🕊 Épitomé de Tite-Live
Découverte d'une nouvelle série de sentences attribuées à Jésus-Christ
Entre l'histoire romaine de Tite-Live et l'antiquité chrétienne
🌎 GoDieu.com 🕓 Temps de lecture estimé:
Épitomé de Tite-Live
Le Papyrus 1532 «Épitomé de Tite-Live» désigne un fragment exceptionnel d'un résumé de l'histoire romaine (Ab Urbe condita) de l'historien latin Tite-Live (Titus Livius). Daté du IIIe-IVe siècle, ce papyrus témoigne de la diffusion et de la lecture des œuvres classiques dans l'Égypte romaine.
L'Épitomé de Tite-Live correspond aux célèbres découvertes de fragments latins d'Oxyrhynque (notamment le Papyrus d'Oxyrhynque 668 ou trouvailles similaires) conservées dans les collections d'archives. Ces documents sont ensembles les témoins de diffusion des œuvres historiques classiques en Égypte romaine.
Annonce d'une découverte au sujet de Jésus-Christ
Annonce de la découverte par MM. Grenfell et Hunt de fragments d'un épitomé de Tite-Live dans des papyrus d'Oxyrhynchus (Égypte)
Reinach, Salomon
Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 47ᵉ année, N. 4, 1903, pp. 268-269.
M. S. Reinach a la parole:
«Je demande la permission d'annoncer à l'Académie une découverte importante en elle-même, plus importante par les espérances qu'elle fait concevoir.
Dans un lot de papyrus découverts par eux à Oxyrhynchus, MM. Grenfell et Hunt ont déchiffré des fragments considérables d'un épitomé de Tite-Live, livres 37-39 et 49-55.
Les livres 49-55 ne nous sont pas parvenus, et le nouvel épitomé est fort différente de celle que nous possédons.
On sait que les papyrus latins sont relativement rares. Le fait que Tite-Live est représenté parmi les auteurs que l'on lisait et que l'on résumait en Égypte à l'époque romaine est bien propre à éveiller la curiosité.
MM. Grenfell et Hunt annoncent, en outre, la découverte d'une nouvelle série de sentences attribuées à Jésus-Christ et celle d'une ode qu'ils attribuent à la prêtresse Corinne.
À aucune époque, depuis le XVe siècle, le trésor de la littérature antique ne s'est enrichi aussi rapidement que de nos jours; et l'on peut dire, malgré les résultats acquis, que le travail d'exhumation systématique des papyrus est encore à ses débuts.»
M. Bréal rappelle que, il y a deux ans, il disait que l'Égypte serait une mine féconde à exploiter en fait de découvertes antiques. Il ne croyait pas que la découverte signalée par M. Salomon Reinach viendrait lui donner si vite raison. Il se demande pourquoi la France ne prend pas une part plus grande à ces découvertes, et il exprime le vœu qu'une somme soit prélevée, tous les ans, sur les revenus de la Fondation Piot, pour achat de papyrus.
La proposition de M. Bréal est renvoyée à l'examen de la Commission Piot.
L'Académie procède à l'élection d'un membre de la Commission du prix Prost. M. Longnon est réélu.
M. Foucart continue la lecture de son mémoire sur le culte de Dionysos en Attique.
Source: Annonce de la découverte par MM. Grenfell et Hunt de fragments d'un épitomé de Tite-Live dans des papyrus d'Oxyrhynchus (Égypte) ― Persée.fr (PDF [1] ou [2])
Source: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 47ᵉ année, N. 4, 1903. ― Persée.fr
Tite-Live (Titus Livius)
(59 ou 64 avant Jésus-Christ ― 17 après Jésus-Christ)
Né à Padoue en 59 avant Jésus-Christ, mort en 17 après Jésus-Christ Tite-Live (Titus Livius), après avoir fait de bonnes études dans sa ville natale, vint à Rome à l'âge de vingt-quatre ans. Il y séjourna longtemps et devint l'un des familiers d'Auguste. Il ne remplit aucune fonction publique, mais il fut chargé de l'éducation du jeune Claude, le futur empereur. Il consacra la meilleure partie de son temps à réunir les matériaux de son œuvre. Grâce à la protection de l'empereur, il put consulter toutes les vieilles archives de Rome et y recueillir de précieux renseignements sur l'histoire de la République. Après la mort d'Auguste, Tite-Live quitta Rome. Il revint à Padoue où il mourut trois ans plus tard. Il laissait un fils et une fille. Sa fille avait épousé un rhéteur obscur, L. Magius, dont le nom nous a été conservé par Sénèque.
