🕊 Qu'est-ce que la Bible «God Bless the U.S.A.»?
Comment la Bible Trump bouscule la séparation de l'Église et de l'état.
Décryptage de la très lucrative Bible «God Bless the U.S.A.».
Le paradoxe entre rhétorique patriotique et fabrication chinoise.
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Qu'est-ce que la Bible «God Bless the U.S.A.»?
La Bible «God Bless the U.S.A.», communément appelée «Bible Trump», est une édition de la Bible du roi Jacques (King James Version). Sa particularité réside dans l'intégration, aux côtés des Écritures, de textes fondateurs de la politique américaine: la Déclaration d'indépendance, le Serment d'allégeance, ainsi qu'une version volontairement tronquée de la Constitution et de la Déclaration des droits (les amendements 11 à 27 étant absents).
Conçue à l'origine en 2021 par le chanteur de musique country Lee Greenwood pour commémorer les 20 ans des attentats du 11 septembre, cette version s'est heurtée d'emblée à des refus de droits d'auteur en raison de sa nature, forçant l'utilisation d'une traduction du domaine public. En 2024, Donald Trump s'est emparé de cet ouvrage pour en faire un pilier de sa campagne présidentielle et un outil de promotion de sa vision politique.
Le volet mercantile
Profits, fabrication chinoise et conflits d'intérêts
La commercialisation de cette Bible (voir les éditions publiées), vendue à partir du prix minimum de 59,99 dollars US, mais plus souvent qu'autrement à 99,99 dollars US dont l'une à 1 000 dollars US (avec une édition spéciale commémorant la tentative d'assassinat de Trump intitulée «Le jour où Dieu est intervenu»), soulève de profondes questions éthiques et financières.
Même qu'une de ces Bibles signé de la main du Président Donald Trump s'est vu proposé aux enchères pour la modique somme de 2 750,00 dollars US sur la célèbre plateforme de commerce en ligne «ebay»
Des redevances massives
Bien que vendue par un site tiers affirmant n'avoir aucun lien politique, la Bible utilise l'image de Donald Trump sous une licence payante accordée à sa société, CIC Ventures LLC. En 2025, les déclarations de patrimoine de Trump révélaient plus de 1,3 million de dollars US de redevances perçues.
Le paradoxe de la fabrication chinoise
Alors que l'ancien président tient une rhétorique protectionniste virulente envers Pékin, une enquête de l'Associated Press a révélé que près de 120 000 exemplaires ont été imprimés à Hangzhou, dans l'est de la Chine, pour un coût de revient inférieur à 3 dollars par unité. Cela représente un bénéfice potentiel colossal d'environ 7 millions de dollars.
Financement occulte de campagne
Des experts en éthique soulignent que la vente de produits grand public à des prix nettement supérieurs à leur valeur réelle par un candidat en exercice s'apparente à des contributions de campagne déguisées, créant d'importants risques de conflits d'intérêts.
L'offensive politique
L'exemple des écoles de l'Oklahoma
L'intégration de cette Bible dans les institutions publiques a provoqué une tempête politique et juridique, notamment en Oklahoma sous l'impulsion du surintendant des écoles, Ryan Walters.
Un appel d'offres sur mesure
En 2024, Walters a ordonné que la Bible soit enseignée dans toutes les classes de l'État et a lancé un appel d'offres pour l'achat de 55 000 bibles. Les critères initiaux étaient si spécifiques (version KJV incluant la Constitution et la Déclaration des droits, reliure cuir) que seule la Bible de Trump (et une autre approuvée par Donald Trump Jr.) était éligible, excluant des versions bien moins chères ou gratuites.
Contestations constitutionnelles
Face au tollé déclenché par les élus démocrates et les juristes dénonçant un appel d'offres truqué et une violation flagrante de la séparation de l'Église et de l'État, le cahier des charges a dû être modifié pour permettre l'achat des textes constitutionnels séparément.
Le nationalisme chrétien et l'instrumentalisation de la foi (Trump 2.0)
Au-delà de l'aspect financier, cette Bible s'inscrit dans une stratégie globale de promotion du nationalisme chrétien, particulièrement visible lors des célébrations du 250e anniversaire de l'indépendance américaine.
Le marathon de lecture
Donald Trump a participé à l'événement «America Reads the Bible» en s'enregistrant depuis le Bureau ovale (une rupture symbolique forte avec la laïcité institutionnelle). Il y a lu un extrait du Deuxième livre des Chroniques, un texte cher à la droite évangélique qui conditionne la protection divine d'une nation à son obéissance stricte aux lois de Dieu.
Une administration confessionnelle
Ce virage est soutenu par des figures clés de l'administration «Trump 2.0» comme Marco Rubio (secrétaire d'État) et Pete Hegseth (Défense), ce dernier ayant instauré des services religieux au Pentagone et comparé les journalistes critiques aux détracteurs de Jésus.
Tensions avec le Vatican
Cette vision militante et nationaliste de la religion a provoqué un affrontement direct avec le pape Léon XIV. Le souverain pontife ayant dénoncé l'instrumentalisation de Dieu à des fins militaires et politiques, Donald Trump et son vice-président J.D. Vance ont répliqué en attaquant le Pape sur sa politique étrangère et en lui demandant de s'en tenir aux questions morales.
La trajectoire de la Bible «God Bless the U.S.A.» dépasse le simple cadre de l'objet éditorial ou du produit dérivé de campagne. Elle cristallise la convergence parfaite entre le mercantilisme agressif de Donald Trump, l'agenda politique de la droite évangélique et une tentative de réécriture historique visant à fusionner l'identité nationale américaine avec le dogme chrétien.
Malgré les accusations de blasphème formulées par certains pasteurs et les contradictions flagrantes liées à sa fabrication en Chine, cet ouvrage s'impose comme le symbole d'une administration Trump 2.0 résolue à infuser la religion chrétienne dans la sphère publique et institutionnelle des États-Unis.


























