🕊 Les Canons de Dordrecht (7)

Le solide fondement de la doctrine réformée

L'histoire et l'impact du Synode national de Dordrecht

Comment le Synode de Dordrecht a façonné la foi réformée

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Réunion du Synode national à Dordrecht (1618-1619)
Réunion du Synode national à Dordrecht (1618-1619)

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Les Canons de Dordrecht (7)

Les Canons de Dordrecht

  1. La persévérance des saints

    Le cinquième point de doctrine concernant la persévérance des saints:

    1. Ceux que Dieu appelle selon son immuable dessein à la communion de son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, et régénère par son Saint-Esprit, il les délivre vraiment de la domination et de la servitude du péché durant cette vie, mais pas entièrement de la chair et de ce corps de péché.

    2. De là vient que nous voyons journellement tant de péchés dus à notre faiblesse, et que les meilleures œuvres des saints ne sont jamais sans tache; ce qui leur fournit continuellement l'occasion de s'humilier devant Dieu, d'avoir recours au Christ crucifié, de mortifier de plus en plus leur chair par l'esprit de prière et par de saints exercices de piété, et de soupirer après le but, qui est la perfection; jusqu'à ce qu'étant délivrés de ce corps de péché, ils règnent au Ciel avec l'Agneau de Dieu.

    3. À cause de ces restes de péchés qui habitent en nous, et des tentations du monde et de Satan, ceux qui sont convertis ne pourraient persister en cette grâce s'ils étaient laissés à leurs propres forces. Mais Dieu est fidèle: il les confirme miséricordieusement dans la grâce qu'il leur a une fois conférée, et les conserve puissamment jusqu'à la fin.

    4. Or, bien que cette puissance de Dieu, qui fortifie et conserve les vrais fidèles dans la grâce, soit trop grande pour pouvoir être vaincue par la chair; toutefois, ceux qui sont convertis ne sont pas toujours conduits et poussés par Dieu de telle sorte qu'ils ne puissent, par leurs fautes, en quelques actions particulières, se détourner de la conduite de cette grâce, ou se laisser séduire par les convoitises de la chair au point de leur obéir. Aussi faut-il qu'ils veillent toujours et prient de ne point être induits dans les tentations.

      S'ils ne le font point, non seulement ils peuvent être entraînés par la chair, le monde et Satan à des péchés même graves et horribles; mais ils y sont aussi parfois entraînés par une juste permission de Dieu, ce que montrent assez les tristes chutes de David, de Pierre et d'autres saints personnages mentionnés dans l'Écriture.

    5. Par de tels péchés, cependant, ils offensent Dieu gravement; ils se rendent coupables de mort en contristent le Saint-Esprit; ils rompent le cours normal de l'exercice de la foi, blessent très gravement leur conscience, et parfois perdent temporairement le sentiment de la grâce, jusqu'à ce que la face paternelle de Dieu les éclaire de nouveau, quand, par une véritable repentance, ils retournent dans le bon chemin.

    6. Car Dieu, qui est riche en miséricorde, selon le dessein immuable de l'élection, ne retire point entièrement des siens le Saint-Esprit, même dans leurs tristes chutes; et il ne permet pas qu'ils tombent au point de perdre la grâce de l'adoption et l'état de justification ou qu'ils commettent le péché qui conduit à la mort, à savoir contre le Saint-Esprit; et, qu'étant totalement abandonnés par lui, ils se précipitent dans la perdition éternelle.

    7. Dans ces chutes, en effet, Dieu conserve d'abord en eux la semence immortelle qu'il y a lui-même plantée, et par laquelle ils sont régénérés, afin qu'elle ne se perde ni ne soit entièrement rejetée. Ensuite, il les renouvelle vraiment et efficacement par sa Parole et par son Esprit, afin qu'ils se repentent et soient contristés de cœur , et selon Dieu, de leurs péchés; que d'un cœur contrit et brisé ils en désirent et obtiennent la rémission dans le sang du Médiateur, et cela par la foi; qu'ils sentent à nouveau la grâce de Dieu réconcilié avec eux, qu'ils adorent ses compassions et sa fidélité, et qu'ils travaillent désormais plus soigneusement à leur salut avec crainte et tremblement.