Tite-Live écrivit une Histoire complète de Rome, depuis la fondation de la ville jusqu'à la mort de Drusus (9 avant Jésus-Christ). Cette œuvre se composait de 142 livres, divisés en Décades ou groupes de 10 livres. 35 livres seulement sont parvenus jusqu'à nous. Nous ne possédons aujourd'hui, en effet, que la 1re, la 3e et la 4e décade au complet, soit 30 livres, et les cinq premiers livres de la 5e décade; quelques fragments des autres livres ont été retrouvés, mais aucun n'a une étendue considérable.
Les livres qui se sont conservés renferment l'histoire des premiers siècles de Rome depuis sa fondation jusqu'en 292 avant Jésus-Christ, le récit de la seconde guerre punique et de la conquête par les armes romaines de la Gaule cisalpine, de la Grèce, de la Macédoine, d'une partie de l'Asie mineure. Le dernier événement important qui s'y trouve relaté est le triomphe de Paul-Émile. Un écrivain de basse époque avait rédigé des Épitomé pour tous les livres; ces Épitomés ont subsisté; ils nous donnent une idée du plan suivi par Tite-Live et de l'ordre dans lequel il racontait les événements.
On a souvent accusé Tite-Live d'inexactitude et de partialité. On lui a reproché d'avoir accordé trop de faveur aux légendes créées par la vanité du peuple romain ou des grandes familles romaines, et d'avoir dissimulé volontairement les faits historiques qui pouvaient être humiliants pour sa patrie. Il importe de n'exagérer dans aucun sens.
Certes Tite-Live n'a pas appliqué aux sources dont il a disposé toutes les règles de la critique moderne, et son patriotisme l'a parfois induit en erreur; mais il paraît certain qu'il s'est efforcé de découvrir la vérité et de recueillir les renseignements à la fois les plus abondants et les plus authentiques. Il faut d'ailleurs distinguer dans l'histoire de la République romaine deux périodes:
La période des origines, jusqu'à la prise de Rome par les Gaulois;
La période postérieure à la prise de Rome.
Les plus anciens documents sur l'histoire romaine avaient été détruits dans l'incendie qui consuma Rome en 390 avant Jésus-Christ; quand la cité fut reconstruite, les pontifes essayèrent de reconstituer les vieilles annales disparues; forcément de nombreuses légendes se glissèrent alors dans ce travail et Tite-Live les a reproduites; mais il serait injuste de l'en rendre responsable. Il a utilisé de son mieux les seuls documents qui existaient de son temps; et l'on peut se demander si les hypothèses souvent forcées ou arbitraires des érudits modernes ont plus de valeur que ces documents antiques si décriés.
Pour les temps qui suivent l'année 390, Tite-Live a consulté de nombreux annalistes et historiens qu'il cite fréquemment. Non seulement il les cite, mais même, lorsque deux d'entre eux se trouvent en désaccord, il lui arrive de discuter leurs assertions et d'indiquer les raisons pour lesquelles il suit l'avis de l'un plutôt que l'opinion de l'autre.
Il est toutefois aisé de distinguer chez Tite-Live deux tendances qui ont pu faire légèrement dévier ses jugements. Tite-Live se rappelle trop, lorsqu'il doit choisir entre deux documents, qu'il est Romain et qu'il est un homme de lettres. Le patriotisme et le sens littéraire ont souvent déterminé ses choix. Par exemple, l'antiquité n'ignorait pas que Rome avait été prise par les Étrusques peu d'années après l'expulsion de Tarquin le Superbe; quelques auteurs citent même une des clauses de la capitulation qui fut alors imposée aux Romains.
