu du quatrième siècle). Et, comme il existe déjà une excellente traduction du Vatican — auquel manquent malheureusement les Épîtres à Timothée, à Tite, à Philémon, la fin de celle aux Hébreux, et l'Apocalypse, — nous aurions arrêté notre choix sur le manuscrit du Sinaï, non encore traduit, et qui seul renferme le Nouveau Testament dans son entier. De cette manière, laissant de côté tous les autres documents et faisant abstraction de notre jugement personnel, nous aurions mis à couvert notre propre responsabilité. Mais nous n'avons pu nous résigner à perdre le bénéfice de tant de découvertes précieuses, de tant de travaux consciencieusement exécutés, et à ne tenir aucun compte des résultats positifs acquis par la science moderne. Plutôt que de nous fixer à un texte unique, notoirement défectueux, quelle qu'en soit la valeur, nous avons préféré mettre, à profit l'ensemble des ressources propres à nous faire obtenir l'expression la plus approximative du texte primitif. Il est vrai que cette marche entraîne avec elle quelque responsabilité. Mais une telle responsabilité ne saurait être légèrement taxée d'arbitraire dans le mauvais sens du mot, car il y a pour qui le veut des moyens de contrôle, et l'arbitraire proprement dit n'aurait ici rien à gagner. Au surplus, quand on prend la responsabilité d'interpréter la pensée des auteurs sacrés, comme le fait indispensablement tout traducteur, on a bien le droit d'adopter entre plusieurs variantes celles qui ont en leur faveur le plus d'autorités, et de repousser celles qui ne sont dues peut-être qu'à l'inadvertance d'un copiste. Du reste, comme on va le, voir, la tâche n'est ni aussi difficile ni aussi périlleuse qu'on le supposerait tout d'abord.

Il est généralement admis que les plus anciens manuscrits sont ceux qui offrent le plus de garanties, les altérations se multipliant dans les copies de siècle en siècle. Or, en ne dépassant pas le dixième siècle, on ne compte guère que cinquante manuscrits, dont aucun n'est complet, excepté celui du Sinaï, et dont plusieurs ne contiennent que quelques versets ou des fragments plus ou moins longs. Cela réduit singulièrement le travail de comparaison. Ce n'est pas tout. Il n'est plus même besoin d'aller étudier les plus étendus et les principaux de ces manuscrits à Rome, à Pêtersbourg, à Londres, à Cambridge, ou à Paris: tous ont été reproduits avec soin par la typographie, et celui qui s'y intéresse peut les consulter dans son propre cabinet. Enfin, les grandes éditions critiques de Lachmann, de Tregelles, et de Tischendorf, tout en donnant un texte épuré selon les lumières de leurs auteurs, font accompagner ce texte des variantes appartenant aux divers manuscrits, en sorte que le traducteur peut aisément y opérer des modifications toutes les fois qu'il n'accepte pas les choix pour lesquels son guide a cru devoir se décider.

En conséquence, nous avons pris pour base de notre version la dernière édition de Tischendorf, dite octava critica major, terminée en 1872. Certes, elle ne saurait affirmer la prétention d'une reconstitution exacte du texte primitif, sans aucune chance d'incertitude, ce qui jamais n'arrivera ; mais tout homme compétent n'éprouvera pas la moindre hésitation à lui assigner une supériorité prononcée sur le texte reçu. Disons encore que nous n'avons point abdiqué notre droit de discuter les variantes admises par Tischendorf, et d'incliner en plus d'un cas du côté ou les autorités nous semblaient mieux établies.

Après tout, que nul de nos lecteurs ne s'épouvante à propos de la diversité des manuscrits et de la multiplicité des variantes qu'on y rencontre. Nous déclarons hautement, avec tous les hommes versés dans ces matières, que les variantes du Nouveau Testament, si nombreuses soient elles, ne sont aucunement de nature à altérer en rien la vérité et les faits évangéliques. La plupart, en effet, portent tantôt sur l’orthographe et sur des détails de grammaire ou de syntaxe qui n'ont pas d'influence sensible dans une traduction, tantôt sur la substitution d'un synonyme à un autre, sur l'addition ou la suppression d'une particule, d'un mot de peu de valeur, etc. ; les variantes qui ont plus d'importance sont en très faible quantité relative. S'il y a là de quoi rassurer les esprits inquiets, nous ne voudrions pas cependant qu'on en vînt jusqu'à l'indifférence ou au blâme en face de légitimes efforts pour se rapprocher le plus possible de la pureté primitive du texte sacré. Tout chrétien, au contraire, doit les suivre avec intérêt, et s'en réjouir.