    8. Ainsi, ce n'est ni par leurs mérites ni par leurs forces, mais par la miséricorde gratuite de Dieu, qu'ils obtiennent de ne pas perdre totalement la foi et la grâce et de ne pas demeurer et périr finalement dans leurs chutes: ce qui, quant à eux, non seulement pourrait arriver aisément, mais arriverait sûrement. Mais, quant à Dieu, cela ne peut jamais arriver, vu que son conseil ne peut pas changer, ni sa promesse s'évanouir, ni la vocation selon son ferme dessein être révoquée, ni le mérite, l'intercession et la protection de Jésus-Christ être anéantis, ni le sceau du Saint-Esprit être rendu vain ou aboli.

    9. Quant à cette garde des élus en vue de leur salut, et à la persévérance des vrais fidèles dans la foi, les fidèles eux-mêmes en peuvent être et en sont assurés, selon la mesure de la foi, par laquelle ils croient avec certitude qu'ils sont et demeureront toujours des membres véritables et vivants de l'Église, et qu'ils ont la rémission de tous leurs péchés, et la vie éternelle.

    10. Toutefois, cette certitude ne vient pas de quelque révélation particulière qui s'ajouterait à la Parole ou serait faite en dehors d'elle. Elle découle d'abord de la foi aux promesses de Dieu, qu'il a très abondamment révélées dans sa Parole pour notre consolation; ensuite, du témoignage du «Saint-Esprit, qui témoigne à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu et ses héritiers» (Romains 8:16-17). Enfin, d'une sérieuse et sainte recherche d'une bonne conscience et des œuvres bonnes.

      Si les élus de Dieu étaient dans ce monde destitués de cette ferme consolation qu'ils obtiendront la victoire, et des arrhes infaillibles de la gloire éternelle, ils seraient les plus misérables de tous les hommes.

    11. Cependant l'Écriture atteste que les fidèles ont à combattre dans cette vie, contre divers doutes de la chair; et, lorsqu'ils ont à soutenir de graves tentations, qu'ils ne sentent pas toujours cette pleine consolation de la foi, et cette certitude de la persévérance. Mais Dieu, qui est le Père de toute consolation, «ne permet point qu'ils soient tenté au-delà de leurs forces, mais leur donne, avec la tentation, la possibilité d'en sortir en la surmontant» (1 Corinthiens 10:13). Et par le Saint-Esprit, il ranime de nouveau en eux la certitude de la persévérance.

    12. Or, bien loin que cette certitude de la persévérance rende les vrais fidèles orgueilleux, et les plonge dans une sécurité charnelle, elle est, tout au contraire, la véritable racine de l'humilité, du respect filial et de la vraie piété, de la patience dans toutes les épreuves, de prières ardentes, de la constance sous la croix et dans la confession de la vérité, et d'une joie solide en Dieu. Et la considération de ce bienfait leur est bien plutôt un stimulant qui les incite à la pratique sérieuse et continuelle de la reconnaissance et des œuvres bonnes, comme nous le montrent les témoignages des Écritures et les exemples des saints.

    13. Aussi, quand la confiance de la persévérance commence à revivre en ceux qui sont relevés de leur chute, cela n'engendre en eux ni licence ni nonchalance dans leur piété, mais au contraire un beaucoup plus grand souci de garder avec soin les voies du Seigneur, qui leur sont préparées afin qu'en y marchant ils conservent la certitude de leur persévérance, de peur qu'en abusant de la bonté paternelle de Dieu, sa face favorable (dont la contemplation est pour les fidèles plus douce que la vie, et la privation plus amère que la mort), ne se détourne d'eux à nouveau, et qu'ils ne tombent alors dans de plus grands tourments d'esprit.

    14. Et de même qu'il a plu à Dieu de commencer en nous son œuvre de grâce par la prédication de l'Évangile, de même il la conserve, la poursuit et l'accomplit par l'écoute, la lecture, les exhortations, les menaces et les promesses de ce même Évangile, aussi bien que par l'usage des Sacrements.