Tite-Live, au contraire, nous a rapporté les légendes de Mucius Scaevola, d'Horatius Coclès, de Clélie; certes il ne les a pas inventées; il les a trouvées sans doute dans les archives de l'État ou dans celle de quelque gens patricienne, mais il les a préférées aux autres versions, parce qu'elles flattaient la vanité romaine au lieu de l'humilier. Et, d'autre part, entre deux renseignements différents, Tite-Live a souvent choisi celui qui lui fournissait la matière d'un beau récit ou l'occasion d'un discours éloquent.
L'historien, chez Tite-Live, n'a pas assez dépouillé le Romain et le littérateur. Mais on ne saurait, sans injustice, incriminer sa conscience ni sa bonne foi. N'oublions pas enfin, que, sans Tite-Live, nous en serions réduits pour l'histoire des origines romaines et des premiers siècles de l'État romain aux longues dissertations de Denys d'Halicarnasse ou aux indications éparses, vraiment trop fragmentaires, que l'on peut recueillir dans Cicéron et dans quelques autres écrivains latins ou grecs. Avec ses défauts et ses lacunes, ce que nous possédons de l'œuvre de Tite-Live est encore la source la plus abondante à laquelle il nous soit donné de puiser pour l'histoire de plusieurs siècles de Rome.
Tite-Live est à la fois un conteur et un orateur.
Comme conteur, on l'a souvent comparé à Hérodote. Il est certain que, chez les deux écrivains, le récit a la même allure vive, rapide, entraînante; le lecteur se croit reporté en présence des faits; les personnages semblent pris sur le vif; on les voit agir, on les entend parler. Toujours la narration est intéressante et animée; parfois elle inspire une vive émotion. Tite-Live ne reste pas insensible aux événements qu'il raconte:
«Il sent, écrit Nisard, les passions qu'il dépeint. Cette sensibilité le rend heureux comme un contemporain des victoires de son pays, malheureux de ses défaites; il y a, dans sa partialité même, soit l'illusion d'un témoin qui a grossi les choses par l'espérance ou par la crainte, soit le dépit d'un fier Romain battu, qui nie sa défaite. Après la bataille de Cannes, comme un Romain de ce temps-là que la douleur eût suffoqué:
Je n'essaierai pas, dit-il, de peindre le désordre et la terreur dans les murs de Rome; je succomberais à la tâche.»
Mais, de plus, Tite-Live est orateur, ce que n'était pas Hérodote. Il ne laisse échapper aucune occasion de placer dans la bouche des principaux personnages de Rome quelque harangue d'une belle ordonnance, au style ample et majestueux. Il fait parler les premiers rois et les plus anciens consuls, comme Cicéron, Hortensius et les orateurs du siècle d'Auguste parlaient sur le Forum et dans les tribunaux romains. Au jugement de Quintilien, les harangues de Tite-Live sont d'une éloquence au-dessus de toute expression:
«Tout y est parfaitement adapté aux personnes et aux circonstances. Il excelle surtout à exprimer les sentiments doux et touchants: nul historien, en un mot, n'est plus pathétique. Voilà comment il a balancé l'immortelle rapidité de Salluste.»
Sans doute, il y a là une préoccupation purement littéraire qui n'a rien de commun avec notre conception moderne de l'histoire; mais, en vérité, nous ne pouvons pas reprocher à Tite-Live ce qui a été le caractère commun des historiens antiques, même des plus grands, comme Thucydide et Tacite.
Le style et la langue de Tite-Live provoquaient, dès l'antiquité, une vive admiration. Quelques puristes du siècle d'Auguste lui reprochaient, dit-on, sa patavinité. Ils entendaient probablement par-là l'usage de locutions ou de tournures provinciales originaires de Padoue (Patavium), la ville natale de l'écrivain. Il nous serait difficile aujourd'hui de retrouver ces locutions ou ces tournures; il est même vraisemblable qu'au IIe et au IIIe siècle de l'empire, alors que la grande majorité des écrivains étaient des provinciaux, Espagnols, Africains, Gaulois, la prétendue patavinité de Tite-Live n'était plus distinguée par personne. Quintilien n'adresse aucune critique ni au style ni à la langue de Tite-Live.