Pour ce qui concerne l'œuvre elle même de la traduction que nous soumettons au public religieux, nous n'avons pas autre chose à dire sinon que nous l'avons accomplie sous le regard de Dieu, avec les forces qu'il nous a données. A Lui, s'il le juge convenable, d'en faire un instrument de bénédiction pour les disciples de son Fils. A Dieu seul soient la gloire, la miséricorde et la grâce par Jésus-Christ notre Sauveur!

Genève, 22 octobre 1879.

Louis Segond

REMARQUES

1. Les passages entre crochets [ ] appartiennent au texte reçu ; ils ont été conservés sous cette forme par égard pour l’opinion traditionnelle, mais ils sont omis par les meilleures autorités critiques.
2. Les notes, au nombre d'environ sept cents, roulent sur des points relatifs à la géographie, à l'histoire, à l'archéologie, à l'étymologie, sans toucher aux questions dogmatiques ou théologiques. Un index des principales se trouve à la fin du volume.
3. Les citations de l'Ancien Testament sont reproduites telles qu'on les lit dans notre version de l'A. T., toutes les fois que les termes du grec correspondent exactement à ceux de l'hébreu. Un index de ces citations se trouve à la fin du volume.

1 LA SAINTE BIBLE, Ancien Testament traduction nouvelle, d'après le texte hébreux par Louis Segond docteur en théologie. Genève, 1874, 2 vol. in—8°.



PRÉFACE À L'ÉDITION DE 1909
(Extrait de la Bible Louis Segond, version revue 1975)

Au cours de trente ans d'études et d'emploi des Ecritures, comme pasteur, enseignant, écrivain et conférencier sur des thèmes bibliques, l'auteur de cette édition de la Bible a acquis une conviction qui n'a fait que croître avec les années : les différentes éditions de la Parole de Dieu peuvent être excellentes et fort utiles, mais elles présentent aussi des lacunes. Petit à petit, les divers éléments destinés à faciliter l'étude et l'utilisation judicieuse de la Bible devinrent plus clairs à son esprit. Dans le présent ouvrage, il a tenté de réunir ces différents éléments, après s'être assuré la précieuse collaboration d'hommes spirituels des Etat-Unis et de la Grande-Bretagne, expérimentés dans l'étude et dans l'enseignement de la Bible, avec une mesure de succès que d'autre pourront maintenant apprécier.

(Ici, sous les chiffres romains I à XI, Scofield énumère les caractéristiques de l'édition de 1909. Nous omettons ces paragraphes et les remplaçons par les indications plus détaillées publiées deans l'introduction de l'édition 1967 (p. VI et VII)).

L'auteur ne s'attribue aucun mérite particulier. D'autre serviteurs de Dieu ont travaillé et il est entré dans leur travail. Pendant la seconde moitié du siècle dernier, des hommes spirituels et instruits de nombreux pays et de diverses fractions de l'Eglise ont étudié la Parole de Dieu. Ils ont poursuivi leur tâche en bénéficiant de traductions bibliques toujours plus perfectionnées ; leurs travaux ont donné naissance à un grand nombre de documents, malheureusement inaccessibles à de nombreux serviteurs de Dieu. C'est pourquoi l'auteur a entrepis la tâche modeste et délicate de résumer, d'assembler et de condenser cette abondante matière.

Cette tâche fut accomplie grâce aux suggestions et à la coopération d'un comité consultatif dont les membres ont mis volontiers à disposition leur temps et leur compétence dans la connaissance des Ecritures. Il importe toutefois de préciser ici que l'auteur est seul responsable de la forme finale des annotations et des définitions. Il tient aussi à remercier les nombreux édudits et frères en Christ d'Europe et d'Amérique dont les diverses suggestions ont été d'une inestimable valeur. Il faut mentionner parmi eux le professeur James Barrillet, de la Faculté de théologie de Lausanne, les professeurs Sayce et Margoliouth, d'Oxford, M. Walter Scott, l'éminent édudit, et le professeur C. R. Erdman, de Princeton.

Enfin, l'auteur exprime sa très grande reconnaissance à ceux dont l'assistance matérielle généreuse a permis la préparation de cette oeuvre pendant des années, et de nombreux voyages aux centres d'enseignement biblique à l'étranger.

Cet ouvrage dûment complété est maintenant consacré au service et à la gloire du Dieu d'amour et de sainteté qui a manifesté Sa merveilleuse grâce en Jésus-Christ.

1er janvier 1909, C.I. Scofield