    15. Cette doctrine de la persévérance des vrais croyants et des saints, et de la certitude qu'on en peut avoir, que Dieu a très abondamment révélée dans sa Parole, à la gloire de son Nom et pour la consolation des âmes pieuses, et qu'il imprime dans le cœur des fidèles, est telle que la chair est incapable de la comprendre: Satan la hait, le monde s'en rit, les ignorants et les hypocrites en abusent, et les esprits erronés la combattent.

      Mais l'Épouse du Christ l'a toujours très ardemment aimée et l'a constamment maintenue comme un trésor d'un prix inestimable. Dieu lui accordera de continuer à la faire, lui contre qui aucune sagesse ne peut rien, ni sur qui aucune force ne peut prévaloir. Auquel Dieu unique, Père, Fils et Saint-Esprit, soient honneur et gloire aux siècles des siècles. Amen.

    Rejet des erreurs

    La doctrine orthodoxe ayant été exposée, le Synode rejette les erreurs de:

    1. Ceux qui enseignent: Que la persévérance des vrais fidèles n'est point un effet de l'élection, ou un don de Dieu acquis par la mort de Jésus-Christ, mais qu'elle est une condition de la nouvelle alliance que l'homme, avant son élection et sa justification péremptoire (comme ils l'appellent), doit accomplir de sa libre volonté.

      Car l'Écriture sainte atteste qu'elle vient de l'élection, et qu'elle est donnée aux élus en vertu de la mort, de la résurrection et de l'intercession de Jésus-Christ: «Seuls les élus l'ont obtenue, et les autres ont été endurcis» (Romains 11:7). De même: «Lui qui n'a point épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il point toutes choses avec lui? Qui accusera les élus de Dieu? Dieu est celui qui les justifie! Qui les condamnera? Christ est mort, et de plus il est ressuscité, il est même assis à la droite de Dieu, et il intercède aussi pour nous! Qui nous séparera de l'amour de Christ?» (Romains 8:32-35; Bible de J.F. Ostervald).

    2. Ceux qui enseignent: Que Dieu pourvoit assurément l'homme fidèle de forces suffisantes pour persévérer, et qu'il est prêt à les conserver en lui, s'il fait son devoir. Néanmoins ― toutes les choses qui sont nécessaires pour persévérer dans la foi et que Dieu veut employer pour la conserver, étant posées ― qu'il dépend toujours de la liberté de la volonté de l'homme de persévérer ou non.

      Car cette opinion contient un pélagianisme manifeste; en voulant rendre les hommes libres, elle les fait sacrilèges contre le sentiment unanime et général de la doctrine de l'Évangile, qui ôte à l'homme tout sujet de se glorifier, et attribue à la seule grâce divine la louange d'un tel bienfait. En outre, elle infirme le témoignage de l'Apôtre: «Que c'est aussi Dieu qui nous affermira jusqu'à la fin, (pour que vous soyez) irrépréhensibles au jour de notre Seigneur Jésus-Christ» (1 Corinthiens 1:8; Bible de J.F. Ostervald).

    3. Ceux qui enseignent: Que les vrais croyants et les régénérés peuvent non seulement déchoir entièrement et finalement de la foi justifiante, et aussi de la grâce et du salut, mais encore qu'ils en déchoient souvent et périssent éternellement.

      Car cette opinion anéantit non seulement la grâce de la justification et de la régénération, mais aussi la garde perpétuelle de Jésus-Christ, et ce, contre les paroles expresses de l'Apôtre saint Paul: «Mais Dieu fait éclater son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. Étant donc maintenant justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous sauvés par lui de la colère de Dieu» (Romains 5:8-10; Bible de J.F. Ostervald); et contre celle de l'Apôtre saint Jean: «Quiconque est né de Dieu ne commet point le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui; et il ne peut pécher parce qu'il est né de Dieu» (1 Jean 3:9; Bible de J.F. Ostervald). Elle contredit tout autant les paroles de Jésus-Christ: «Je leur donne la vie éternelle; elles ne périront jamais, et nul ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main du Père» (Jean 10:28-29; Bible de J.F. Ostervald).

    4. Ceux qui enseignent: Que les vrais fidèles et les régénérés peuvent commettre le péché qui conduit à la mort, c'est-à-dire le péché contre la Saint-Esprit.