En tout cas, ce reproche formulé par quelques Romains raffinés du siècle d'Auguste n'empêcha pas les contemporains de Tite-Live de voir en lui l'un des plus grands écrivains de Rome. Pline le Jeune raconte qu'un habitant de Gadès fit le voyage de Rome uniquement pour voir Tite-Live, et, qu'après l'avoir vu, il reprit immédiatement le chemin de l'Espagne. La célébrité de Tite-Live se maintint pendant toute l'antiquité. Les Pères de l'Église chrétienne, comme saint Jérôme, la mentionnent à plusieurs reprises.
J. Toutain, article «Tite-Live» de La grande encyclopédie: inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts. Réalisée par une société de savants et de gens de lettres sous la direction de MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg, F.-Camille Dreyfus [et al.]. Réimpression non datée de l'édition de 1885-1902. Paris, Société anonyme de la Grande Encyclopédie, [191-?]. Tome trente et unième (Thermophyle-Zyrmi), p. 126-127.
Source: L'Agora
Tite-Live ∞ Histoire romaine
Aurai-je lieu de m'applaudir de ce que j'ai voulu faire, si j'entreprends d'écrire l'histoire du peuple romain depuis son origine? Je l'ignore; et si je le savais, je n'oserais le dire, surtout quand je considère combien les faits sont loin de nous, combien ils sont connus, grâce à cette foule d'écrivains sans cesse renaissants, qui se flattent, ou de les présenter avec plus de certitude, ou d'effacer, par la supériorité de leur style, l'âpre simplicité de nos premiers historiens.
Quoi qu'il en soit, j'aurai du moins le plaisir d'avoir aidé, pour ma part, à perpétuer la mémoire des grandes choses accomplies par le premier peuple de la terre; et si parmi tant d'écrivains mon nom se trouve perdu, l'éclat et la grandeur de ceux qui m'auront éclipsé serviront à me consoler.
C'est d'ailleurs un ouvrage immense que celui qui, embrassant une période de plus de sept cents années, et prenant pour point de départ les plus faibles commencements de Rome, la suit dans ses progrès jusqu'à cette dernière époque où elle commence à plier sous le faix de sa propre grandeur: je crains encore que les origines de Rome et les temps les plus voisins de sa naissance n'offrent que peu d'attraits à la plupart des lecteurs, impatients d'arriver à ces derniers temps, où cette puissance, dès longtemps souveraine, tourne ses forces contre elle-même.
Pour moi, je tirerai de ce travail un grand avantage; celui de distraire un instant du spectacle des maux dont notre époque a été si longtemps le témoin, mon esprit occupé tout entier de l'étude de cette vieille histoire, et délivré de ces craintes qui, sans détourner un écrivain de la vérité, ne laissent pas d'être pour lui une source d'inquiétudes.
Les faits qui ont précédé ou accompagné la fondation de Rome se présentent embellis par les fictions de la poésie, plutôt qu'appuyés sur le témoignage irrécusable de l'histoire: je ne veux pas plus les affirmer que les contester. On pardonne à l'antiquité cette intervention des dieux dans les choses humaines, qui imprime à la naissance des villes un caractère plus auguste. Or, s'il est permis à un peuple de rendre son origine plus sacrée, en la rapportant aux dieux, certes c'est au peuple romain; et quand il veut faire du dieu Mars le père du fondateur de Rome et le sien, sa gloire dans les armes est assez grande pour que l'univers le souffre, comme il a souffert sa domination.
Au reste, qu'on rejette ou qu'on accueille cette tradition, cela n'est pas à mes yeux d'une grande importance. Mais ce qui importe, et doit occuper surtout l'attention de chacun, c'est de connaître la vie et les mœurs des premiers Romains, de savoir quels sont les hommes, quels sont les arts qui, dans la paix comme dans la guerre, ont fondé notre puissance et l'ont agrandie; de suivre enfin, par la pensée, l'affaiblissement insensible de la discipline et ce premier relâchement dans les mœurs qui, bientôt entraînées sur une pente tous les jours plus rapide, précipitèrent leur chute jusqu'à ces derniers temps, où le remède est devenu aussi insupportable que le mal.
Histoire romaine
Traduction: Désiré Nisard (1806–1888).
Narrateur: Franz Carlier
La division des livres en parties respecte celle de la traduction de référence.
Tite-Live (Titus Livius) ∞ Histoire romaine (Livre I, Partie 1)
Tite-Live (Titus Livius) ∞ Histoire romaine (Livre I, Partie 2)
«Va, dit-il [Romulus], annoncer à tes concitoyens que cette ville que j'ai fondée, ma Rome, sera la reine du monde; telle est la volonté du ciel. Que les Romains se livrent donc tout entiers à la science de la guerre; qu'ils sachent, et après eux leurs descendants, que nulle puissance humaine ne pourra résister aux armes de Rome.» «Il est étonnant qu'on ait si facilement ajouté foi à un pareil discours [...]», (I, 16, 7-8).
Tite-Live (Titus Livius) ∞ Histoire romaine (Livre I, Partie 3)
Suite du Livre I: Numa Pompilius le sage et ses rendez-vous secrets avec la nymphe Égérie, Tullus Hostilius le belliqueux, les Horaces et les Curiaces, le meurtre d'Horatia, la destruction d'Albe, la mort de Tullus... Quatre-vingt-quatre ans d'histoire des rois de Rome en une heure!
«[...] les peuples voisins, qui jusqu'alors avaient vu dans Rome, non pas une ville, mais un camp planté au milieu d'eux pour troubler la tranquillité générale, se sentirent peu à peu saisis pour elle d'une telle vénération, qu'ils eussent considéré comme un sacrilège la moindre hostilité contre une ville occupée tout entière au service des dieux.» (I, 21, 2).
«Dès que les Albains furent sortis, les édifices publics, les maisons privées, furent indistinctement rasés. Albe existait depuis quatre cents ans: une heure suffit à sa dévastation et à sa ruine. On épargna pourtant les temples des dieux; Tullus l'avait ainsi ordonné.» (I, 29, 6).
Tite-Live (Titus Livius) ∞ Histoire romaine (Livre I, Partie 4)
Suite du Livre I: Numa Pompilius le sage et ses rendez-vous secrets avec la nymphe Égérie, Tullus Hostilius le belliqueux, les Horaces et les Curiaces, le meurtre d'Horatia, la destruction d'Albe, la mort de Tullus... Quatre-vingt-quatre ans d'histoire des rois de Rome en une heure!
«[...] les peuples voisins, qui jusqu'alors avaient vu dans Rome, non pas une ville, mais un camp planté au milieu d'eux pour troubler la tranquillité générale, se sentirent peu à peu saisis pour elle d'une telle vénération, qu'ils eussent considéré comme un sacrilège la moindre hostilité contre une ville occupée tout entière au service des dieux.» (I, 21, 2).
«Dès que les Albains furent sortis, les édifices publics, les maisons privées, furent indistinctement rasés. Albe existait depuis quatre cents ans: une heure suffit à sa dévastation et à sa ruine. On épargna pourtant les temples des dieux; Tullus l'avait ainsi ordonné.» (I, 29, 6).
Tite-Live (Titus Livius) ∞ Histoire romaine (Livre I, Parties 5 et 6)
Servius Tullius est le 6e roi légendaire de la Rome antique et le second roi de la dynastie étrusque - portrait imaginaire de Guillaume Rouille (1553)
Suite de l'Histoire de la royauté romaine: la cinquième partie correspond au règne d'Ancus Martius, la sixième à celui de Tarquin l'Ancien, cinquième roi légendaire de Rome, d'origine gréco-étrusque.
Ces deux parties étant brèves, elles sont ici groupées en un seul fichier.