      En effet, l'Apôtre saint Jean, au chapitre 5 de sa première Épître, après avoir fait mention, aux versets 16 et 17, de ceux qui commettent un péché qui mène à la mort, et défendu de prier pour eux, ajoute aussitôt au verset 18 (Bible de J.F. Ostervald): «Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point; mais celui qui est né de Dieu, se conserve lui-même, et le malin ne le touche point.»

    5. Ceux qui enseignent: Qu'en cette vie on ne peut avoir aucune certitude de la persévérance à venir, sans une révélation spéciale.

      Par cette doctrine, les fidèles sont en effet privés de la plus solide consolation qu'ils puissent avoir durant cette vie, et l'on réintroduit la défiance et les opinions flottantes de l'Églises romaine. Au contraire, la sainte Écriture tire partout cette certitude, non pas d'une révélation spéciale et extraordinaire, mais des propres marques des enfants de Dieu, et de la fermeté immuable des promesses de Dieu. Principalement l'Apôtre Paul: «Aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur» (Romains 8:39; Bible de J.F. Ostervald); et l'Apôtre Jean: «Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui: et nous connaissons qu'il demeure en nous par l'Esprit qu'il nous a donné» (1 Jean 3:24; Bible de J.F. Ostervald).

    6. Ceux qui enseignent: Que la doctrine concernant la certitude de la persévérance et du salut est, de soi et par sa nature-même, l'oreiller de la chair, qu'elle est nuisible à la piété, aux bonnes mœurs, aux prières et autres saints exercices; mais qu'au contraire c'est une chose louable que d'en douter.

      Ces gens-là montrent ainsi qu'ils ignorent l'efficacité de la grâce divine et l'opération du Saint-Esprit qui habite dans les élus. Ils contredisent aussi l'Apôtre Jean qui, en termes exprès, affirme tout le contraire: «Bien-aimés, nous sommes à présent enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté; mais nous savons que lorsqu'il sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. Et quiconque a cette espérance en lui, se purifie lui-même, comme Lui (le Seigneur) est pur» (1 Jean 3:2-3; Bible de J.F. Ostervald).

      En outre, de telles affirmations sont réfutées par les exemples des saints, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, qui, bien qu'ils fussent assurés de leur persévérance et de leur salut, n'ont toutefois cessé d'être assidus dans la prière et tous autres exercices de piété.

    7. Ceux qui enseignent: Qu'il n'y a entre la foi temporelle et celle qui justifie et sauve, aucune autre différence que celle de la durée.

      Car le Christ lui-même, dans Matthieu 13:20 et dans Luc 8:13, établit manifestement une triple différence entre ceux qui ne croient que pour un temps et les véritables fidèles, quand il dit que les premiers reçoivent la semence dans les endroits pierreux, les seconds dans la bonne terre, ou avec un cœur bon; que ceux-ci n'ont point de racine, mais ceux-là de fermes racines; que ceux-ci ne portent point de fruit, tandis que ceux-là produisent constamment leurs fruits en diverses quantités.

    8. Ceux qui enseignent: Que ce n'est point une chose absurde que, la première régénération de l'homme ayant été détruite, l'homme puisse renaître encore une fois, et même plusieurs fois encore.

      Par cette doctrine, ils nient en effet l'incorruptibilité de la semence de Dieu, par laquelle nous naissons de nouveau, et infirment le témoignage de l'Apôtre Pierre: «Vous avez été régénérés non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible» (1 Pierre 1:23).

    9. Ceux qui enseignent: Que Jésus-Christ n'a nulle part prié pour que les croyants persévèrent infailliblement dans la foi.

      Ils contredisent le Christ lui-même, car il dit à Pierre: «Mais j'ai prié pour toi, afin que ta foi de défaille point» (Luc 22:32); et Jean l'Évangéliste, qui affirme que Jésus n'a pas seulement prié pour les Apôtres, mais aussi pour tous ceux qui croiraient en lui par leur parole: «Père saint, garde-les en ton nom... Je ne prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du Malin» (Jean 17:1, 15; Bible de J.F. Ostervald).

 


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