Tite-Live (Titus Livius) ∞ Histoire romaine (Livre I, Partie 7)
Tarquin le Superbe (Lucius Tarquinius Superbus) est le dernier roi légendaire de Rome - portrait imaginaire de Guillaume Rouille (1553)
Suite de l'histoire de la royauté à Rome: Tite-Live narre ici la fin de Tarquin l'Ancien, assassiné, et le règne notable de Servius Tullius, dernier roi légitime.
Tullius organise la société romaine en classes et, par souci d'équité, institue un impôt proportionnel basé sur la fortune (mesurée par le «cens»), qui remplace celui qui frappait également tous les citoyens. Il compense cette mesure touchant la fortune des plus riches en instaurant le suffrage censitaire: ils votent les premiers, et dès qu'une majorité est atteinte, il devient inutile de faire voter les moins riches. C'est, en un mot, la naissance de la démocratie «à la romaine»: des classes sociales déterminées par la richesse ou son absence – l'aristocratie, la plèbe. On voit ici se mettre en place le système qui, sous la République, opposera les patriciens, les nobles et la plèbe.
Outre la description de la constitution servienne, plusieurs passages célèbres sont à relever, qui décrivent l'ambition forcenée de Tullia, fille de Servius – elle ira jusqu'à tuer sa propre sœur et son propre mari pour épouser celui de sa sœur, Tarquin, fils de Tarquin l'Ancien, dont elle fera Tarquin le Superbe; les violentes tirades par lesquelles elle convainc Tarquin d'enfin renverser Tullius; et l'insoutenable scène où on la voit faire rouler son char sur le cadavre de son père.
«Servius Tullius régna quarante-quatre ans, avec une telle sagesse qu'il eût été difficile, même à un successeur bon et modéré, de balancer sa gloire. Ce qui ajoute encore à cette gloire, c'est qu'avec lui périt la monarchie légitime; et cependant, cette autorité si douce, si modérée, il avait, dit-on, la pensée de l'abdiquer, parce qu'elle était dans la main d'un seul; et ce dessein généreux, il l'aurait accompli, si un crime domestique ne l'eût empêché de rendre la liberté à son pays.» (I, 48, 8-9)
Tite-Live (Titus Livius) ∞ Histoire romaine (Livre I, Partie 8)
Suite et fin de l'histoire de la royauté à Rome: le règne de Tarquin le Superbe, dernier des rois légendaires.
Fils de Tarquin lcAncien, il s'empare du trône par l'assassinat de Servius Tullius, instaurant ainsi une dynastie familiale – une première à Rome, dont les rois étaient choisis et élus par le peuple. Il ne se bornera pas à cette nouveauté. Véritable tyran au sens moderne, son règne est émaillé de tous les abus imaginables, et de quelques autres:
«[...] sentant trop bien que l'exemple qu'il donnait, en s'emparant du trône par la violence, pourrait tourner contre lui-même, [Tarquin] s'entoura de gardes. Car tout son droit était dans la force, lui qui n'avait eu ni les suffrages du peuple, ni le consentement du sénat. Ne pouvant compter sur l'affection des citoyens, il lui fallait régner par la terreur. Afin d'en étendre les effets, il s'affranchit de tous conseils, et s'établit juge unique de toutes les affaires capitales. Par ce moyen, il pouvait mettre à mort, exiler, priver de leurs biens non seulement ceux qui lui étaient suspects ou qui lui déplaisaient, mais encore ceux dont il ne pouvait rien espérer que [les] dépouilles.» (I, 49, 2-5)
Le viol de Lucrèce, qui se donne la mort, par Sextus Tarquin, l'un de ses fils, couronne vingt-cinq années d'un règne brutal qui voit «les travaux et les misères du peuple, [...] plongé dans [...] des cloaques immondes qu'il lui faut épuiser; [...] ces Romains, vainqueurs de toutes les nations voisines, transformés en ouvriers et en maçons» (I, 59). Le peuple, enflammé par Lucius Iunius Brutus, neveu de Tarquin, prononce sa déchéance, l'exile avec femme et enfants, et instaure la République en désignant les premiers consuls de son histoire.
La division du livre en parties et les intertitres proviennent de la traduction de référence. Ils ne figurent pas dans le texte de Tite-Live.
Source: Franz Carlier






